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Une politique antisioniste nord-américaine ?

mercredi 14 mars 2012, par Pierre Dortiguier

Les images de propagande ont l’effet de n’être efficaces, qu’à la condition d’effacer la complexité de la réalité, et que n’a-t-on pas écrit sur l’omnipuissance du lobby sioniste aux État-Unis, au point de rendre inconcevable toute politique indépendante insoumise aux ambitions conquérantes et génocidaires au sens entendu de tentative d’éradication du peuple Arabe de Palestine, du régime sioniste de Tel-Aviv.

Balfour declaration

A-t-il jamais existé un Département d’Etat antisioniste ? Pareil antécédent ferait, pour ainsi dire, jurisprudence dans le procès des victimes contre leurs perpétuels agresseurs !

Cela a existé, et Henry Laurens, au tome premier de « La Question Palestinienne » [1] peut écrire : « Durant toute l’année 1918, le département d’Etat se montre hostile au sionisme. Lansing » - soit le juriste Robert Lansing (1864-1928) cet avocat qui a été conseiller (counsellor) au Département d’Etat depuis mars 1914 et fut, comme secrétaire d’Etat, adversaire de la politique de Wilson - s’opposa à une participation américaine à la commission sioniste destinée à se rendre en Palestine. Fidèle à sa promesse, Wilson consulte les sionistes américains, à savoir le rabbin Stephen Wise : « A la suite de cet entretien, Wilson rend publique une lettre à Wise du 31 août 1918 : il y exprime sa satisfaction devant les progrès du mouvement sioniste aux Etats-Unis et dans les pays alliés depuis la déclaration Balfour, dont il cite les termes, ainsi que devant le travail de la commission sioniste en Palestine ». Cependant l’historien franco-libanais de conclure sur cette note révélant une opposition au sein des Etats-Unis : « En dépit de ces encouragements, ce n’est toujours pas l’approbation publique de la déclaration Balfour recherchée par les sionistes ».

Chacun sait que dans sa sympathie au sionisme, entrait chez le Président Wilson une part de chantage exercée sur sa personne par ceux qui connaissaient un certain désordre de sa vie privée. Il put ainsi payer d’énormes dettes qui auraient pu compromettre sa réputation aux yeux d’une opinion puritaine, en acceptant que soit, comme récompense d’appuis intéressés qui lui étaient offerts, le juge Brandeis à la cour suprême, premier magistrat à être militant sioniste. C’est donc un président U.S. aucunement libre de ses mouvements qui va servir de porte étroite par où se faufileront les comploteurs du siècle bénéficiant du soutien de Londres.

Ceci se fait contre l’administration américaine, ainsi que l’indique l’auteur de l’étude détaillée en deux tomes sur la Palestine : « Aux Etats-Unis, Wilson a joué un grand rôle dans la prise de décision finale des Britanniques » soit dans la déclaration Balfour. Mais le plus beau est maintenant à dévoiler : « L’absence d’engagement public du président fait que les fonctionnaires américains ignorent l’orientation prise. Le 12 décembre 1917, Lansing, secrétaire d’Etat, se plaint des pressions exercées sur le département d’Etat par les sionistes. Il conseille de ne pas se précipiter dans cette affaire délicate afin de ne pas paraître approuver une politique de partage de l’Empire ottoman, avec lequel les Etats-Unis ne sont pas en guerre, de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures juives puisqu’il existe une forte opposition au sionisme chez les Juifs eux-mêmes, et de ne pas provoquer le mécontentement des milieux chrétiens intéressés par la Terre Sainte etc. Le 14 décembre Wilson approuve le mémorandum de Lansing, tout en ajoutant que c’est à contrecœur… » puisque, dit l’historien, il a « l’impression » d’avoir approuvé la déclaration britannique, la « Balfour Declaration » sur un « home juif » en Palestine !

Les Britanniques, commente Henry Laurens, se rendent compte des hésitations américaines « mais comptent sur l’influence de Brandeis sur le président américain pour l’amener à apporter son soutien à la politique britannique », entendez les intérêts sionistes couverts du drapeau de Sa Majesté !

Un autre événement, comme l’assassinat du Président Kennedy que l’on savait hostile à l’armement atomique du régime sioniste, peut illustrer ce refus américain potentiel de ne point accompagner jusqu’à l’abîme la politique rusée du Sionisme, et il n’est pas improbable que des Etats-Unis viennent, par une vue de la Providence, un coup fatal à ce complot de dépossession des terres imaginé au Premier Congrès sioniste international tenu au casino de Bâle !

La responsabilité de l’aide au sionisme est naturellement partagée, mais le soutien le plus actif a été celui accordé par Londres, ce même centre que l’on voit aujourd’hui s’agiter en Syrie, et très caractéristique, à cet égard est ce passage d’une revue hebdomadaire de la Fédération sioniste de France, du 3 octobre 1919, « Le peuple juif » : « C’est le fameux philanthrope Lord Shaftesbury, et non pas Zangwill, qui a dit le premier : Donnez le pays qui n’a point de peuple au peuple qui n’a point de pays ! On nous parle, poursuit l’hebdomadaire sioniste français, « de quelque 600 000 habitants de race arabe principalement. Mais est-ce que cela contredit la parole de Shaftesbury ? Des habitants ne sont pas un peuple !  » [2]

Mais ce qui nous rapproche encore plus de l’actualité est que ce propos précis de Ashley-Cooper, Lord Shaftesbury (1801-1885), qui œuvrait pour un protectorat britannique sur l’Empire ottoman depuis 1840, date de 1853, et s’applique à la grande Syrie « un pays sans peuple » nécessitant « une nation sans pays », cela existe-t-il ? Certainement oui, l’antique et légitime seigneur du sol, the Jewish people !

Que ce propos traduise une ligne politique, et non une opinion privée, est démontré par notre diplomate Berthou, dans une lettre au ministre des Affaires Etrangères, l’historien Guizot, le 6 novembre 1840 : « L’Angleterre a un autre projet que j’ai depuis longtemps signalé et dont aujourd’hui ses agents ne font plus un secret. C’est la restauration du Royaume d’Israël. » [3]

L’attaque présente contre la Syrie et son dépeçage est donc dans cette droite ligne de la politique anglaise, qui s’est imposée à son ancienne colonie ! .

Notes

[1] Fayard, 1999, p.388

[2] cf. Henry Laurens, op.cit. p.650, n. 67

[3] Voir Adel Ismaïl, Documents diplomatiques et consulaires relatifs à l’histoire du Liban, Beyrouth 1976, tome VI, pp. 283-4

 
 
 
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