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Un Sarkozy en cache un autre !

mercredi 2 mai 2012, par Pierre Dortiguier

Après les clameurs partisanes, ce 1er mai s’est achevé dans l’attente d’une confrontation qui a toutes les chances d’opposer un homme qui veut gagner des points à un concurrent qui ne veut point trop bouger, pour mieux conserver les siens.

C’est dire que le style offensif de Sarkozy va se déployer contre un adversaire sûr de l’emporter, et que la défaite déstabiliserait ; alors que le sortant a fait ironiquement, sinon, cyniquement, savoir que sa carrière d’avocat serait une manière de vivre une autre aventure !

Toutefois, le propos stéréotypé de Marine Le Pen sur l’équivalence des deux fonctionnaires de la Banque centrale, que seraient ces deux personnalités en compétition, ressemble plus à l’ancienne dialectique communiste, pour déconsidérer les adversaires, de blanc bonnet et bonnet blanc, qu’à une capacité de vaincre ; mais l’extrême droite non plus ne veut pas s’exposer aux coups d’une campagne : elle se positionne pour moissonner des postes de députés et ensuite de sénateurs ; car le ton xénophobe se métamorphose ; il risque de n’être plus rivé unilatéralement sur l’ennemi de la guerre algérienne, mais fixé sur l’ancienne rivale héréditaire qui redessine son empire, et explique certainement, plus que toute idéologie, y compris l’israélomanie semée dans l’armée depuis la campagne contre Nasser bloquée par la manœuvre russo-américaine de 1956, le retour sous le parapluie U.S., la docilité envers l’O.T.A.N.., le suivisme antisyrien.

Alors se montre un autre Sarkozy, paradoxalement plus droitier et moins hexagonal, voyant les défauts nationaux de l’extérieur. Un Sarkozy européen serait-il en train d’apparaître, se métamorphosant en politicien au destin supranational, qui prendrait la France comme support ?

Nous paraissons plaisanter, mais la situation peut devenir plus sombre, si son successeur prend le chemin inverse, si sa faible capacité d’adopter une posture européenne laisse le champ national de ses voisins suivre leur cours ? C’est ce danger qu’instinctivement Mitterrand avait entrevu en demandant au chancelier Kohl une forme de partage de l’économie européenne. Il ne semble pas, en revanche, que François Hollande sente que de nombreuses forces centripètes, dans l’Allemagne « européenne », veuillent reconsidérer le cheminement du pays. Cela n’effleure pas du tout le courant de droite nationaliste dont l’enracinement est plus électoral que politique dans une population désorientée.

Est-ce que Sarkozy ne veut point manœuvrer la chancelière ou ses successeurs socialistes éventuels pour qu’ils voient en lui un bon élève, alors qu’il craint plus que d’autres, le mouvement de révolte qu’entraînera fatalement la reprise d’une crise annoncée ?

C’est cette manière de retenir l’Allemagne, qui fait la politique sarkozienne de maintien de l’Euro, et sa réclamation –commune avec Hollande- de diminuer l’autonomie de la Banque européenne ; il ne s’agit pas de laisser un jeu de force économique emporter notre voisin loin de sa base d’attache que nous lui avons fixée ; il faut, dans l’esprit hérité des Jean Monnet etc. que l’Europe soit une arme politique fédérale qui empêche une loi d’égalité nationale ou de liberté s’installer.

C’est là que l’autre Sarkozy apparaît, qui n’est plus libéral, mais est plus près du protectionnisme que réclament et font miroiter les deux oppositions ; en ce sens, ces peurs de « syndicalisme politique » agitant le drapeau rouge ne dupent personne : le candidat socialiste s’en désintéresse aussi, et partagerait-il avec son adversaire la peur d’un lendemain noir, d’une chute brutale de la santé française, que cela pourrait expliquer leur alignement relatif et parfois complet en politique étrangère sur les grandes lignes de la politique U.S.

« Blanc bonnet, donc et bonnet blanc » ? Cette formule de la campagne présidentielle de 1969, du célèbre candidat communiste Jacques Duclos ( 1896-1975), pourrait avoir sa vérité, mais relativement à une crainte commune, partagée par la majorité des élites de voir la France perdre avec l’effritement de l’Europe, un demi-siècle d’autorité et de contrôle de sa voisine.

 
 
 
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