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Une ombre sur l’amitié franco-allemande

lundi 9 juillet 2012, par Pierre Dortiguier

Il est question d’amitié, officiellement, pour ne pas évoquer le concept ancien, un peu fané, marqué par la guerre, de collaboration seule exacte, car, dans cette relation franco-allemande, l’un aide l’autre, en compensant des inégalités naturelles, techniques et sociales.

Ce sont en effet des nécessités qu’il faut rappeler, qui ont fait naître ce projet particulier conçu par Adenauer et De Gaulle, dès l’arrivée au pouvoir de ce dernier, en 1958. Le chancelier allemand, soumis, par force, aux Alliés occupants, était allé trouver le Français, dans sa propriété privée de Colombey les deux Eglises ; et cette relation personnelle, scellée dans une cérémonie, à la cathédrale de Reims, le 8 juillet 1962, devait tant inquiéter les Anglo-américains que bientôt après, en 1963, après le Chancelier Erhard (1897-1977), père du miracle économique, devait le remplacer, sur pression du parti libéral (FDP), proche des intérêts britanniques !

L’Allemagne offrait son travail et ses méthodes, y compris, dans le domaine de la coopération africaine, par exemple, et la France lui assurait en échange une représentativité assez indépendante ! C’était aussi et surtout un mariage de raison... Mais l’impulsion était lancée : aux Français, le droit de parler haut, comme membre du Conseil de sécurité et co-vainqueur, pour ainsi dire, de la Guerre ; et aux Allemands, la capacité, démontrée, après-guerre, par l’absence de troubles sociaux et la nullité d’action du Parti communiste, d’une économie et d’une unité sociale très forte, qui ne s’est pas démentie et cause justement ce que Madame le Chancelier Merkel a récemment nommé les deux puissances, dont la qualité fait tout le problème de l’unité européenne.

Il y a, dans la conception allemande, sur la plupart des plans, une relation entre la diversité, l’hétérogénéité des capacités, des idées ou des sentiments et la nécessaire coordination de ces disharmonies ! Son esthétique est même fondée là-dessus et donne à sa musique, par exemple, une puissance particulière rejoignant les frontières du sacré !

Mais cela vaut de tous les aspects de la vie politique et économique. Quand un expert français prétend, par exemple, comme dans "Le Point", que nos divergences intergouvernementales ou entre "la locomotive de l’Europe" et ses wagons (à user d’une plaisanterie !) tient aux types d’économie différents, il se trompe. Car il s’agit d’une question anthropologique et non pas d’une affaire de structure.

Dans cette célébration du 50ème anniversaire de l’amitié franco-allemande, un pas symbolique aura été franchi, par l’usage de la langue allemande, sur la plaque apposée. Comme tous ses compatriotes, heurtés, du reste, par la profanation d’une quarantaine de sépultures allemandes de la première guerre mondiale, (comprenant donc, vraisemblablement, des Alsaciens et des Lorrains mobilisés régulièrement), dans les Ardennes, le Président Hollande a évoqué les souffrances du passé ; et le Chancelier allemand lui a répondu par une allusion ironique, à sa propre vie, en Allemagne occupée par les Soviétiques, car cette division fut, autrefois, voulue et maintenue, aveuglément, par la France et ses alliés mais ne répondait point à la nature et à la liberté des peuples voulue par Dieu !

Franchir les étapes d’une jeunesse communiste, pour parvenir, comme fille de l’Allemagne centrale, fille de pasteur soumis aux autorités marxistes représentées, alors, par le père du communiste actuel et riche avocat Gyzi (de l’ancienne communauté israélite de Berlin), alors, ministre des cultes, à la tête de l’union Chrétienne démocrate relève, aussi, du miracle allemand ! Et cela devrait faire réfléchir ceux qui demandent à l’Allemagne de franchir de nouvelles portes ; en fait, celle-ci en a refermé plus d’une :

- D’abord, la porte de la division que Mitterrand voulait prolonger et pour l’acceptation de laquelle, il sollicita l’Euro, à savoir, une amputation, à notre profit, de la valeur du Mark !

- Ensuite, la porte de l’arriération industrielle ou de la stagnation imposée par l’absurdité du régime communiste, en faisant des territoires de l’ancienne DDR le lieu d’une métamorphose des PME allemandes qui sont le ressort de l’exportation

- Enfin, la porte que nous autres laissons grande ouverte, de la paupérisation ; car l’Allemagne a refusé toutes les solutions de facilité par lesquelles nous affaiblissons nos générations !

L’éducation y est restée sévère et sélective, l’enseignement supérieur encombré chez nous de chômeurs en puissance, n’est ouvert qu’à 37% de la population, le reste étant formé techniquement, de manière adaptée à le demande.

Aussi une dernière porte est-elle en train de se refermer, lentement, mais inexorablement : celle de l’Occident même, avec lequel, l’Allemagne atteint moins de 60% de ses échanges, cependant qu’augmente son marché oriental, que les élites de la Chine, par exemple, viennent se former à son école, celle de la compétitivité !

Il ne s’agit pas d’une fermeture de l’Allemagne à l’Occident, mais l’on ne peut que réfléchir à sa position centrale, en Europe, et à cette fameuse expression de « poussée vers l’Est » qui est une inclination de son Histoire, puisque les colonies allemandes de peuplement (y compris nos Lorrains) se retrouvent du Danube à la Volga !

Sont-ce ces raisons qui font dire à Mme le Chancelier que les relations franco-allemandes ne sont pas simples ? Ce qui est une manière de retourner, dialectiquement, l’accusation de simplisme que lui adressait, récemment, notre nouveau Premier ministre !

Simple n’est pas, en effet, l’Allemagne, en Europe, car elle rayonne sur la totalité du Continent, et que celui-ci ne peut, donc, parvenir à l’unité politique, couronnement nécessaire de la coopération économique, qu’avec elle ! Mais cette unité n’est pas ce que les Européens imaginaient avec la création du marché commun, d’avant De Gaulle, avec des institutions et une capitale bruxelloise : le modèle allemand – traditionnel du reste- est de former de petites unités de commandement, ce qui se nomme un système fédératif : là est son cœur, et si les autres Etats veulent à leur tour se fédérer, il leur faut accepter la responsabilité de cette autonomie, en abandonnant la mauvaise habitude de l’assistanat, sous couvert de solidarité européenne !

Est-ce donc une question de morale ? Oui, et qui fait la distinction réelle entre les qualités de puissance, et cela vaut non seulement sur l’étendue des 27 pays, mais partout où la puissance ambitionne de se fixer et de s’étendre !

Refuser un directoire franco-allemand de l’Europe est-il, pour le nouveau Président Hollande, une façon de congédier toute maîtrise de soi, qui est la qualité d’une tête, d’un chef ? Gare alors que le corps allemand, n’aille, comme dans l’Europe d’autrefois, chercher, en Italie, par exemple, un allié de poids, dans le secteur industriel et agricole, oui, dans cette terre longtemps nommée impériale, où Turin, Milan, Venise, mais aussi, Naples et la Sicile, portent témoignage architectural visible de la magnificence de ce passé politique européen !

 
 
 
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