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Vérités de Berlusconi sur Poutine, l’Euro et l’Ukraine

dimanche 18 mai 2014, par Pierre Dortiguier

Dans son interview de Welt am Sonntag [1] (Le monde du dimanche), l’ancien chef du gouvernement italien se montre fermement opposé à la campagne antirusse orchestrée par les USA et relayée surtout par les partis de la gauche européenne traditionnellement atlantiste, et rappelle ses liens privilégiés avec le Président et un temps Premier ministre Vladimir Poutine, en évoquant les liens familiaux, intimes entretenus ; et de rappeler que leurs conversations portaient non point toujours sur des sujets politiques, mais sur des sujets d’architecture, sur l’influence notable de l’Italie exercée sur l’art et la construction des villes russes, et notamment de Saint Petersbourg et du Kremlin. Cette manière de voir l’Europe plaît aux Russes et est comprise des Italiens qui investissent plus que les Français, dont la part est néanmoins grande, dans l’industrie de la Fédération eurasiatique, jusqu’à l’extrême-orient, à Vladivostock où les Italiens ont des fleurons de leur activité industrielle, dans les usines automobiles. Telle est l’Italie réelle que l’on dissimule derrière des histoires polissonnes ou des déclamations de magistrats vertueux et dont la morale est un éclat de cette flambée marxiste et communiste qui embrasait la péninsule, et dont la prétendue gauche a hérité, souligne Berlusconi.

Le journaliste allemand lui ressert tous les artifices de la propagande otanienne : la Russie menacerait l’Ukraine, et le référendum dernier se serait déroulé avec des hommes en armes et sans isoloir ; mais chacun de reconnaître que le peuple des régions du Donestk, de Crimée et de Lougansk soutient les partisans de l’autodétermination, ceux qu’on nomme les sécessionnistes. Berlusconi de décrire la situation catastrophique de l’Ukraine, avec son peuple désolé de voir la catastrophe économique causée par des incapables, des amis ou complices de ceux qui firent la révolution colorée et se sont hissés au pouvoir par le meurtre et l’intimidation, et de trouver normal que les gens des provinces riches, celles qui travaillent veuillent préserver et montrer ce dont elles sont capables, sans être parasitées par des escrocs non élu et plus « internationaux » que locaux !

C’est une réponse courte mais qui dit peut-être tout haut ce que de nombreuses élites pensent. Et en premier, dans ce pays que Berlusconi donne comme « modèle » à l’Italie : l’Allemagne, même s’il ne suit pas la politique personnelle de Merkel conduisant à une scission de l’Europe. Le pays est pour lui, comme de nombreuses gens dans le monde, et nous l’avons dernièrement observé en Iran, un modèle d’efficacité, de travail, de culture ; c’est pour lui le pays de Goethe et de Beethoven, expression que l’on n’entend jamais dans nos médias, et chez ceux qui se coiffent du chapeau de Napoléon en imaginant une nouvelle guerre de Crimée, comme en 1853-1856, quand nous affrontions (ce fut le cas d’un de mes ancêtres homonyme) l’armée russe à Sébastopol ! Les Russes alors étaient chez eux en Crimée, parmi les anciens Goths et les Tatares, peut-être plus que notre Empereur, petit neveu du grand Napoléon qui impressionnait les instituteurs alsaciens par sa connaissance de l’allemand, mais la passion l’emporte, et surtout la haine sur la réflexion géopolitique.

L’on en vient, après mention de la rougeur de Merkel gênée d’avoir souri ironiquement de Berlusconi, à la suite d’une mauvaise plaisanterie assez vulgaire et méprisante de Sarkozy sur cet italien qui le dépasse en galanterie et en culture, tout comme esthétiquement, à la situation de l’Euro ; cette monnaie est étrangère aux peuples de l’Europe, déclare Berlusconi avec raison, et les Allemands le disent depuis que Mitterrand força Kohl à sacrifier le Deutschemark : il ne convient pas de s’en séparer, comme le demande démagogiquement, la ligue conservatrice dite du Nord, l’ancienne Italie autrichienne, mais de le modifier si l’on ne veut pas courir à la catastrophe. Il s’agit de baisser sa valeur, chacun l’aura compris, et sur ce point, Berlusconi pourrait avoir dit tout haut, ce que les milieux économiques européens demandent. Cet homme auquel a été fait un procès politique et a été chassé du pouvoir sans élections ni décision régulière du Parlement, est diffamé, ses défauts sont grossis, alors que le premier ministre de Kiev dont il ne nous appartient pas, car ce serait dangereux, de dévoiler les origines et les liens internationaux, est célébré partout, sans avoir été élu, tout comme le Président fondateur de la Tchécoslovaquie et ami de la colonie sioniste Masaryk fut chef de gouvernement sans avoir été présenté devant des électeurs, mais c’est la dictature du bien, contre un peuple mauvais, trop ceci, trop russifié en Ukraine, trop germanisé à Prague, trop indépendant et actif en Eurasie, pour ce qui est de l’Italie, trop opposé à la saignée libyenne, trop opposé au conflit syrien, trop européen en somme, contre des gens qui font de l’Europe et de l’OTAN le bouclier des pétroliers texans !

L’Histoire jugera, dit-on, Dieu surtout qui connaît les âmes. Berlusconi a l’âme italienne, et, tel est son naturel, l’enthousiasme d’un peuple spontanément artiste. Cela ne peut pas plaire à tous ceux qui selon le vers de Voltaire « ont rempli les nations de leurs superstitions » (La Henriade).

 
 
 
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