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Révolution nationale égyptienne imprévue ?

lundi 1er juillet 2013, par Pierre Dortiguier

La ruse de l’Histoire est d’aveugler les acteurs, et ce n’est pas un accident si ce fut un comédien et metteur en scène comme Shakespeare qui a présenté, en termes très durs, l’aveuglement de ceux qui ne songent qu’à tenir un rôle, sans se soucier du spectateur qu’est le peuple ou le pays réel !

M .Morsi a-t-il agi dans ce sens, au point de trouver devant lui une nation exprimant son impatience et sa colère moins contre une action que contre une inaction politique ? L’abstention populaire était flagrante, au dernier plébiscite, car Morsi a été élu avec une minorité d’électeurs, puisque l’abstention dépassait la moitié du corps électoral. Les frères musulmans ont eu une gloire passée, une ombre aussi puisqu’ils ont été utilisés par la Maison Blanche, au temps d’Eisenhower contre Nasser ; bien sûr, rétorquera-t-on, c’était avant la conversion subite de tous ces porteurs de mallettes de banque et courtiers du Qatar en modèles de foi, dans le rôle de Tartufe qui ont pris le train en marche, guidés par les aiguilleurs des pays du Golfe !

Le peuple égyptien s’est vu représenter par plus de 22 millions de signatures, lesquelles comprennent une partie des 18 millions de gens qui ne savaient pas qu’en votant pour des organisations en apparence pieuses, servaient de Cheval de Troie à la finance de certaines oligarchies qui sont tantôt arabes ou autres, mais qui reconnaissent plutôt Genève ou Londres et New York, comme leur toit familial.

Que les foules égyptiennes, pour l’anniversaire de l’accession de M.Morsi à la charge suprême, le 30 juin, se soulèvent contre des perroquets placés par ceux qui avaient en tête de neutraliser l’Egypte pour vider la Syrie, ancienne alliée ou mieux, partenaire de la République Arabe Unie, voilà ce qui est un retour sur terre ! Que la foule égyptienne ne supporte pas un Etat dans l’Etat, en l’occurrence un hôtel tape à l’œil, payé par des gens d’ailleurs, entendez de la monarchie saoudienne des émirats, voilà ce qui rassurerait tout patriote du Maghreb au Cham !

Cette dénomination nationale appliquée aux manifestations éclaire les récents événements de Turquie ! Et dans le cas de l’Egypte la passivité de la police et de l’armée –colonne de l’indépendance - démontre qu’il n’est pas simple de se revêtir d’une peau d’agneau pour se dire le berger du peuple, mais qu’il faut encore savoir éloigner les loups qui menacent le troupeau ! Les cris dirigés contre les Frères Musulmans visent à l’éloignement d’une franc-maçonnerie qui ne dit pas ses intentions, ce pour quoi elle a été contrôlée, dès sa naissance, par l’impérialisme britannique et ensuite par sa filiale US : la ruine des Etats, en opposant non pas le pouvoir religieux au pouvoir civil, mais en tentant de dresser ou de séparer la société civile et religieuse, cette distinction étant empruntée à la « philosophie anglaise » deJohn Locke. C’est elle qui a servi de fondement à la fin du 17ème siècle à ce qui formera la secte maçonnique du début de l’autre siècle.

Ce n’est pas à une révolte à laquelle nous assistons, mais à un refus rassemblant toutes les classes, de l’abaissement national : en Turquie le gouvernement d’Erdogan souffre de son inféodation à l’OTAN et de son alignement sur les mercenaires assassinant les Syriens. Le peuple ressent bien que ce n’est pas le sort du pays qui est en jeu, mais une aggravation de la lutte fratricide des Turcs et des Kurdes. Au profit de qui travaillent les Morsi d’Egypte et les Ghanouchi de Tunisie ? A la paralysie nationale, à la méfiance entre les générations, à la reprise, sous une forme apparemment religieuse, de l’opposition permanente des révolutionnaires aux réactionnaires, qui ne servent qu’à masquer la paresse des autorités.

La conséquence de ce sursaut égyptien pourrait être la pire des situations pour les Etats-Unis qui ont entrepris d’anesthésier l’Egypte, en la retirant du « conflit israélo-palestinien » et en l’engageant –par sa passivité politique - à ne pas s’opposer au plan de destruction de la Syrie. A cet égard la victoire militaire de l’Etat syrien est une déroute pour tous ceux qui ont bâti leur réputation sur l’exaltation de toute forme de trouble détruisant la discipline et la verticalité d’un Etat dont le peuple a besoin. Celui-ci ne cherche pas le bonheur dans le programme d’un dirigeant, mais justement qu’il dirige pour le bien commun qu’est la sécurité publique. Depuis l’arrivée des « petits » hommes au pouvoir, le danger de vivre seul a grandi : en Tunisie, par exemple, l’agression est devenue monnaie courante, et une sorte de terreur sociale prend place qui ne gêne point ceux qui ont les poches pleines des dons de la colonie anglaise du Golfe groupant émirats et royaume ! Dira-t-on non pas que c’était mieux, mais pire sous Ben Ali et Moubarak ? Personne ne peut répondre mieux que le peuple, à savoir l’organisme vivant qui ne demande que la santé, sans laquelle l’âme et le corps sont réduits à la mendicité, à recueillir les médicaments distribués par les Bill Gates et associés ! Un peu ce que propose, au bruit de la mort de Mandela, le président Obama en Afrique du Sud !

L’explosion égyptienne aura une conséquence en Palestine, car ce dont manque ce territoire occupé ou en état de blocus, c’est d’une énergie politique neutralisée par l’affrontement du Hamas et du Fatah, sans arbitrage de l’Egypte défenseur autrefois de cette bande de Gaza où servit le colonel Nasser.

Les saisons se succèdent, sera une expression triviale ; mais que les printemps ne se ressemblent pas, c’est ce que constateront les observateurs qui, épiant tout changement, ne manqueront pas d’observer que tout abaissement de la fraternité maçonnique, de la Turquie à celle des dévots de l’idole du Qatar, renforce le camp de la résistance et fait apparaître une puissance nécessaire au bon ordre oriental qui est une « Russie debout » contre laquelle, tout comme l’Iran, a aussi été menée ce tapage insurrectionnel bien en cours de renversement, comme une pluie de mars sur un printemps précoce !

Dans ce « bras de fer » - comme on le lit dans les médiats entre le « pouvoir » appuyé sur une société non pas nationale mais secrète et aux fils tirés par des forces occultes – ou qui le sont en tout cas pour le peuple égyptien- et l’opposition à l’éventail le plus large, une grande absente est l’armée ! Ce pilier de la nation n’a pas à faire de coup d’Etat, car Morsi est depuis longtemps perçu comme n’étant plus capable de parler au nom de l’Etat. Ce dernier l’ignore.

 
 
 
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