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Une vision récentiste chez le Comte Gobineau

A ma chère lecrice caucasienne, Lili de Téhéran !

mardi 9 septembre 2014, par Pierre Dortiguier

Chacun lie Gobineau à l’Iran, au Brésil où il fut l’ami de l’empereur Don Pedro, et à la Suède sa patrie nordique d’adoption, mais moins à la Grèce où il rédigea ses meilleures pages sentimentales et brossa de l’état du malheureux pays que les libéraux voulurent arracher à la Turquie pacificatrice, malgrè le frein mis par la Confédération germanique (Deutscher Bund) et le secrétaire de Metternich, le baron philosophe conservateur protestant Gentz, ancien correcteur des épreuves des oeuvres de Kant, pour livrer ses moins de 900.000 habitants à une anarchie et une corruption continuelle, n’eût été le frein royal de la famille des Witelsbach bavarois. Gobineau diplomate et anthropologue, dramaturge et novelliste, artiste sculpteur, bref l’aristocrate accompli, rappelle qu’au 18ème siècle, l’on se demandait si la Grèce existait encore, tant sa réalité n’avait aucun rapport avec la légende consacrée par les siècles, notamment celui de la Renaissance qui fut, dans ses traits les meilleurs, non pas humaniste, mais dans sa grandeur, indissolublement philosophe et artiste, une école platonicienne florentine, contre laquelle le cardinal toscan Roberto Bellarmino (1542-1621) jésuite, pestait, la jugeant, comme Aristote l’écrivait des platoniciens, « les modernes »(oi néoteroi).

Or la Grèce forgée par l’Humanisme, celle pour qui l’homme est la mesure de toutes choses, comme les sophistes d’Athènes fort étrangement proches des écrivains superficiels de ce nouvel âge non plus d’or, mais de fer, a plus brillé sur nos scènes de théâtre ou les bancs d’école, avant la révolution colorée de 68 et ses filles de l’administration et de la pédagogie, que dans cette patrie des soi-disant Hellènes (car le nom particulier de Grec fut romain et toujours péjoratif) où Gobineau ne la reconnaît guère. Nous voyons aujourd’hui le Parthénon, ignorons Sparte, aimons Olympie surtout pour sa nature qui ressemble à celle peinte par Poussin (1594-1665) contemporain de Descartes, voyons Munich des années 1830 dans la reconstruction d’Athènes et imaginons avec peine qu’une telle addition d’ethnies ait essaimé en Asie, soutenant, comme Aristote le Macédonien, la puissance des Perses que Platon magnifiait contre une démocratie aujourd’hui victorieuse partout de l’Esprit abaissé et de la Paix introuvable, que ses doctrinaires promettaient dans leur cinquième évangile toujours réécrit, ou si l’on veut le Coran des Bahistes maçonnisés de la Perse du siècle de Gobineau, mêlé aux superstitions remontant des âges enfouis ! Nous n’étudions pas ici le mouvement récentiste, sa démonstration de l’état réel de la Grèce dite inexactement médiévale, celle de la présence florentine, aragonnaise, française, mais nous donnons cette page fulgurante du premier des articles publiés par Le Constitutionnel du 10 mai 1878, intitulé Le royaume des Hellènes, de Gobineau, intellectuellement convaincu de l’existence de cette antiquité contestée aujourd’hui par ce mouvement grandissant en Allemagne et solide en Russie, mais dont la perception esthétique du paysage grec donne en quelques lignes, l’essentiel de la réforme opérée par les auteurs récentistes, dont feu Eugen Gabowitsch en ce domaine, à savoir le caractère médiéval tardif du prétendu âge classique des Hellènes. L’image d’Hélène de Sparte est une création d’un Faust rajeuni !

« Lorsque Goethe, » écrit Gobineau,« dans un livre immortel imagina la rencontre de Faust et d’Hélène, autrement dit le contact du moyen âge et de l’antiquité, il fit œuvre de génie ; ce fut une conception d’une profondeur inouïe, d’autant plus que de son temps l’on ne savait pas à quel point le poète était exact. Il croyait inventer, mais ce qu’il tenait pour si beau et, avec raison, en même temps, pour une fiction, dont il était l’auteur, et le plus hardi des paradoxes, représentait cependant la pure réalité. N’ai-je pas vu, et plus d’une fois, de mes propres yeux dans cette plaine admirable qui s’étend de Nauplie aux montagnes de la Corinthie, s’étaler sur son escarpement trapu, l’enceinte vigoureuse des murs cyclopéens de Mycènes et en face le pilon lointain se dressant, à l’autre flanc de la vallée, au sommet duquel s’élancent et les donjons et les tours, et les courtines du château féodal, construit jadis par les chevaliers francs seigneurs d’Argos ? Voilà le point, aurait dit Hérodote, où les deux sœurs, également belles, également parées, l’Europe et l’Asie, se sont données la main. De même à Athènes, où, sur la crête de l’Acropole, l’antique Pinacothèque, jadis brillante des tableaux de Polygnote, était devenue la chapelle des ducs français de la maison champenoise de Roche... »

L’église dédiée à la Vierge Marie, une fois détruite donne le visage actuel du Parthénon, dont le nom grec signifie la Vierge, qu’aurait détruit une explosion de poudrière turque, selon la fable répandue, soit la vierge Athèna ou Minerve née du cerveau de Jupiter ou Zeus ! Le minaret turc est reconnaissable, tout fut démoli avec les maisons d’habitation autour, pour faire plus vrai, plus grec comme en la Terre promise actuelle, tout apparaît plus conforme à l’affabulation de livres sacrés qui sont pourtant là pour nous apprendre la morale, écrivait dans sa Correspondance Voltaire, et non pas la physique ou l’histoire !

« de même à Daphné, où sous les mains habiles des architectes byzantins s’était élevée l’abbaye bénédictine, sous les voûtes de laquelle des moines bourguignons gardaient les tombeaux de ces seigneurs, de même à Naxos, où le couvent des Ursulines, renouvelé au dix-septième siècle, n’est encore recruté que par des sœurs venues de Dijon, et quand le poète, qu’il est difficile de ne pas rencontrer quand on parcourt la Grèce, quand lord Byron vint séjourner dans la ville de Minerve, où établit-il la demeure illustrée par quelques-unes de ses plus attrayantes conceptions ? Ce fut dans le couvent des franciscains, au faubourg de la Plaka, là où s’élève le monument choragique [1] de Lysicrate que j’ai eu le bonheur de restaurer et de sauver de la ruine. »

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« De ce concours si visible, encore si frappant, si puissant de l’Occident et de la Grèce, n’a pas eu lieu sans laisser de traces sensibles dans la constitution physique du peuple : la population mixte appelée les Gasnules, si célèbre au moyen-âge et dont les empereurs de Byzance recherchaient particulièrement les services ; ils en armaient leurs flottes, car c’étaient disent les chroniqueurs des gens énergiques et dont l’audace ne reculait devant aucune tentative. Voilà encore des Grecs qui n’étaient pas moins parents des Occidentaux que les médecins de Padoue et les stradiotes de François Ier ».

Le visage médiéval français de l’Attique et la permanence médiévale grecque relevée en Europe par Gobineau contre le romantisme libéral utopiste du 19ème siècle.

Dans un autre endroit de l’article, qui est publié dans Deux Etudes sur la Grèce Moderne [2] Gobineau fait justice d’une image niaise et d’une idée légendaire, comme notre Histoire en est pleine et le sera davantage avec la crédulité démocratique (mieux vaudrait dire en grec ochlocratique, ou vulgarité d’un monde fasciné par l’illusion monétaire et absorbé par des idées devenues images flottantes, de la chute de Constantinople ayant ouvert l’Europe aux Grecs et annoncé la fin du si précipitamment et mal nommé, depuis le début du dit 17ème siècle, Moyen Age : « Quand les Turcs avaient, à la fin du quatorzième siècle, renversé le dernier débris de l’Empire d’Orient, les Grecs avaient l’habitude bien prise, bien contractée, bien séculaire de venir en Occident. On s’est imaginé, on a cru, on a répété qu’à la prise de Constantinople et par l’effet unique de cet incident qui ne faisait que mettre le sceau à une situation déjà ancienne, les Grecs lettrés et riches, avaient émigré en Italie. Il se peut que la catastrophe finale ait déterminé quelques-uns d’entre eux à quitter la dernière épave de la patrie, mais en somme, de tous temps, les Grecs s’étaient adonnés à fréquenter les universités de la péninsule, ils avaient abordé dans les ports et les villes marchandes, il y avaient figuré comme gens de négoce, et l’immense commerce qui éleva Venise au comble de sa grandeur, bien moins que la sagesse de ses institutions, eut pour principaux agents les Grecs et s’ils furent savants, s’ils furent négociants, on les vit également voyageurs, navigateurs, matelots ; et les bâtiments construits, montés par les Grecs se montrèrent les principaux instruments de la vie sociale à travers la Méditerranée. Des gens spéciaux raconteront quelque jour, plus largement et plus abondamment que par le passé, comment les Grecs ont apporté en Italie, même en Allemagne, les œuvres, surtout les enseignements plus précieux encore de l’art byzantin ; et on ajoutera surtout comment ils contribuèrent à maintenir, et cela sans interruption depuis le sixième siècle, les traditions vivantes de la pensée indigène sur tout le littoral de l’Adriatique et au loin dans la haute Italie. Si Petrarque au quatorzième siècle, et Boccace, ont si bien connu les classiques, leur contact avec les Grecs vivant autour d’eux y fut incontestablement pour beaucoup. Il n’y avait donc pas loin à chercher pour trouver des Grecs vivants, réels, effectifs, en chair et en os, mêlés de toute façon à l’histoire et aux affaires de l’Europe, y faisant service et en tirant profit de tout sans interruption depuis les temps romains ; et outre les catégories les plus remarquables de Grecs que l’Italie surtout connaissait, il s’en ajoutait encore, depuis le seizième, deux espèces, et le dix-septième en vit une troisième. Les Vénitiens, maîtres des îles de l’Adriatique et de quelques terres dans l’Archipel, que graduellement ils perdirent, avaient aussi la Morée et par la Dalmatie ils confinaient à la contrée illyrienne ou, suivant l’expression moderne, albanaise. Les jeunes gens de ces différents domaines, désireux de recevoir quelque instruction, que difficilement ils pouvaient se procurer sous l’administration turque, venaient la chercher dans les provinces de terre ferme de la République et particulièrement à l’université de Padoue. C’est ainsi qu’il se forma un enchaînement de générations d’étudiants prenant en Europe et rapportant sur le sol hellénique une quantité de germes intellectuels. Les médecins surtout abondèrent parmi ces conservateurs des liens antiques, parmi ces mainteneurs de l’ancienne intimité. Plus que personne, ces médecins firent pénétrer les notions européennes là où on avait cru qu’elles avaient eu toute opportunité pour s’éteindre, et les récits des voyageurs des seizième et dix-septième siècles en portent souvent les plus frappants témoignages. A chaque instant, le narrateur est surpris de rencontrer dans ces îles perdues, dans un village de montagne, un homme qui lui confesse des notions plus ou moins étendues, plus ou moins complètes, plus ou moins droites et justes du monde civilisé. Il regarde ce solitaire comme une merveille. Mais cette merveille, qui a vu les villes d’Italie, qui se rappelle avec bonheur les années de sa jeunesse où, à Padou, dans une petite chambre d’étudiant, il habita loin du pacha turc ou du terrible timariote albanais, n’est pas aussi rare qu’il le suppose. Dans toute la Roumélie, et même dans une partie de l’Anatolie, ce personnage a ses pareils, et les récits plus ou moins judicieux qu’il répand autour de lui sont nés des bases les plus fortes de la protestation des vaincus contre les oppresseurs.

A côté de cette classe paisible, il y a les soldats grecs, les mercenaires, les stradiotes. Toutes les armées les connaissent et les emploient. Au douzième siècle les Allemands, les Français, les Espagnols, le Pape, les Florentins, le duc de Milan, en ont également à leur solde. La sérénissime seigneurie de Venise en recrutait au treizième siècle, les Anglais dans les Sept-Iles, en avaient de nos jours. Et Bayard faisait grand cas du capitaine Mercurio et de ses Albanais, bien qu’il n’approuvât pas toujours la rigueur et le laisser-aller de leurs procédés, les compagnies de chevaux-légers en furent remplies et quelques-uns des couveurs de guerre s’établirent en France où ils ont fait souche d’honnêtes gens. Mais la plupart, après de longues campagnes retournaient chez eux, dans l’Epire, la Thessalie, la Macédoine, la Morée et donnaient la réplique au médecin quand on parlait de l’Europe ; de la sorte se maintenaient les traditions chrétiennes, par le moyen des gens qui souvent l’étaient, je ne dirai pas fort peu, qui l’étaient au contraire beaucoup, mais très mal, et cette tradition se rejoignait sans peine à celle que les Français du quatorzième siècle avaient laissé dans la Morée et tout le territoire de l’Attique. [3]

De cette famille de la Roche, dont parle Gobineau, il est dit qu’elle s’illustra, selon les chercheurs récentistes, en 1275 avec Jean duc de la Roche, et trois cents chevaliers contre une armée gigantesque de Turks, de Grecs et de Kumans, au voisinage des Thermopyles, ce qui aurait été la légende du « spartiate » Léonidas contre des Perses innombrables caricaturés naguère par un film hollywoodien, ce qui n’étonne personne, et, plus étonnant, épisode raconté par Platon, ce qui le rajeunit, dans un passage de ses livres sur les Lois ! Platon serait le Grec Pléthon mort en 1450 ou 52. Cette même Sparte légendaire, présentée comme un modèle de discipline philosophique par Platon, serait pour Anatoly Fomanko et plusieurs, le despotat, comme on disait, médiéval de Mysitra de 1348 à 1460 dont voici une gravure du 17ème siècle tirée de la bibliothèque Gennaios d’Athènes, sur un site allemand d’Eugen Gabowitsch. On lit en latin « Miistra olim Sparta » (Miistra anciennement Sparta), ce petit bourg cessa d’exister à la formation du Royaume des Hellènes avec Otto Ier en 1831.

Tous les personnages de l’antiquité se retrouveraient ainsi : le Grand-Roi des Perses Cambyses serait Charles second d’Anjou, roi de Naples et de Sicile, de 1266 à 1285, selon la chronologie officielle, et Cyrus, Charles Ier d’Anjou. Homère aurait été, d’après Anatoli Fomenko et son équipe, un poète de la lignée des Saint-Omer, - nom du reste digne d’être examiné en lui-même -, dont un représentant prit part à la guerre d’Italie du Sud, dite la Grande-Grèce, dans laquelle le duc d’Anjou mit fin à la dynastie des Staufen dans l’Empire.

Fomenko, membre titulaire de l’Académie des Sciences de Moscou, tient cette guerre pour le prototype, indique le défunt Eugène Gabowitsch, de la guerre de Troie. Et ce Frédéric II roi de Sicile (1296-1337) serait le modèle du roi des Perses Darius Ier ! D’autres affirment avec plus de vraisemblance qu’il s’agit du dernier des Hohenstaufen, qui fut roi d’Allemagne à partir de 1198 et également roi de Sicile !

Notre cher Frédéric, roi en Prusse avait donc bien mérité son surnom et titre de Grand Roi ! Ce sont ces hommes qui servent de modèle à l’antiquité par un renversement dialectique, une antithèse divine !

Toute l’époque impériale romaine serait, à cet égard, un reflet, un doublon de cet Empire « médiéval tardif », d’après l’étiquette de la chronologie accolée à l’Histoire reçue, selon l’Académicien russe.

Voir en russe, son livre Antiquité comme Moyen-âge paru à Saint-Petersbourg. De même en russe de M. Postnikov, Recherche critique sur la Chronologie de l’Antiquité, Moscou, 2000. Lucas Brasil en allemand : L’Antiquité controuvée. Introduction à la critique des sources, Die erfundene Antike. Einführung in die Quellenkritik. Hamburg, 2004, et sur internet en allemand Eugen Gabowitsch http://unglaublichkeiten.com/unglau..., et les publications Efodon.

Notes

[1] appartenant au chorège ou à l’ordonnateur des spectacles avec chœur

[2] Paris, Plon, 1905, 325pp.

[3]  »op.cit.p.95-99

 
 
 
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