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Tripoli, pomme de discorde.

vendredi 26 août 2011, par Pierre Dortiguier

IRIB-La dissension est semée par le Diable, et chacun estime que le costume de celui-ci convient parfaitement à un ennemi, sauf que tout ne tient pas aux apparences : il faut une définition.

Diviser –car, c’est de cela qu’il s’agit- est le propre de ceux qui veulent ruiner un peuple, une congrégation, une idéologie, un espace de vie, voire la sainte religion même, et nous savons que le geste de maintenir et de conserver révélation, règles et moralité, et au sein d’un peuple ses traditions, trouvera grâce. Mais point en ce monde, si l’on en croit les actionnaires de la nouvelle société libyenne qui sont achetés par le Qatar distribuant armes et secours, et toute cette Europe qui, selon le mot récent de M. Sarkozy, ne pourra être politique que si elle a une base nord-africaine et méditerranéenne.

Le protecteur américain distribue ses hommes et ses clones ; il paraîtrait, selon une communication personnelle du professeur Claudio Mutti qui le donne pour vraisemblable, mais le tient de compatriotes italiens instruits des événements, que des mercenaires chiliens et colombiens augmenteraient cette nouvelle armée de Garibaldi venue déraciner le tyran, comme l’ancienne, au XIXème siècle détrôna la dynastie des Bourbons d’influence autrichienne et espagnole dont il reste les beaux monuments au royaume de Naples. Quelques centaines de religieux et des paysans trop fidèles y perdirent alors la vie, par des dommages collatéraux, mais il ne faut pas perdre de vue l’essentiel : que du Golfe jusqu’aux rives du Potomac chacun exècre de plus en plus la tyrannie et songe à la stabilité de son propre pouvoir aussi, et dans le cas italien à la santé de la Bourse de Milan qui augmenta de 5,73% lors du débarquement qui contenait peut-être plus d’instructeurs qu’il n’est ordinairement requis.

M. Gérard Longuet, ministre de la Défense, -en l’occurrence de l’offensive- évoque même, ce matin, pour expliquer les péripéties de cette chasse au diable, le conflit qui opposait Anglais et alliés, majoritairement venus des Indes, du Népal et des Maori, aux forces germano-italiennes conduites par le « renard du désert », et dont le terrain était libyen, puis devint tunisien, mais dont l’enjeu final était la gouvernance politique du Continent.

Verrons-nous la suite de cette nouvelle odyssée dont on nous a présenté « l’aube », pour reprendre le titre de l’opération otanienne ? Cette aube méditerranéenne « aux doigts de rose », écrivait Homère, est ici aux mains ensanglantées et annonce un jour nouveau, ou peut-être, pire, ramène, par une sorte de cycle, aux temps anciens. En effet, si la première conquête de la Tripolitaine en 1911 avait pour arrière-plan l’idée politique de diviser l’Empire ottoman et ouvrir ainsi la brèche dans l’alliance des trois empires que craignait l’Angleterre, la conquête de 2011 aura une perspective géopolitique analogue : fortifier l’alliance euro-étatsunienne en modérant les velléités germano-italiennes d’autonomie et couper certains peuples méditerranéens des deux empires russe et chinois, ou de l’Iran et du reste de l’Asie et d’une Afrique américaine, bref, pour ce qui est de l’Est, de ce que les Anciens nommaient les Scythes. Les peuples arabes sont déjà plongés dans la crise et dans la guerre qu’on dit trop vite civile, en réalité séditieuse, et chacun de se souvenir, comme à l’agonie d’une vie politique écoulée de faits bien tus aujourd’hui médiatiquement : de l’abstention libyenne à suivre la coalition antiiranienne de la guerre de huit ans, de la fructification libyenne de l’héritage des Etats-Unis d’Afrique du ghanéen N’Kruma ; de l’absence de l’union africaine et de M. Jan Ping aux décisions géostratégiques de la coalition formidable menée contre la Troie libyenne arabo-africaine, grâce au génie de l’Ulysse élyséen. Et comme Français, si un jugement peut constituer un fait de raison, je terminerai en citant l’opinion de notre diplomate à Tripoli, M. Patrick Haimzadeh, ancien officier de l’armée de l’air et arabisant, dont le livre « Au cœur de la Libye de Khadafi » réfute des préjugés : il célèbre ce qu’il appelle le pragmatisme du guide, et dit qu’il a eu l’intelligence politique d’avoir su donner une autonomie locale aux tribus. Certes, la Cyrénaïque a une identité collective, mais quelle politique pourra assurer une unité à cette puissance libyenne ? Ce n’est pas une affaire matérielle, et un rapport de quantités, mais une affaire de réflexion, et dans toute nation ce qui est le plus proche de l’existence est la sécurité : l’OTAN s’en réclame, mais il détruit l’être libyen, voile ses propres massacres, surtout infanticides, ruine l’infrastructure du pays, et donc toute base politique sérieuse imposée ou distribuée par lui. Il est la pomme de discorde. Khadafi quittera le pouvoir, mais avec une légende, et le visage de ses enfants assassinés, et cela restera impensé en Occident. pour celui-ci convient la formule d’Homère, dans son Odyssée, « que ce ne sont pas tous les yeux qui voient les dieux ». Ceci dit en toute licence poétique !

 
 
 
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