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Une absurdité d’Iris Radisch face au Prix Nobel hongrois de Littérature !

mercredi 4 décembre 2013, par Pierre Dortiguier

Le lauréat hongrois du prix Nobel de littérature né en 1929, Imre Kertész souffrant de la maladie de Parkinson qui l’oblige à retourner à Budapest, explique, ce mois d’octobre, à la sérieuse journaliste berlinoise, de trente ans sa cadette, et que ma concitoyenne et ci-devant ministre de la Culture et de la Communication Christine Albanel a faite chevalière des arts et lettres, qu’il se sent mal au pays natal, et qu’il parle l’allemand et goûte la culture allemande...

Il est monothéiste, ou plus simplement théiste, au sens que Schopenhauer - cet autre francfortois comme le fut Iris Radisch, étudiante en philosophie par ailleurs excellente éducatrice traditionnelle par son livre L’école des femmes, qui démontre, avec le bon sens de la raison instruite philosophiquement à l’allemande (en dehors des guignols de l’École néo-communiste et anarchiste dite de Francfort et new-yorkaise de fait), l’irrationalité de l’éducation antifamiliale de l’enfance - donne au mot, c’est-à-dire juif, avec un Dieu très personnel : les philosophes d’Allemagne - et notre Rousseau genevois est plus proche d’eux que les philosophes parisiens - situent Dieu dans la conscience, « en nous », plus que dans des espaces imaginaires ou dans une exaltation sensuelle ; les Juifs en font un autre, absolu, une frontière entre eux et le reste des hommes : les intégristes et les islamistes nouveaux les imitent, mais la copie ne vaudra jamais l’original.

« Écoutez par ma voix sa volonté suprême  Il faut venger son culte, il faut venger Dieu même  » Voltaire

Il ne s’agit pas non plus de confondre les trois filles d’une mère dont les traits seraient ceux de la déesse-mère - la Freya des Nordiques ou Grande Ancêtre (ce que dirait le nom de Marianne, d’après la langue tudesque, « Ahne » étant l’ancêtre en allemand, et Mari grande), ou de la Vierge noire de quelques églises - dont celle du Taur toulousaine -, cette négritude n’étant point humaine mais révélatrice d’une force primitive, sorte de potentiel d’où sort l’existence. Wagner fait d’elle le personnage de Erda la Voyante (Erde ou earth, la terre, retrouvable quelquefois dans le terme d’Arte « latin » dans les textes tudesques « latinisés ») : « Mon sommeil est rêve, mon rêve sentir, mon sentir maîtrise du savoir » [1]

Imre Kertész ne s’aventure point sur ce terrain théologique. Pris à 15 ans, il est déporté, vraisemblablement pour des raisons politiques, à Auschwitz puis à Buchenwald où le parti communiste allemand tenait, indépendamment des gardiens SS du camp qui leur abandonnaient l’administration interne, le haut du pavé, pour ainsi dire, et où se formait l’élite de l’Europe soviétique. Aucune animosité, mise à part la convenance du genre littéraire des souvenirs de guerre plus écrits en fonction du public que de sa mémoire recomposée, contre l’Allemagne en soi, sauf un ressentiment - tant l’homme moderne ne se croit fort, comme son Dieu, que s’il lance quelques paroles agressives - contre l’Autriche, pour avoir réussi à démontrer au monde que Beethoven lui appartenait et que Hitler restait allemand, c’est-à-dire étranger. Il est vrai que Braunau sur Inn, ville natale du guide-chancelier, avait été bavaroise, mais son dialecte bavarois est aussi celui, - sauf Salzbourg qui continue le parler alémanique -, de la Haute et Basse Autriche, y compris le Styrie, et sa Graz wagnérienne, par excellence, avec sa reproduction de la franconienne villa Wahnfried de Bayreuth !

Une note d’absurdité se fait entendre, et montre le délabrement de la raison causé par l’excès des idées fixes, quand Iris lui fait savoir, comme un fait d’évidence, que le fils d’un médecin juif et aussi d’un traducteur chez l’éditeur catholique Aubier du philosophe allemand Schelling, de Tours, Samuel Jankélévitch, venu de la Russie allemande, Vladimir Jankélévitch, que j’eus comme professeur de morale à la Sorbonne, n’avait plus « ouvert » (« aufgeschlagen ») un livre allemand ni écouté de la musique allemande « après Auschwitz » ; l’absurdité du propos est si manifeste que l’on ne peut que déplorer qu’une femme allemande aussi intelligente, ait pu imaginer qu’un homme qui était chargé d’un cours de philosophie pendant une génération ait pu ne jamais ouvrir un livre dans une langue qui est celle par excellence de la pensée pure et appliquée, inégalée en profondeur ; et que l’auteur d’un traité des vertus et de tant d’essais musicaux ait fermé ses oreilles à la lignée la mieux verdie sur l’arbre de la renaissance musicale perpétuelle.

Imre proteste contre cette attitude, et en son for intérieur le met sur le compte de la servitude des médiats envers certaine autorité aussi immorale, que le Contrat social de Rousseau, sa partie la plus faible et confuse, peut justement, avec Voltaire, être qualifiée de Contrat insocial ! Cette légende autour de Jankélévitch, homme savant, mais hautain et méprisant envers les humbles, comme nous le constatâmes chez le regretté libraire et bon aquarelliste, Alfred Mader, rue Saint-Jacques, s’est forgée après 1967 ; par la mobilisation antigaulliste dont Raymond Aron, mon autre professeur de sociologie, et qui avait étudié en Allemagne hitlérienne, donna le signal : ce fut alors que Jankélevitch qui n’aurait pas été martyrisé avec Saint Étienne comme disciple du Christ des Évangiles, répétait partout qu’il ne fallait pas pardonner !

Je le vis débarquer à une conférence de madame Klarsfeld qui portait sur son geste assez comique d’avoir giflé le chancelier Kiesinger (ce qui entraînera une campagne contre lui et permit au candidat des Américains, le douteux ou pas très net Willy Brandt de se hisser au pouvoir en 1969), pour avoir travaillé dans une fabrique de bois, laquelle fournissait des traverses de chemin de fer et donc, pour cette aristotélicienne, contribuait, par un syllogisme concluant, à amener des déportés ou des travailleurs aux divers camps et usines stratégiques ! Il est vrai que ce 1967 avait échauffé les esprits qui applaudissaient l’Athalie de Racine, à l’Odéon, pour soutenir l’entité sioniste.

En 1968, ce séducteur qu’était Vladimir Jankélévitch fut un accusateur frénétique de professeurs de la Sorbonne, de ces mandarins de notre Chine parisienne des philosophes, dont l’écroulement a produit ce que Platon nomme « la plus grande ignorance, le vrai nom de l’Enfer  » !

Il reste que ce témoignage du lauréat du Prix Nobel de Littérature dit la Force et le Devenir assuré de la culture allemande en Europe et dans le monde civilisé, et aussi le succès, comme l’ombre accompagne la lumière, de ces petits Jankélévitch qui ont brisé la politique culturelle franco-allemande impulsée notoirement par De Gaulle le germaniste, dont le père - me fit-il savoir par téléphone, rue de Solferino, au début le l’année 1970, quand nous composions une édition abrégée de ses mémoires et discours qu’il approuva -, avait été aussi professeur de philosophie.

Notes

[1] Mein Schlaf ist Träumen, mein Träumen Sinnen, mein Sinnen,Walten des Wissens

 
 
 
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