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Relations entre Bouddhistes et Musulmans en Asie orientale et en Birmanie 

mercredi 1er août 2012, par Pierre Dortiguier

Enfin une mobilisation musulmane et une dénonciation des crimes couverts par les autorités, surtout des milieux soi-disant démocratiques de l’ancienne opposition à la « dictature » se fait jour en Asie : l’Indonésie, le principal pays musulman après le Pakistan, la Malaisie, les Philippines où une minorité montagnarde - celle des Moros - y est toujours opprimée ou surveillée, et le reste du Continent - qui est le berceau de l’Islam - se dressent contre un massacre organisé, prévu et conduit de façon à mettre le monde devant l’éventualité d’un transfert de population à plus grande échelle !

L’exemple des échanges de population entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie est, à cet égard, un précédent malheureusement vite oublié ! Nous parlons de l’entre-deux guerres et non pas du traité de Londres du 30 mai 1913, après le seconde guerre balkanique, qui obligea l’Empire ottoman à accueillir plus de quatre cent mille réfugiés musulmans chassés d’Europe balkanique ! Pierre Loti a magistralement décrit ce drame tu par les médias parisiens d’alors au service de l’Entente Cordiale Franco-britannique dans son livre « Turquie agonisante » : les Musulmans turcs y sont montrés mutilés et brûlés, tout comme l’on a pu le voir sur quelques rares documents ayant passé le censure de fait, et comme la Mère arabe syrienne Myriam Agnès, du monastère Saint Philippe, près de Damas, a décrit les horreurs perpétrées par les mercenaires !

Ce même transfert de population est aussi évoqué, dans l’actuel espace de conflit en Asie mineure, pour justifier les terroristes de la soi-disant ASL, qui est un groupe de pirates armés par leurs Majestés Britannique et Saoudienne et leurs émirs agrégés. Nous aurions ainsi la perspective d’une suite de nettoyages ethniques, de séparations de confessions et d’ethnies, et ce modèle, s’il nous est permis d’exposer notre sentiment appuyé sur des indiscrétions voulues et lâchées ci et là dans la presse, serait applicable à la question palestinienne : c’est ainsi que nous voyons, sous prétexte d’impossibilité facticement provoquée de cohabitation avec des non-musulmans, ces extrémistes et fonctionnaires de l’Ordre mondial qui se battent pour détruire la Syrie, suggérer que les Musulmans aient leur Etat excluant que l’essentiel n’est pas le retour des réfugiés palestiniens chrétiens orthodoxes, latins ou musulmans chez eux, mais un apartheid d’un nouveau type. Ceci n’est pas clamé, il est vrai sur les toits, mais est l’odeur même des discours radicaux ensorceleurs tenus dans les établissements contrôlés par le Wahhabisme ! Quelle victoire ce serait pour l’entité sioniste que d’être délestée de ce poids de la question des réfugiés, dont l’affirmation juridique du droit au retour causa l’assassinat de l’envoyé extraordinaire des Nations Unis le Comte Bernadotte dans Al Qods le 17 septembre 1948 ! Et précisons-le dans un quartier chrétien de la ville sainte vidé de ses habitants par les modèles sionistes de nos mercenaires du feu chef des services saoudiens Bandar, Leo Panetta local, venant d’être rappelé à Dieu notre juge commun !

Si l’on ne réfléchit pas au recoupement des situations, et si l’on ne voit pas que ces pauvres gens et enfants, femmes et filles de Birmanie violées systématiquement par des gens formés à ce crime, entraînés par toutes les méthodes psychologiques usées par les Etats modernes, sont des victimes d’une politique générale, et qu’ils préfigurent une politique plus vaste, alors leur souffrance est inutile ! Et notre indignation vaine !

Mais débarrassons-nous d’abord d’un préjugé : celui de la xénophobie qui serait le cause de ce massacre présenté comme une impossibilité de coexistence. Tout d’abord, cela a été bien dit, une rixe peut dégénérer en affrontements comme il se voit chez nous entre Français hypocritement dits « gens du voyage », les Tsiganes d’antan que célébrait le compositeur si religieux, le beau-père de Richard Wagner, Franz Liszt en Hongrie, et les Français musulmans se querellant mortellement au centre de Perpignan, par exemple, près de l’Espagne, mais non pas se métamorphoser en volonté d’extirper une ethnie enracinée depuis des siècles. Comment expliquer qu’un prétendu viol dans un autobus amène des milices bouddhistes à violer encore plus, à incendier des maisons, à brûler des corps atrocement comme le montrent les rares images diffusées ? On méconnaît ainsi que la religion se confond majoritairement avec l’ethnie en Birmanie comme en maints endroits, qui sont des débris d’Empire, savoir d’entités plus larges autrefois réunies à une communauté plus large.

Le terme de Birman, par exemple, est celui d’une race déterminée, dit-on, soit, mais le concept embrasse d’autres races par ailleurs très semblables, aux racines linguistiques proches et dont souvent les anthropologues exagèrent les différences par souci de classification – un peu comme en Europe de l’Est ou les Balkans entre Germains et Slaves - différence visiblement nulle, par exemple en Croatie attachée depuis des siècles à la Hongrie, et en Bosnie-Herzégovine et combien dans l’espace de la Fédération de Russie ou en Ukraine, ce dernier terme signifiant du reste « la frontière », comme la Kraïna en Croatie, où le germaniste aperçoit le mot de « Grenze », la limite ! Souvent les distinctions de race ou d’ethnies sont bien floues ! Il est vrai qu’il y a des minorités musulmanes arabes, indiennes, à côtés de Parsis etc en Birmanie ! La vie politique rassemble, ce que les destructeurs des Etats veulent dissocier. Mais l’Islam n’est-il pas hostile au Bouddhisme, ou inversement, direz-vous ? La question est théologique, et il est cependant sûr que relativement au Christianisme comme à l’Islamisme entendu au sens réel, classique non polémique, la Commisération ou la Miséricorde est un attribut qui fait reconnaître l’authenticité d’une source céleste et divine partiellement commune, déformable, soit, mais réelle !

Le premier verset de la sainte sourate 95 At-Tin, le figuier (ficus religiosa) n’est-il pas librement interprétable comme une allusion à l’arbre symbole, par excellence, du Bouddhisme et de nombreux hindouistes : un de ses quatre lieux saints, avec ses racines de 30 mètres de haut, et au Christianisme avec l’olivier, le mont Sinaï ensuite, du second verset, et la Cité sûre, comme le siège de Moïse et enfin la Mecque ? Nous sommes là sur le plan de la spiritualité qui traverse le monde, plus qu’il ne le dépasse, comme on le dit mal !

Mais la question est également politique ou historique : comment se sont comportés en Asie les Musulmans relativement aux autres peuples ? C’est ainsi que la tableau général fait ressortir une tolérance sous une même autorité politique, comme en Chine sans rapport colonial, et aussi comme en Occident, un peu comme les Tatares minoritaires de Pologne musulmane ou les autres Slaves islamisés, et aussi chez les Albanais, par exemple, où des villages catholiques du Nord (le dit en langue serbe « Kossovo » actuel) – qui vivaient sur la caisse impériale autrichienne, étaient restés chrétiens et cohabitaient avec leurs concitoyens convertis à l’Islam et devenus des représentants de l’Empire ottoman, comme Mehmet Ali en Egypte etc, ou comme il s’en voit nombreux à Alep, au quartier albanais ; mais ce qui a été un obstacle à la présence coloniale en Asie aura été justement la résistance musulmane et son alliance politique et militaire anti-impérialiste anglo-américaine, avec le bouddhisme et l’hindouisme ou les Sikhs indiens ; chose parfaitement occultée dans la vision médiatique occidentale du monde !

C’est ainsi que la popularité de l’Empereur du Japon, le célèbre Hiro-Hito (1901-1989), très grande chez les chrétiens chinois de Mandchourie, dans l’Etat du Mandchoukouo, l’était tout autant en Malaisie et dans les contacts entre Musulmans et Japonais, dont témoignait le grand nombre de Musulmans dans les troupes indiennes (ce que l’Angleterre a voulu briser et brisera par la séparation de l’Inde et du Pakistan !), et des organisations armées féminines, les premières du genre, exception faite des Soviétiques, dans « Free India », dont le drapeau arborait la couleur verte, à côté de couleurs hindouistes, alliées au Japonais en qui elles voyaient, pendant leur campagne de Birmanie et de Malaisie, un moyen de se débarrasser de la tutelle britannique !

C’est ainsi que le 10 juillet 1942, pour donner un détail rare à trouver, « dans un ultime geste de grandeur ottoma » écrit en 1988, l’historien britannique Philip Mansel dans son beau libre « Sultans in Splendour », « Splendeurs ottomanes, les dynasties musulmanes 1869-1952 » le dernier calife Abdulmedjid écrivit à l’Empereur du Japon pour le féliciter de ses victoires et applaudir au « rétablissement des droits souverains de mes disciples, les sultans de Johore et de Malacca » [1]. La légende naquit alors que l’Empereur était secrètement musulman ! « Voix du peuple, voix de Dieu » ! Ceci est de l’histoire, bien oubliée, mais le passé revient, comme une roue de charrue qui laboure un champ ! Et devant les USA il n’y a plus seulement le Japon, mais sa mère, la Chine qui, comme l’Isis de la fable égyptienne, rassemble son fils, l’Asie aux membres mutilés et dispersés !

Méfions-nous, un dernier mot, des contrefaçons ! La mention dans l’article de Hiro-Hito renvoie à un attentat contre lui, avant guerre, en Mandchourie et qui était organisé par des bouddhistes résidant à… Moscou, et dont les ancêtres n’auraient jamais cru leurs descendants capables de se faire passer pour tels ! « Ils prêtent avidement l’oreille aux mensonges, ils dévorent avec avidité ce qui est illicite… » [2] Je profite de l’occasion de l’article pour rectifier l’orthographe d’une ethnie, les Hui, massacrée au Tibet, et dont il faut rappeler ce qu’en dit le journaliste sur CNN, le 20 mars 2008 James Miles : « Ce que j’ai vu était une violence organisée ciblée contre un groupe ethnique, ou devrais-je dire deux groupes ethniques, essentiellement l’ethnie Han chinoise vivant à Lhassa, mais aussi les membres de la minorité musulmane Hui à Lhassa. » « Presque tous les autres commerces ont été brûlés, pillés, détruits, réduits en pièces, les biens ont été traînés dans les rues, entassés, brûlés. C’était un déversement de violence ethnique de la nature la plus déplaisante qui soit, qui surprit certains témoins tibétains. »  [3]

L’histoire continue sous nos yeux !

Emeute ethnique en 2008 à Lhassa

Notes

[1] note 21, p.197, édition française chez Balland,1992

[2] Sourate V, Al Ma’idah, la Table servie, verset 42, ou 46 dans la traduction inégalée du prince Kazimirski

[3] http://contreinfo.info/article.php3...

 
 
 
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