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Une vision du monde : l’Iran

vendredi 9 mars 2012, par Pierre Dortiguier

Il y a une manière étriquée de présenter une qualité, un pays ou une doctrine, selon une expression française, en « la chose du pauvre ». Ainsi les semi-habiles se croient forts de jouer sur la naïveté des gens pour donner dans les pays anciennement chrétiens et dont les églises se vident pour céder la place à des concerts, un « Islam du pauvre » ou un « Mahomet » de cet ordre, et l’image peut traverser tous les meilleurs esprits, attachant à telle figure ou doctrine la limite redoutable des barrières du fanatisme.

Ceci ne vaut pas seulement pour le Messager, ou pour la religion divine, mais aussi en politique, et partout où manque ce que le Président de la République d’Iran, M. Ahmadinejad, vient de dénommer, dans la traduction qui en est rapportée, une vision du monde.

Que n’a–t-on dit par exemple de la race, qu’une minorité de députés français proposa, dans une des précédentes législatures, de supprimer par un vote parlementaire, du lexique commun ; ce qui se heurta à l’opposition raisonnée de l’Académie des Sciences ! Mais il est vrai qu’un usage inconséquent de cette notion est ce qui a conduit à préciser la valeur de sa subordination à l’existence d’une culture supérieure. Car s’il y a des différences dans la stabilité naturelle des êtres, comme on voit, il y a aussi des hauteurs dans le niveau d’activité des particuliers et des collectivités qui fait la pluralité des cultures !

Que serait, au demeurant, telle religion sans le travail de sainteté de ses Imams immaculés dont le modèle reste tout aussi actif et fécond qu’une idée forte, dont Platon disait qu’elle était vivante ?

Dans ces dernières années l’Iran a été décrié, aux yeux de fidèles naïfs, par un certain « Islam du pauvre », prétendu « modéré » diffusé par les médiats et l’enseignement universitaire occidental, comme raciste et menaçant, tandis que des formules pacifistes et indécises cependant, quant au respect non détaillé de la dite Charia, destiné à leur assurer un verni de moralité et à briller dans des discours vains, étaient déclamées par ceux mêmes que soutenaient les puissances les mieux armées de notre univers et trônent sur les eaux du Golfe persique ! C’est à ce type de doctrine qu’un génie européen universel comme Leibniz, a donné, dans le passage bref d’un discours théologique latin, sur l’Islam, le nom d’économie de pensée. Il s’agit de confondre soit l’Arabité avec une religion, soit l’Iranité avec la séparation du reste de la communauté islamique ou autre ; mais dans les deux cas l’essence et de cette Arabité et de cette Iranité est détachée d’une culture et d’une vision du monde qui est un travail sur le monde, comme l’art est un travail de la vision occulaire ou des autres sens du goût esthétique.

Dans les meilleurs auteurs qui, rares, ont traité profondément de l’Iran éternel, c’est-à-dire de la culture qui renouvelle des vertus, et nourrit la volonté, se trouve celui qui a composé l’Histoire des Perses en 1869, quelle que soit la prudence avec laquelle il faille recueillir les témoignages de l’Antiquité. Mais ces Perses, c’est ce qu’affirme la tradition iranienne, n’étaient point seuls dans leur Empire qui porte le nom de son origine, l’Iran ; il décrit les peuples mobilisés dans l’armée de Xerxès : « Mèdes, Assyriens... mêlés aux Chaldéens, c’est-à-dire aux gens des montagnes du Kurdistan septentrional, les Bactriens et les Saces ou Sakas » - qui sont nos Saxons ! - « des bandes d’Indiens », les Parthes, les Khorasmiens, les Sogdes, les Gandares et les Dadikes, semblables aux Bactriens, les Kaspes, les Saranges etc. qui composent l’armée, et Gobineau de relever : « Les Arabes paraissaient ensuite, couverts de larges vêtements dont les bouts étaient retroussés et passés sous la ceinture. Ils avaient des arcs très longs qui se pouvaient bander dans les deux sens. Avec eux allaient les Ethiopiens d’Afrique aux cheveux laineux, équipés de peaux de léopard et de lion. C’était une troupe nombreuse et jugée redoutable, car elle était conduite avec les Arabes par Arsamès, fils de Darius et d’Artystone, fille de Cyrus, celle de toutes ses femmes que le premier Achéménide avait le plus aimée et dont il avait fait une statue d’or massif travaillée au marteau » [1]. Lybiens, Mysiens, Thraces d’Asie viennent ensuite avec d’autres peuples.

« Tous les navires avaient, outre leurs équipages, des garnisons de Perses, de Mèdes et de Saces, » - toujours nos anciens Saxons - « Les plus estimés quant à la valeur des équipages et au mérite nautique des constructions étaient les Sidoniens. Le roi lui-même montait sur un de leurs navires quand il allait en mer... On comptait parmi les chefs indigènes quelques marins fameux ; mais Hérodote leur préfère à tous cette femme célèbre, Artémise, qui conduisait les vaisseaux d’Halicarnasse, de Cos, de Nisyros et de Kalydnos, et qui était venue trouver Xerxès de son plein gré, avec six trirèmes à elle, les mieux équipées de la flotte après celle des Sidoniens. » [2]

Nous concluons cette influence culturelle de l’Iran par la réflexion du diplomate, artiste, auteur dramatique et anthropologue qui dépasse les époques : « C’est une nécessité de faire figurer dans la liste de nos aïeux ces Parthes qui nous ressemblaient si fort par la façon dont ils ont compris la dignité personnelle de l’homme, notion très-étrangère aux Romains comme aux Grecs, ces Parthes qui avaient pris une si haute conception dans l’héritage de nos aïeux communs, les Arians du Nord » [3] ! Tout cela n’est-il pas de l’Idée ? Inaccessible aux racistes interdits d’être nommés ouvertement, implorant la ruine de l’Iran et que chacun entend s’exprimer, sinon pleurer, dans nos médiats ?

Gravure de l’escalier de l’Apadana © Eric Masson mai 2008

Les panneaux de l’escalier de l’Apadana évoquent la puissance de l’Empire achéménide. Ils montrent 23 délégations qui apportent leur tribut au souverain. On peut reconnaitre des Ethiopiens, des Arabes, des Thraces, des Indiens, des Parthes et des Cappadociens.

Notes

[1] tome II, pp.188-9

[2] p.193

[3] Ibidem, livre VI, Les Arsacides, ch.IV, Les grands rois arsacides, p.608

 
 
 
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