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Religion et philosophie dans l’Ancien Régime.

mercredi 6 février 2013, par Pierre Dortiguier

Nous reprenons ici quelques points de l’entretien qui a accompagné notre conférence donnée à Toulon, ce dimanche 4 février 2013, sous des auspices religieux catholiques, entre celle de notre collègue bourguignonne studieuse, méthodique et énergique, - bien digne de figurer dans la lignée du pays des Ducs illustres - Marion Sigaut et du savant médecin marseillais, auteur de la « Faillite du monde moderne », le Dr. Salim Laïbi, qui m’a fait l’honneur de le préfacer.

Que le nombreux public, dont les racines tenaient jusqu’à la Sicile, et venus de Nice et de Marseille, de Toulouse aussi, dans cette ville détruite par la fureur révolutionnaire de l’an II, soit ici remercié, pour son goût de l’érudition et de cette synthèse que nos modernes confondent avec une analyse inachevée ou impossible à poursuivre ! Il s’agit au contraire d’une vue immédiate de l’esprit qui pose les bases d’une analyse, et celle-ci était jadis cultivée dans un enseignement répudié méthodiquement, dans le dernier tiers du siècle défunt, par une administration qui justifie bien le célèbre mot du comte Gobineau à son collègue autrichien diplomate Prokesch-Osten : « l’administration, c’est la révolution ! »ou le chambardement d’un chaos programmé !

Ce fut le sens de la première réflexion de Marion Sigaut sur le « jansénisme » ou machine de guerre dans les mains de parlementaires et de magistrats, qui n’avaient plus rien à voir avec le prélat et patriote flamand Janssen que Philippe II d’Espagne accepta comme évêque d’Ypres ; et arme forgée pour abaisser le pouvoir à s’identifier à une machine de contestation, celle qui faisait dire de ces parlementaires par le chancelier Metternich, l’organisateur de la paix retrouvée après les orages révolutionnaires européens (et aussi médecin achevé), que des barricades ne sauraient élever des barrières contre le désordre et l’anarchie. C’est le contraire qui accroît l’instabilité de la société, interdit toute communauté saine, et charge l’église de ses propres crimes. Nous voyons les effets de cette politique dans la démoralisation contemporaine.

Nous avons à cet égard averti le public de la nécessité de lire la lettre de Fénelon à Louis XIV datée de fin 1693 afin qu’il sente cette vérité que l’Ancien Régime s’est dégradé par abaissement de l’esprit du peuple et une trahison de ses devoirs par une noblesse courtisane, jusqu’à la Révolution qui n’en a été que l’accentuation, et aucunement l’antithèse. Voici un extrait de la lettre remise à Madame de Maintenon écrite par l’ancien précepteur du Duc de Bourgogne, l’archevêque de Cambrai – dit, pour sa douceur et l’élégance de style, le « cygne de Cambrai » (qui refusa, par ailleurs, à la population un catéchisme flamand, seule langue que pût alors parler un peuple récemment annexé, contre son gré et qui appartint naturellement à l’Empire d’Allemagne jusqu’en 1677 ! Les armes de la ville sont l’aigle bicéphale de l’Empereur Charles-Quint) qui éclaire nos fautes nationales.

« La personne, Sire, qui prend la liberté de vous écrire cette lettre, n’a aucun intérêt en ce monde. Elle ne l’écrit ni par chagrin, ni par ambition, ni par envie de se mêler des grandes affaires. Elle vous aime sans être connue de vous ; elle regarde Dieu en votre personne. Avec toute votre puissance vous ne pouvez lui donner aucun bien qu’elle désire, et il n’y a aucun mal qu’elle ne souffrît de bon cœur pour vous faire connaître les vérités nécessaires à votre salut. Si elle vous parle fortement, n’en soyez pas étonné, c’est que la vérité est libre et forte. Vous n’êtes guère accoutumé à l’entendre. Les gens accoutumés à être flattés prennent aisément pour chagrin, pour âpreté et pour excès, ce qui n’est que la vérité toute pure. C’est la trahir que de ne vous la montrer pas dans toute son étendue. Dieu est témoin que la personne qui vous parle, le fait avec un cœur plein de zèle, de respect, de fidélité et d’attendrissement sur tout ce qui regarde votre véritable intérêt. Vous êtes né, Sire, avec un cœur droit et équitable ; mais ceux qui vous ont élevé ne vous ont donné pour science de gouverner, que la défiance, la jalousie, l’éloignement de la vertu, la crainte de tout mérite éclatant, le goût des hommes souples et rampants, la hauteur, et l’attention à votre seul intérêt. Depuis environ trente ans, vos principaux ministres ont ébranlé et renversé toutes les anciennes maximes de l’État, pour faire monter jusqu’au comble votre autorité, qui était devenue la leur parce qu’elle était dans leurs mains. On n’a plus parlé de l’État ni des règles ; on n’a parlé que du Roi et de son bon plaisir. On a poussé vos revenus et vos dépenses à l’infini. On vous a élevé jusqu’au ciel, pour avoir effacé, disait-on, la grandeur de tous vos prédécesseurs ensemble, c’est-à-dire, pour avoir appauvri la France entière, afin d’introduire à la cour un luxe monstrueux et incurable. Ils ont voulu vous élever sur les ruines de toutes les conditions de l’État : comme si vous pouviez être grand en ruinant tous vos sujets sur qui votre grandeur est fondée. Il est vrai que vous avez été jaloux de l’autorité, peut-être même trop dans les choses extérieures ; mais pour le fond, chaque ministre a été le maître dans l’étendue de son administration. Vous avez cru gouverner, parce que vous avez réglé les limites entre ceux qui gouvernaient. Ils ont bien montré au public leur puissance, et on ne l’a que trop sentie. Ils ont été durs, hautains, injustes, violents, de mauvaise foi. Ils n’ont connu d’autre règle, ni pour l’administration du dedans de l’État, ni pour les négociations étrangères, que de menacer, que d’écraser, que d’anéantir tout ce qui leur résistait. Ils ne vous ont parlé, que pour écarter de vous tout mérite qui pouvait leur faire ombrage. Ils vous ont accoutumé à recevoir sans cesse des louanges outrées qui vont jusqu’à l’idolâtrie, et que vous auriez dû, pour votre honneur, rejeter avec indignation. » [1]

La plupart des gens d’ordre ont cru et défendent encore de bonne foi l’idée devenue une semi-vérité, que seule une conspiration de philosophes et de sociétés secrètes dites aussi « sociétés de pensée » a pu renverser un si imposant édifice, or la philosophie est en effet avec la religion ce qui accorde une spiritualité à une personne et à une époque. Les opposer ruine ou étiole, énerve l’âme d’un peuple ! Or au 17ème siècle, à la mort d’Henri IV assassiné au moment où il projetait une coalition avec la reine Élisabeth Première d’Angleterre contre la Maison d’Autriche et les possessions de l’Empire d’Allemagne, en 1610 après le temps enchanteur de la naissance de l’opéra (dramma per musica) italien de Monteverdi, en 1607 au carnaval de Mantoue en Lombardie, la philosophie française est catholique et le calvinisme est une doctrine sévère, les protestants ont près de 5 000 élèves, mais les Jésuites 30 000, qui éduquent Descartes, comme il formeront Voltaire au siècle suivant et ce Des Cartes (latinisé en Cartesius), de haute noblesse bretonne militaire et de robe, – comme le « roi de Suède », l’érudite et philosophe Christine le reconnaît dans une postface à l’édition parisienne de ses œuvres que nous avons eues en main - convertira au catholicisme cette fille unique de l’illustrissime Gustave Adolphe chef luthérien des armées protestantes que Richelieu soudoyait, pendant la guerre de Trente Ans, pour abaisser la dynastie des Habsbourg ! Cette conversion secrètement faite à Bruxelles suivie d’une abjuration publique du luthérianisme au Tyrol, la mène à Rome où elle fit ouvrir le premier théâtre !

Le principal et bien supérieur en philosophie à Descartes même qui emprunta tout son système scientifique (Dioptrique, etc ) et sa mécanique, mais aussi sa géométrie analytique aux savants flamands, est un prêtre de l’ordre de l’Oratoire, Nicolas Malebranche ; on ne trouve que Voltaire ensuite pour pouvoir présenter pareil système harmonieux, unissant les sciences, la psychologie, la morale et la théologie ; cet ordre religieux était une adaptation française du Carmel de sainte Thérèse d’Avila, par le Cardinal de Bérulle.

La piété catholique de Descartes se manifesta par son pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, au village de Loreto, à la Santa Casa - la sainte maison, à traduire le « latin » - que la tradition, reflet probable d’un autre événement céleste, dit avoir été transportée dans les airs par les anges, depuis Éphèse où la Vierge, comme on sait traditionnellement, habitait.

En revanche, c’est sous le nom de cartésianisme que se fit un grand complot, affirmait l’orateur sacré Bossuet, contre l’Église ; mais il s’agit de la même déformation que ceux qui parlent de Voltaire ou de Frédéric II de Prusse comme athées, alors que leur échange réciproque de thèses sur la nature divine sont un monument du Théisme, de la thèse qui étudie les manifestations de l’intelligence du Créateur.

Tout se passe comme dans cette parabole évangélique où le sol qui reçoit le grain et non le semeur est responsable de la stérilité ! Il en va ainsi dans l’Ancien Régime de l’activité des Jésuites, ordre diffuseur de l’humanisme gréco-romain, et dont deux membres les Pères La Chaise et Tellier, avec l’opposition de leur ordre, flattèrent le Roi par une morale très large, que leurs adversaires catholiques – dont Pascal dans ses Provinciales - leur faisait grief : mais ce qui en France et dans les pays de princes catholiques à l’école du pouvoir monarchique français, conduira à la demande d’arrêt de l’exercice de l’ordre (jamais de sa suppression comme ordre religieux par le Pape qui donna l’autorisation de suspendre leur activité et ne prononça jamais leur abolition religieuse, du fait même que la Rome catholique tient par lui !), revêtait un autre aspect dans des pays protestants. Ainsi la très ancienne université de Königsberg en 1594, malgré des critiques, recruta des Jésuites pour assurer des enseignements de qualité ; et, à la dispersion de l’ordre en Europe catholique, le Grand Roi « en » Prusse, comme il s’intitulait pour respecter l’autorité impériale résidant à Vienne, les accueillit – selon son expression - comme des renards qui le garderaient des loups ! Ce fut la même politique suivie par la Grande Catherine II – que les Allemands nomment Catherine l’Allemande, qui leur ouvrit la Russie et particulièrement Odessa !

Il y eut ceux que La Bruyère nomme dans ses Caractères, en s’en moquant, des « esprits-forts », mais il remarque que le siècle met par exemple, l’œuvre de saint Augustin au même degré d’estime que Platon, signe de l’attention du public aux questions spirituelles du salut ; et c’est à partir de la réflexion sur la liberté de l’homme soumise à la grâce dispensée par Dieu que l’on a cherché cette querelle dite Janséniste : quelle que soit le caractère « obstiné » (pour user du mot que Voltaire appliquait à son frère janséniste) de la secte, il faut dire que ses adversaires lui ressemblaient, car ce fut un véritable tour de force d’un syndic de la Sorbonne R. Cornet qui rédigea, à partir de l’œuvre posthume de l’évêque d’Ypres qui n’avait point eu le temps d’achever son ouvrage intitulé Augustinus, cinq propositions dont la dernière manifestement polémique et outrancière, la cinquième donc, niait toute liberté humaine, opinion prêtée aussi aux protestants, et qui est confuse, car aucun christianisme ne nie la liberté, mais la question est de savoir si l’homme peut par ses propres forces de volonté œuvrer à son salut, où s’il peut contraindre Dieu par ses œuvres, à quoi la décision appartient à Dieu seul dont il est dit que ceux qu’il appelle seront nombreux, mais élus fort peu !

Tout le « paulinisme » tourne autour de cette grâce, et Jansenius opposait à certaines thèses des Jésuites la doctrine de certains thomistes. En fait le débat était au 17ème siècle d’abord théologique, pratique, entendez, touchant la pratique de dévotion, et chez Jansenius aussi patriotique, car il défendait les Flandres sous la bannière du roi d’Espagne contre les envahissements français, « les implantations » diraient les sionistes ! Ce conflit est devenu une querelle d’avocats, mais avec des attitudes peu chrétiennes, autoritaire et aveugle, comme celle qui a consisté à condamner le fameux Arnauld, en réunissant une assemblée de dizaines de jeunes docteurs en Sorbonne qui ne l’avaient point lu ! Ce qui entraîna son exil à Bruxelles !

L’incrédulité s’est introduite, avec l’opposition de la philosophie à la religion, à cause de la soumission de la religion à un pouvoir qui avait deux traits dangereux, pour le maintien de l’ordre matériel et spirituel : l’affaiblissement de l’aristocratie détachée de son rôle d’autorité et d’exemple local, car toute la monarchie s’était édifiée contre elle, alors que dans les autres États européens, le pouvoir est disséminé, régularisé, adapté par des personnages qui sont des « princes », faisant fleurir des provinces, alors que tout se concentre autour du pouvoir suprême en France. En second lieu, l’aveuglement de l’administration dissimulé derrière une autorité royale isolée du reste de la nation non pas renforçait mais multipliait des tyrannies d’irresponsables, qui savaient ne devoir rendre des comptes qu’aux bureaux de la cour et non au pays qu’ils avaient essentiellement pour mission de plier à des impositions croissantes !

Les guerres très nombreuses qui ont coalisé contre nous toute la République chrétienne d’Europe – comme on la nommait - ont eu pour moteur ces deux éléments d’abaissement de la dignité nobiliaire et de celle aussi du roi devenu l’otage de courtisans administrateurs ; et le résultat en sera que le peuple ne trouvant aucun véritable intermédiaire solide et respectable entre lui et la royauté n’a pas réagi quand ces mêmes enfants d’avocats ont voulu déchirer le royaume en leur faveur, sous le drapeau du Duc d’Orléans, Philippe Égalité.

La lettre de Fénelon qui se réclame de la « liberté chrétienne » redit ces ferments de décomposition de la monarchie, qui sont internes et naturellement qu’exploiteront les sectes jusqu’à nos jours ! Mais la maladie est dans l’affaiblissement du corps ; ne commettons pas en Histoire l’erreur de Pasteur de tout attribuer aux microbes ! Ceux-ci sont seconds !

La lettre dévoile le Pharisaïsme du Roi : « Vous n’aimez point Dieu ; vous ne le craignez même que d’une crainte d’esclave ; c’est l’enfer, et non pas Dieu, que vous craignez. Votre religion ne consiste qu’en superstitions, en petites pratiques superficielles. Vous êtes comme les Juifs dont Dieu dit : Pendant qu’ils m’honorent des lèvres, leur cœur est loin de moi. Vous êtes scrupuleux sur des bagatelles, et endurci sur des maux terribles. Vous n’aimez que votre gloire et votre commodité. Vous rapportez tout à vous, comme si vous étiez le Dieu de la terre, et que tout le reste n’eût été créé que pour vous être sacrifié. C’est, au contraire, vous que Dieu n’a mis au monde que pour votre peuple. Mais hélas ! vous ne comprenez point ces vérités : comment les goûteriez-vous ? Vous ne connaissez point Dieu, vous ne l’aimez point, vous ne le priez point du cœur, et vous ne faites rien pour le connaître. »

Cette critique du Roi et de son prédécesseur, est exemplaire et en citant l’ouvrage polémique de Leibniz, contre le Mars Très-Chrétien [2], dévoilant l’inintérêt porté à la sauvegarde de la foi catholique dont ils se réclament, mais seulement au Pouvoir : « On me dira que le Roi a donné de l’assistance au comte de Tekeli et aux autres rebelles d’Hongrie, bien que protestants, quoiqu’il vît bien que la Chrétienté en pâtirait et que les Turcs en tireraient du profit. On ajoutera que Louis XIII n’en a pas moins fait pour les hérétiques d’Allemagne, qui ne se sont maintenus que par son assistance. Mais je réponds qu’un petit dommage passager, que l’Église chrétienne et catholique en souffre ne doit pas être mis en ligne de compte ,quand il en résulte un bien incomparablement plus grand et plus durable. » [3]

Un autre point à noter est celui de l’esprit d’ordre de cet Ancien Régime relativement au nôtre, et qui n’est pas à notre avantage, comme l’explique un membre de l’Académie française, fils d’un orientaliste, Sylvestre de Sacy, dans sa préface de 1859 aux Sermons choisis d’orateurs sacrés : « On aimait l’argent et les plaisirs dans ce temps-là, comme aujourd’hui, je n’en doute pas ; mais on ne croyait pas que le premier devoir d’un homme fût de s’enrichir et de s’amuser. Mme de La Vallière et Mme de Montespan s’affichaient avec scandale, mais en sacrifiant l’honneur à la passion, elles ne se croyaient pas des héroïnes et presque des saintes. La licence s’appelait la licence, et le mal s’appelait le mal. Ainsi l’ordre se conservait au milieu du désordre, et la même justesse que nos pères avaient dans le goût pour apprécier les œuvres de l’esprit, ils la retrouvaient dans leur cœur pour juger le monde et se juger eux-mêmes. »

Le vice du système perfectionné par Louis XIV et qui a brisé cet Ancien Régime par une perte de spiritualité, ou dissociation du lien entre philosophie que Kant définira le « rempart » de la religion et foi en Dieu par maintien de l’esprit chrétien dont on dogmatise la forme sans en voir le contenu suffisamment comme une ouverture de la connaissance par le cœur, a été, par référence explicite à ce règne, exposé par Richard Wagner. Dans un pamphlet de 1848, il distingue entre la monarchie constitutionnelle qui repose sur une flatterie et du peuple et du pouvoir, et la royauté comme une personnalité libre reconnue indépendante par une république ou le peuple organisé ; cette idée se retrouvera dans son rapport avec Louis II de Bavière, tout à l’opposé de celui que le peuple français entretint avec le maître d’une Cour flatté par ses domestiques qui brisèrent ainsi le rapport mystique de la couronne avec ses sujets ! La royauté serait-elle une sympathie de l’homme avec Dieu ? En ce cas, elle serait un art, comme Platon la définissait un « art royal » impliquant une élévation humaine, ce à quoi échoua ce Régime avant et après le régicide qui ne fit tomber que l’ombre d’une monarchie absorbée par ses inférieurs et déjà spirituellement décapitée au sein d’une Europe excédée par elle.

Point de monarchie sans noblesse, est un propos de Montesquieu, qui laisse indéterminé, d’après l’Italien devenu le meilleur avocat de la langue française et premier contempteur de la Révolution des avocats, Antoine Rivaroli francisé en Rivarol, le sens de cette noblesse, et le citons en conclusion, en saluant l’aimable public provençal : « Quand Montesquieu a dit point de monarchie sans noblesse, il est tombé dans un inconvénient remarquable, en laissant du vague et de l’arbitraire dans l’expression. Il a semé le germe d’une dispute. Entendait-il une noblesse qui a des pouvoirs ? Ou une noblesse qui n’a que des honneurs ? ». [4] La Reine des Mystères

Il est remarquable que le mystère de l’Immaculée Conception qui est l’objet de développements autour de connaissances supérieures, telle celle donnée dans les Sermons sur les Mystères de la Vierge prêchés par un prédicateur du Roi et qui dédit son ouvrage à la « Reine des Mystères » : « Développons un peu ces voiles, et disons que Marie est Vierge plus pure que le Soleil, non seulement avant qu’elle eût conçu Jésus, mais après l’avoir mis au jour : c’est un rayon de Soleil qui passe au travers de ce cristal sans le rompre…  ». Il reparaît, entre autres, dans cet entretien spirituel donné en 1587 aux étudiants de l’université catholique de Douai – créée par Philippe II d’Espagne pour répondre au protestantisme, et supprimée en 1795 par la Révolution – par le Père François Coster, de la province de la Compagnie de Jésus de Belgique, car tout le Nord, Valenciennes, Lille, Saint-Omer qui avait un noviciat de Jésuites, Arras, Maubeuge sont belges et dépendent donc de l’Empire d’Allemagne ou Saint Empire Romain de nation germanique ! L’on y trouve ce mystère marial qui est initiatique avec des métaphores touchant à la connaissance de l’espace et du temps qui faisait le ressort du catholicisme, sur « le Christ s’étant choisi une mère de toute éternité et l’ayant formée de ses mains dans le temps … exempte de la tache d’origine, seule entre les mortels car il ne convenait pas que la Mère du Dieu très pur, destinée à broyer la tête du serpent infernal eut jamais été son esclave ».

De pareils enseignements étaient repris par les ordres religieux des Capucins, des Récollets, des Dominicains, des Trinitaires et entraient dans des ouvrages lus dans les camps militaires. Dans cette ville de Douai, lors de l’anniversaire de la fondation de l’Université, la Province belge, suivant l’exemple de Don Juan d’Autriche qui voulait que l’on dise des messes en l’honneur de Marie Immaculée, donna un tel éclat à la cérémonie que les contemporains notèrent l’influence possible sur la décision du pape Alexandre VII Farnèse non seulement de retenir le culte marial de l’Immaculée Conception dans l’Église, mais d’en poursuivre les détracteurs ! Il en ressort que, pour la spiritualité de cette époque, ascension et décadence suivent le sort de ces fameux Jésuites, dont le plus savant – et apprécié de Leibniz - fut le Père Kircher  ; son exposition donnée d’un voyage extatique au centre d’une terre creuse en fait le savant le plus actuel au sein d’une époque marquée par ce trait dont madame de Staël fait la marque de notre Ancien Régime français « les bonnes manières » !

Notes

[1] http://www.recherche-fenelon.com/pa...

[2] Mars Christianissimus, ou Apologie des armes du Roi très chrétien contre les Chrétiens 1684

[3] http://books.google.fr/books?id=-ks...

[4] Pensées inédites de Rivarol, 1800 ,Paris, imprimerie Boudon, 1836 154pp. p.128

 
 
 
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