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Une conduite sans permis, pour la finance U.S.

jeudi 11 août 2011, par Pierre Dortiguier

Cette comparaison forte et simple, faite par Marine le Pen d’un abandon des finances de nos Etats au crédit international, à celui de donner les clefs de son camion à un conducteur sans permis, marque qu’elle est bien la fille de son père, car elle ne s’offusque pas de la clarté : personne ne lui contestera ses propos, quand elle rappelle, comme elle l’a fait en octobre dernier, cet épisode, sous la présidence de Georges Pompidou, début janvier 1973, de l’interdiction faite à la Banque de France de faire crédit à l’Etat, par l’article 25 de son nouveau statut, et d’émettre obligatoirement notre monnaie ainsi harmonisée à un système d’endettement auprès d’organismes extérieurs de financement.

Les analystes le déplorent encore, et en font grief, dans une période où l’orage tonne sur les Etats-Unis, la foudre tombant principalement du ciel chinois, pays qui reste du Tiers-Monde, par de nombreux côtés, dont sa disparité de développement régional, mais maintient, avec la discipline populaire, un taux de croissance impulsé par de nombreux moteurs, dont les Japonais auxquels les Chinois rachètent une partie de leur dette, et les Allemands de la zone reconquise à leur propre orient, dans l’ancienne zone d’occupation soviétique métamorphosée en lieux d’avant-garde technologique de P.M.E. actives.

Ceux qui jugent des nations doivent se représenter la différence générale de puissance entre ce temps où l’Iran de l’imam Khomeiny était, selon ses propos tenus à Neauphle-le-Château, le 21 octobre 1978 « un pays de trente millions d’habitants ou plus qui ne peut être constamment supprimé » et son plus que doublement aujourd’hui. On juge l’essor de la Chine de la même manière. Et son avis ne peut non plus être constamment supprimé ou assourdi sous les porte-voix de la défense des droits de l’homme. Ce que voudraient pourtantceux qui nous dressent inlassablement depuis des trimestres de crise économique, contre le refus chinois de monter le Yuan qui ruinerait son artisanat et industrie de pays tiers-mondiste, ou, pour comparer avec ce que disait l’Imam de son pays dans le sermon cité, ambitionnent de mettre une équipe en place, quelque Lydia Timoshenko tressée à la chinoise, au secours de laquelle se porterait notre diplomatie favorable aux révolutions colorées, « pour mener à l’inexistence » le pays réel.

La Tribune de l’Economie relate, le 8 août, les propos recueillis de Wan Wei Ping, économiste de l’Université pékinoise : « Nous ne faisons pas confiance au gouvernement américain qui a déjà été volontairement malhonnête : rappelez-vous l’assouplissement qualitatif de 2010 - cette dévaluation du dollar avait pénalisé les détenteurs de devises américaines, au premier rang desquels la Chine - ou encore « le choc de Nixon » en 1972 » - soit donc, observons-le - un an avant que la France de Pompidou, non pas accepte comme on le redit mal, mais soit contrainte par ce que l’on surnomme la « loi Rothschild » de perdre son autonomie d’endettement financier normal, devenue impossible, précise l’économiste chinois « quand les Etats-Unis avaient décidé seuls de cesser la convertibilité de leur monnaie en or et transformer tout le système monétaire international ».

A l’époque de cette seconde dévaluation du dollar, le gouvernement travailliste britannique de Wilson avait aussi dévalué la livre, et accentué l’effet de cette politique américaine ; insistons sur ce point qu’il s’agissait d’un gouvernement de gauche, historiquement, comme les démocrates aux U.S.A., composé des meilleurs illusionnistes pour couvrir la servilité envers le système créditeur. Car il faut bien poser la question que chacun sent poindre en lui : si cette horloge existe, il faut un horloger, disait Voltaire, du monde visible, et l’analogie s’établit vite, si l’on multiplie tant de débiteurs, et qu’on soulève ainsi le toit de la demeure, quel architecte invisible, quel créditeur va sortir des décombres ?

Le simple rappel chinois de ce temps qui a précédé l’abandon du privilège bancaire français, à savoir le choc de Nixon, donne une logique à ce que nous déplorons : comment des hommes aussi distingués et patriotes avérés comme MM. Pompidou et Giscard, alors aux finances, ont-ils pu céder sous la pression ? Deux réponses pratiques sont probables qui peuvent servir de leçon à nos « neveux », pour parler comme Descartes, qui sont morales avant tout : une trop grande dépense et consommation sans un ressort industriel, qui fait que l’Angleterre, par exemple, passe encore devant notre pays, et une indiscipline de formation qui ne réconcilie pas le tissu industriel avec le monde financier, et les oppose, selon une habitude révolutionnaire devenue une inertie qui a caractérisé les années 68.

La déliquescence ou le libertinage social et privé ont ouvert la porte au pacte avec le Diable, mais comme dans les contes médiévaux la demeure créée par la magie s’estompe brusquement. Et c’est de la Porte de la Paix Céleste que nous en vient l’avertissement : il est sûr que la Chine et autres pays émergents dont les financiers aventureux veulent faire un substitut de leurs classes moyennes en Occident et aux U.S.A., ne resteront pas jouer aux figurants pour que les responsables de l’anarchie mondiale se dissimulent en se multipliant sous des jeux de glace factices, comme dans le film d’Orson Welles, « la Dame de Shanghai ». Cette dame en Asie est pleinement chez elle, et n’a que faire de paroles trompeuses. A cet égard, je rappellerai l’historien français Jean Tulard qui dément le mot à faire peur, sorte d’épouvantail colonial, qu’il dit n’avoir jamais trouvé chez Napoléon : « quand la Chine s’éveillera le monde tremblera ». C’est l’inverse qui se produit : ce sont les dirigeants communistes - de cette doctrine importée - qui disent ce que les pasteurs devraient répéter à leurs ouailles : le temps de vaches grasses est terminé. Un hadith soutient qu’il faut aller jusqu’en Chine, ce sera notre conclusion, pour quêter une vérité, et notre siècle anti hégémonique ne l’infirme déjà pas.

 
 
 
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