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Sur la dualité du mal dans l’Apocalypse.

Commentaire de Jean Meyer.

lundi 27 juin 2011

Dans le problème du mal se trouve réuni tout un complexe d’idées, dont la plus angoissante est celle qui se rapporte à la disproportion entre le mérite personnel et le destin général de la vie humaine, ce qui est proprement l’injustice du sort et la réfutation rationnelle de l’optimisme. L’Apocalypse de saint Jean, affirme que le mal est produit par une chute de certaines puissances angéliques et leur révolte contre Dieu, ce qui serait un désordre, entraînant un désir de vengeance. Selon l’Apocalypse, la naissance du mal [1] s’est effectuée dans le fond abyssal du Dragon luciférien, qui avait provoqué la colère de Dieu et qui voulait devenir le Seigneur de toute la création. [2]. Sa chute eut des conséquences dramatiques pour toute la Création, mais étant permise par Dieu, il est normal de penser que ce drame était prévu dans l’idée ou le plan de Dieu et qu’il devait en résulter un bien, selon que le mal entraîne un plus grand bien, car il augmente par réaction la puissance du bien même.

Ici se réalise cependant l’opposition fondamentale du bien et du mal. Mais cette opposition n’est pas compréhensible sans l’intervention d’un deuxième être spirituel, que la Bible a appelé Léviathan ou Satan. Cette autre « bête », dit l’Apocalypse, apparaît non pas dans le royaume de l’air, ainsi que l’explique la lettre aux Ephésiens attribuée à saint Paul (Ephésiens,VI,12) à propos des entités lucifériennes, mais elle sort de la mer.

L’élément Air est en effet un substitut symbolique, qui désigne le monde psychique ou le monde dit astral des occultistes. Il s’agit du plan hylémorphique, c’est-à-dire en grec de forme mêlée à la matière, où agit de préférence Lucifer avec ses acolytes, qui selon l’Apocalypse [3] ont été précipités au fin-fond du royaume de l’air par l’Archange Mickaël [4] lequel exprime la puissance divine.

Une telle conception admet que l’origine du mal, ainsi que le décrit la Genèse, réside dans la chute de Lucifer, l’ange déchu qui s’était révolté contre la volonté divine, du fait de son orgueil insensé qui l’a poussé à pervertir dans l’allégorie du serpent nos premiers parents.

Tout autre est la personnalité spirituelle de Satan, qui apparaît encore plus dangereux que son homologue démoniaque. A son sujet, l’Apôtre saint Luc - dont il ne s’agit pas de discuter de l’antiquité ou de l’historicité - rapporte dans son chapitre X un dit de Jésus-Christ : « J’ai vu Satan tomber du ciel comme un éclair ». Cette parole dénote la violence avec laquelle l’entité satanique a été rejetée du ciel, où il avait connu un honneur redoutable avant sa chute.

Deux passages du Nouveau Testament peuvent nous instruire sur ces tragiques événements, qui se sont passés dans les mondes intermédiaires : on les trouvera dans les Lettres apostoliques, II Pierre, 2 et 4 ; et dans la Lettre de Jude, VI : « Dieu n’a pas non plus épargné les êtres angéliques aberrants, mais il les a jetés dans les chaînes et dans l’abîme sombre du Tartare. » « Il a donc aussi soumis les Anges, qui n’ont pas maintenant la cohésion de leur origine première et ont même abandonné les régions d’activités à eux attribuées, pour être rejetés dans le ban des ténèbres, dans des chaînes éternelles jusqu’à la décision du Grand Jour… »

Ce qu’il est possible de tirer de ces textes, c’est qu’il existe des êtres spirituels qui sont devenus les porteurs du mal. Celui-ci n’est certainement pas une force anonyme, elle est de qualité essentielle. Nous avons à faire à des êtres spirituels, qui sont parties prenantes dans l’explication du mal.

Cependant ces entités mauvaises ne peuvent agir en nous qu’avec notre consentement, et le Nôtre Père nous apprend qu’il est possible de nous préserver de leur influence mauvaise avec l’aide de Dieu.

L’essence du mal se dévoile sous un double aspect. Il est possible que le rôle des entités démoniaques ne soit pas absolument mauvais et que la Providence divine leur ait attribué des fonctions précises dans l’univers créé. On pourrait donc leur supposer certains aspects bénéfiques (double rôle du mal), bien qu’il soit nécessaire d’autre part d’insister sur la radicalisation maléfique de leur activité, ce qui est marqué dans Kant par son concept de mal radical.

Nous avons pu voir dans les activités lucifériennes un principe d’auto-détermination, d’égoïté et de force de connaissance, qui sied également à l’homme. Tandis que l’action satanique (ou ahrimanique, d’après le dualisme que l’on dit persan) consiste dans un endurcissement général et dans la destruction de la vie, ce qui est le propre de ceux dont Jésus-Christ dit que ce n’est pas Abraham, mais Satan qui est leur père et est homicide dès le commencement. C’est le corps vital ou éthérique de l’homme et de la nature qui est visé dans la destruction satanique visible aujourd’hui par cet être que le tableau apocalyptique fait surgir de la mer !

Le regard sur le monde angélique a pu nous diriger sur cette double origine du mal. Ce mal se montre aussi comme un bien dégradé, qui n’est plus en harmonie avec le bien et qui a perdu sa place originelle. Des entités bonnes à leur origine peuvent ainsi devenir mauvaises, lorsqu’elles agissent à contretemps et à la mauvaise place.

Ce texte est tiré d’un manuscrit de 18 pages de Jean Meyer, né allemand, comme l’Alsace elle-même, qui fut maître des eaux et forêts, autodidacte versé dans le Grec et le Sanscrit, qui vivait à Munster près de Colmar. Ces réflexions sur le mal sont un appendice à un bref essai pratique, dans le style typiquement allemand privilégiant la moralité pratique, sur La Crise alsacienne, ses origines et sa Résolution qu’il voyait dans un respect de la tradition mystique rhénane, à défaut de quoi la jeunesse sombrerait dans des anorexies mentales ou des hystéries parisiennes révolutionnaires. On pouvait compter dans les années soixante plus de 400 suicides par an, rien que pour les villes de Strasbourg et de Colmar. Merci à Louis XIV.

L’ouvrage publié de Jean Meyer Les Secrets de l’Alsace Médiévale se trouve aux éditions du Rhin, 1994, ISBN 2.86.339096.1

Notes

[1] Dans l’essai sur Le Quaternion de Lautenbach (édité par la revue Ethnologie de l’université de Strasbourg, n°17,1992) nous avions écrit Jean Meyer, « constaté que les chanoines de Lautenbach avaient enseigné une doctrine qui retrouvait sa source dans l’Apocalypse de saint Jean, et qui insistait prioritairement sur l’origine du Mal. Il s’agit d’une influence maléfique émanant d’une double hypostase démoniaque, dont les promoteurs sont appelés Lucifer, ou le grand Dragon roux (cf. Apocalypse, XII,3-4) et un léopard ou une bête qui sort de la mer et qui n’est autre que Satan (Apocalypse, XII,1-2). Il est nécessaire de distinguer nettement entre les activités spécifiques de ces deux entités mauvaises, qui sont contradictoire entre elles. (ibidem, pp.17-18)

[2] cf. Apocalypse, XII-3-4

[3] chap. XII

[4] « ...chaque ordre angélique était vu à sa place, agissant d’après les ordonnances du Dieu transcendantal ou des hiérarchies supérieures. En outre, chacun des neuf ordres angéliques occupait une « mansion » (c’est-à-dire un plan spirituel) particulière et agissait de ce fait dans une partie du cosmos qui lui était assignée par la providence divine. Le célèbre Hortus Deliciarum, jardin des délices, de Herrade de Landsberg (environ 1185, d’après la chronologie ordinaire) nous offre à ce sujet une miniature qui représente ces mansions sous la forme d’un bateau à plusieurs étages. Dans chacun de ces étages est représenté l’un des neuf ordres angéliques et les hommes soumis à leur céleste influence. Une mission particulière est confiée au saint archange Michaël, qui est chargé de répandre l’impulsion christique parmi les hommes. C’est lui en effet qui dirige l’évolution humaine dans le sens d’une perfection spirituelle et morale. C’est aussi de lui que les disciples de la spiritualité.

 
 
 
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