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Réflexions autour de la lettre du Guide Suprême

lundi 23 février 2015, par Pierre Dortiguier

La publication de la lettre du Guide Suprême aux jeunes d’Europe et d’Amérique du Nord [1] ouvre une nouvelle ère dans le domaine de l’occidentologie et de la théologie. A votre avis quelle est l’image de Dieu en Occident. Est-ce que Dieu existe en Occident où la religion recule ?

L’importance ou signification de cette lettre du Guide à la jeunesse d’Occident vient de la nécessité qu’on y trouve clairement exprimée de réfléchir librement, tant collectivement que d’abord intérieurement, en toute liberté, aux relations entre l’islam (ce que les classiques français comme Voltaire dans l’Essai sur les Mœurs et l’Esprit des Nations que nous aimons à citer, qualifient d’islamisme, laudativement, et dont la propagande actuelle dénigre et salit le nom, en le liant à des représentations d’actes ignobles, et les formes de vie européennes. Il y a là en effet une nouvelle ère d’ouverte, dans l’espace interculturel, déjà au sein même de l’Europe, et entre ce continent et ses files américaines d’un côté et les vastes territoires d’Asie et d’Afrique, et dans le temps, car les deux civilisations, chrétienne et musulmane, seront appelées à se connaître davantage pour écarter les deux monstres de l’impiété et de la violence barbare que nous voyons systématisés, tantôt dans les actions sacrilèges des terroristes wahhabites ou affiliés en Syrie, Libye,Tunisie, Irak etc, tantôt dans les démonstrations antireligieuses protégées en Occident par une force occulte, maçonnique, celle qui permet à des Femen ou ukrainiennes, par exemple, de caricaturer impudemment dans telle ou telle église la nativité de Issa (béni soit-il) ou plus brutalement de blasphémer comme un signe de liberté, de faire une école de sans Dieu, tout comme au début du XXème siècle en France. Il faut bien préciser que l’Occident est devenu ainsi ce qu’il n’était pas, et que la première manifestation d’impiété collective et de refus de Dieu comme tel, a été la non mention ou référence, pour la première fois à Dieu, dans le Traité de Paix de Versailles de 1919 ; document diplomatique qui fut signé en présence des délégués sionistes, et qui est tenu par tous les historiens comme une victoire de la maçonnerie mondiale ou internationale.

Il y a donc un effacement de l’image de Dieu dans la société, l’esprit public et en conséquence dans l’éducation de la jeunesse. L’Occident a des points forts en philosophie, en métaphysique, en connaissance du monde islamique, comme à Strasbourg chez nous, du reste, au moment de l’occupation allemande d’une ville autrefois allemande, et je donne cet exemple alsacien, car lorsque les gens sont redevenus français, ils ont donné comme condition de ne pas être soumis aux dispositions anticléricales et irréligieuses, de ne pas séparer l’Eglise et l’Etat ou les Eglises protestante, catholique, orthodoxe, et l’Etat, comme c’est le cas en Allemagne encore aujourd’hui !

Mais cette civilisation européenne a été minée de l’intérieur ; ainsi, jeune préparationnaire à Paris, j’avais la possibilité d’avoir un prêtre catholique ou un pasteur dans mon lycée Henri IV, mais ceci est jugé antirépublicain aujourd’hui, et toute allusion religieuse est tenue pour une faiblesse psychique. Seul le judaïsme est admis et craint, car le lobby sioniste l’a annexé, et le drapeau de cette entité flotte dans les synagogues, presque sans exception. Une propagande pan-sexualiste, une mixité très jeune, qui n’existait pas dans mes études, troublent l’esprit de la jeunesse, qui ne se voit offrir que la solution des sectes ou un anarchisme qui s’entretient de toutes les injures contre Dieu.

Chez nous le succès des slogans de Nietzsche prétendant sur un ton paradoxal et provoquant que "Dieu est mort, c’est vous et moi qui l’avons tué", a été exploité par les organes de la lutte irréligieuse (car ce n’est pas par exemple l’islam qui est visé seul derrière l’agitation d’aujourd’hui, mais le principe de la religion, de fonder une idée de Dieu sur la morale, la conscience et la discipline, comme Voltaire et les philosophes français le voulaient, car il s’agit maintenant de dire que, et la conscience morale, et la pudeur, et le respect des parents, que sais-je, sont des obstacles à la liberté de l’homme, à son progrès, que Dieu même est une idole qu’il faut abattre. Mais Nietzsche, si même il perdait la raison, ne voulait pas l’impiété, il pensait seulement que l’idée de Dieu avait été vidée de son sens. 

La religion se cache en Occident actuel qui est un Occident rendu malade par l’américanisation débutée sérieusement en Europe en 1917, et qui donne de la vie une idée très superficielle. Demandez dans la rue à des chrétiens de vous réciter une prière,1 sur 10 le saura vers les 39-40 ans, 1 sur 20 dans l’adolescence et l’enfance. Et ce cancer s’étend à l’immigration musulmane. Quant aux Juifs ils ont une idée très personnelle d’un Dieu qui les protège contre le genre humain, et cette idée révoltait chez nous Jean-Jacques Rousseau et Voltaire qui commencent à être accusés d’antisémitisme. 

Il est vrai que la religion recule, des gens comme Houellebecq et combien d’autres auteurs ne sont publiés, avec un talent fort médiocre et une vie scandaleuse, que parce qu’ils attaquent l’idée de Dieu. Ceci s’est fait en trois mouvements, par le marxisme, quand on a dit que la religion était l’opium du peuple, par la psychanalyse, quand tout idéal ou sentiment a été déconsidéré comme une perversion sexuelle ou assimilé à une névrose, et la religion liée au meurtre des pères ou des législateurs, et enfin par le structuralisme quand on a dit que la pensée était une force anonyme et que la responsabilité ou la faute étaient des manières de parler, et le langage une façon de jouer ou de présenter ses intérêts.

Ce sont les étapes de ce matérialisme dont l’Occident touche le fond. Et comme, mise à part notre voisine allemande qui travaille et reste spirituelle, avec un enseignement religieux à l’école, et par exemple 7500 associations musulmanes dont 200 chiites, une université, celle de Münster avec 650 étudiants qui suivent des professeurs chiites, ceci dit à titre d’exemple, et des fruits économiques de cette discipline morale conservée malgré les tempêtes du monde moderne, il faut expliquer à la jeunesse l’échec de la société, on trouve l’islam comme bouc émissaire. C’est une façon de rééditer la propagande antireligieuse ou dite de l’anticléricalisme, amorcée en France en 1877. Et aussi de préparer une lutte civile, en excitant les passions les plus aveugles, violentes et basses pour, non pas assurer le triomphe de l’Occident sans Dieu, mais écraser toute la civilisation heureuse de l’Occident dans l’embrasement général du monde, que serait un troisième conflit mondial. Son Excellence l’Ayatollah Khamenei cherche à éveiller le sens de la responsabilité, et s’adresse à l’innocence de la jeunesse portée à l’idéalisme, tandis que ceux qui la précèdent sont davantage pris dans les contraintes matérielles, pour lui dire que l’issue de ce vrai drame d’un monde éloigné ou rapproché de la Volonté divine, soit de l’Ordre général, reste entre ses mains. L’Occident, rendu inculte, est invité à réfléchir.

La question de Dieu est en effet centrale. Actuellement, la religion et le sentiment de la présence divine reculent. Vous pouvez rencontrer, comme cela m’advient souvent, des étudiants et licenciés en philosophie, qui n’ont aucune idée des preuves de l’existence de Dieu, alors que ce thème, dans ma ville de Toulouse, était en 1945, donné comme sujet de dissertation au baccalauréat. On devrait distribuer des médailles du sabotage. Dieu ne veuille, par la protection de ses martyrs, que notre cher Iran suive cette voie !

Si Dieu n’existe pas en Occident, est-ce qu’on peut s’attendre à l’apparition de la vérité dans la jeune génération ?

Dieu existe toujours dans le cœur de l’homme, cette niche dont parle le saint Coran, mais il est déformé, et seule la souffrance de la soudaine et proche crise financière mondiale, les essais des Américains de transformer en conflits permanents puis en explosion mondiale, les injustices qu’ils favorisent, pourra instruire la jeunesse. Si l’Esprit n’est pas présent à l’intérieur des jeunes générations, il frappera à l’extérieur d’elle et ce bouleversement fera le reste ; je me souviens de mon professeur parisien de philosophie (Que Dieu ait son âme) Louis Guillermit qui citait un jour l’illustre éducateur de l’Allemagne philosophique Emmanuel Kant, que si une barbarie recouvre le monde, une catastrophe, les premières questions que les gens se posent sont spéculatives, théologiques, religieuses, et non pas matérielles. Aujourd’hui la jeune génération est poussée, avec des illusions, vers des appétits de richesse illimitée, avec une monnaie du dollar qui est prête à faire sauter la machine financière, et cette génération, dis-je, est à la veille de connaître l’épreuve du paupérisme, d’une diminution de possibilités de travail, d’apprentissage, de connaissance. Il faut donc que son cœur s’ouvre et abandonne l’égoïsme individuel ou collectif.

Je suis sûr que c’est dans cette perspective que l’Ayatollah Khamenei, que je suis dans ses autres interventions, et que je m’efforce de lire aussi derrière les lignes, car nous sommes de la même génération, à quelques années près, a lancé cet appel. L’appel s’adresse à l’initiative, à la liberté, à la "spontanéité de la raison" (comme l’écrivait l’illustre Kant en Allemagne) et il touche à l’âme ! Il y a de la grandeur et du réalisme dans cette initiative, dont le style, l’immédiateté, à savoir, l’encouragement à se faire une idée par soi-même et non pas par des journaux papiers ou télévisés infâmes, aux ordres des politiciens manquant "d’honnêteté et de franchise", comme il est marqué dans la lettre, sont exactement ce que l’on entendait autrefois en Europe par les Lumières déformées ensuite par les sectes maçonniques.

Là nous retrouvons cette maxime du "ose savoir ou apprendre" que notre cher philosophe Kant déjà cité donnait comme consigne. Et là, dans un autre style, mais avec le même fond, nous retrouvons aussi et la personnalité de l’Imam Khomeini et le sens de la charge de guide, de directeur de conscience, comme il se pratiquait. L’islam va-t-il réveiller la vraie doctrine chrétienne ? Il le peut faire en premier par l’exemple qu’il donne du recours à la liberté d’examen. Juger par soi-même, c’est ouvrir la fenêtre pour faire entrer la lumière de Dieu, ou laisser épanouir le cœur, et fermer la porte au vacarme anarchiste et aux saletés dont on offense la vue de la jeunesse, pour la soumettre, non pour l’exalter.

C’est cette soumission aux tyrannies du jour par les impiétés qui ont fait que ces journaux à fonds d’Etat, comme l’est Charlie Hebdo, a sali la foi religieuse chrétienne et musulmane, en donnant de Issa (béni soit-il), de la vénérable et pure Mère de Jésus surtout, des images odieuses. Qui est derrière ? Poser la question est déjà y répondre. Pour bien comprendre l’athéisme en Occident, il serait bon de comparer deux formules opposées, l’une de Voltaire qui a combattu l’athéisme et l’autre de Dostoïevski qui en a vu l’extension devant provoquer la révolution bolchevique. "Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer", ce qui montre que l’idée de Dieu est inscrite dans la Raison humaine, et "Si Dieu n’existe pas, tout est permis". Entre ces deux formules, il y a l’abîme de la Révolution que l’Occident par la colonisation, les deux guerres mondiales, etc, a imposé au monde, et la "spiritualité politique" dont parlait sur l’Iran Michel Foucault qui avait ses vices, mais un esprit solide, est une manière de combler cet Enfer dans lequel plonge l’humanité par une illusion sur sa puissance sans Dieu.

Comment la jeune génération connaît-telle l’islam en Occident ? Quelle est la méthode pour parvenir à cette connaissance ?

Par l’audio-visuel officiel, un peu par la lecture, mais la jeunesse a désappris à lire dans les classes où les entretiens, les discussions à vide remplacent la compréhension des textes, au point que je rencontre des immigrés ou, comme il faut dire, car on ne respecte les gens que pour certains détails, mais pas dans leur ensemble, issus de l’immigration, qui n’ont jamais ouvert le saint Coran. Les chrétiens, surtout catholiques, car les protestants lisent davantage, ignorent les textes fondateurs de leur religion, ne la connaissent que fragmentairement, et adhèrent plus par habitude ou des raisons sociales à leur rituel que par connaissance. Tel est ce déclin de l’Occident, titre de l’ouvrage de l’allemand Spengler après la Première guerre mondiale. L’islam était plus connu au Siècle des Lumières, par un Voltaire ou un Goethe, et combien d’autres au siècle suivant, Lamartine par exemple, que par un soi-disant auteur de livre qui utilise juste ce qui lui sert pour polémiquer, plaire à son éditeur et à un public déjà matraqué et formaté ! Je donne l’exemple de Voltaire qui est censuré en France, et dont on ne trouve plus le grand éloge qu’il fit du Prophète dans l’Essai sur les Mœurs, car l’ouvrage entier est tenu hors d’accès, reste et restera longtemps, sous notre tyrannie maçonnico-sioniste, car nous avons une censure implicite, ignorée des étudiants et de nombreux professeurs de lycée.

En Occident, il y a trois catégories de gens, ceux qui regrettent la colonisation en France, par exemple, qui incriminent pour cela les musulmans qui les ont chassés, et inventent un islam faux, pour s’effrayer eux-mêmes et maintenir une rage, ceux qui refusent toute religion, et donc craignent une foi quelconque et ceux qui redoutent l’immigration de peuples extra-européens.

Pour tourner les gens contre l’islam, la tactique des milieux républicains maçonniques et leur allié sioniste, a été de favoriser l’immigration, de la parquer dans des quartiers de ville et de semer le trouble entre le peuple indigène et ceux qui venaient ; ces milieux politiciens et affairistes, cherchant de la main d’œuvre bon marché aussi, même peu qualifiée, étaient en apparence des agneaux antiracistes, et d’un coup les mêmes, profitant de l’incompréhension entre gens différends, surtout dans les couches très pauvres ou gagnées par la misère grandissante, le chômage, les violences de drogue, sont devenus des loups antimusulmans. 

Et toute la pesanteur de la propagande des journaux écrits ou télévisés, appuyés sur des crimes cités, ou des attentats politiques à faux drapeau, est de mettre dans la tête des gens que s’il y a des troubles, l’islam qu’ils ignorent en est la cause, et cela grandit l’influence indirectement du lobby sioniste qui présente le combat palestinien comme une menace musulmane contre l’Occident, de même que l’Iran.

Est-ce que la connaissance directe de l’islam n’aboutit pas aux commentaires personnels ?

Cela est vrai inévitablement de toute lecture de livres sacrés, mais pour rectifier une opinion, encore faut-il qu’il y en ait une ou plusieurs contradictoires ; et c’est sur des opinions divergentes et personnelles, spontanées que des écoles de jurisprudence ou théologiques se sont formées, toujours plus habiles à réfuter une autre qu’à se renforcer soi-même.

Mais aujourd’hui le crime commis contre la jeunesse (et je pense que l’Ayatollah Khamenei a pesé les risques de cette libre interprétation) est de lui ôter les instruments de connaissance, les livres en un mot ; on parle pour elle, et non pas à elle pour l’instruire ; on dit ce qui doit se dire ; on loge la jeunesse à l’hôtel de l’évidence, mais on a oublié de lui en donner la clef. Elle ne peut ouvrir la porte elle-même, et vit dans un monde d’images artificiel.

Nous avons dit que très peu de chrétiens connaissent un ou quatre Évangiles car même les écoles privées religieuses en droit, ne les donnent pas à étudier sérieusement. On parle de tout, mais sans étudier ce que tel Prophète a dit. Et nous parlons des écoles privées religieuses, car si un professeur se met dans l’enseignement laïque des lycées et à l’université à expliquer sans ironie, avec sympathie, sauf à un haut niveau, le contenu de telle religion, il est jugé contrevenir à la liberté qu’à l’homme d’ignorer, et comme la plupart des enseignants ne sont pas titulaires de leur poste, ils s’inclinent. La même chose vaut pour de nombreux musulmans qui le sont pour observer certains usages ou commandement pieux, mais ne sont pas instruits, croient par exemple que le chiisme refuse le Prophète et autres absurdités entendues régulièrement.

Il y a un grand obstacle à la jeune génération, si je me permets cette proposition, c’est que la société, l’entourage de familles divisées, et autres virus dangereux, favorisent les distractions, et empêchent de lire, ou effacent le goût de la lecture surtout à l’adolescence, du moins celle de livres ardus qui demandent une attention réfléchie et continuelle, un effort de mémoire (faculté moins cultivée par un trop grand attachement à l’instant), sans omettre la disparition de la prière, de là cette proie facile pour la propagande antimusulmane et irréligieuse. Lisez, pourrait être la forme abrégée extrême du message du Guide suprême ?Comment enseigner une orthodoxie, si la personne devant vous est inerte ?

Quel est le rôle de la philosophie islamique dans le monde moderne où les philosophies matérialistes approchent de leur agonie ?

Oui, c’est cette agonie qui rend le monde des intellectuels très agressif. Et au lieu de méditer sur leurs fausses valeurs, ils dirigent leurs coups non pas vers une doctrine, mais ceux qui s’en réclament. Mais la philosophie islamique comme telle, est tue, car on ne montre que le côté extérieur, les pratiques du saint mois de Ramadan, les pèlerinages, les costumes la sociologie de l’islam, ou à dire bref, la burka identifiée à la religion, que l’on résume en elle et par elle, mais point une philosophie.

La philosophie de l’islam est moins connue maintenant que dans les années de la naissance de la Révolution iranienne. Cela se voit par l’absence de commentateurs comme Henry Corbin et d’autres auteurs, en général chrétiens, qui traitaient d’Avicenne, telle Amélie-Marie Goichon que j’ai connue à la fin de sa vie ; elle était rigoureusement théologienne, mais aimait la philosophie islamique, prenait l’islam comme une hérésie du christianisme mais lui accordait une densité, comme les catholiques ou orthodoxes font du protestantisme.

Disons que la philosophie était le terrain d’accord et de dispute indéfinie, exactement comme la civilisation musulmane avait été accueillie en Europe. Ce qui cause l’absence de dialogue, mot devenu vide, c’est l’effondrement par le matérialisme d’abord marxiste, comme nous disions, puis psychanalytique, puis structuraliste réduisant toute pensée à des signes arbitraires, bref détruisant le socle de la vérité, de la pensée métaphysique, transcendantale ; quel homme aujourd’hui, en Europe, comme Goethe, pourrait faire l’éloge de la civilisation islamique, comme Nietzsche aussi a procédé dans son livre intitulé L’Antéchrist en opposant la civilisation andalouse à la barbarie des conquérants du nord ?

Nous avons eu en Espagne, un auteur, un prêtre comme Palacios qui a traité de l’influence des penseurs islamiques et du saint Coran dans la Divine Comédie de Dante. Les spécialistes le connaissent, mais plus le public. On pourrait aussi citer Massignon etc ; quant à la réponse que l’islam philosophique et sa littérature peuvent apporter à l’Occident, elle est dans la réhabilitation du concept de Dieu ; ce concept de la raison pratique, disait heureusement le philosophe Kant.

Le monde moderne voit la vérité comme une réussite, ou la beauté comme un art de séduire, et non pas comme une splendeur de l’éternité divine, terme mieux entendu que l’unité, que l’on a tendance à trop mathématiser. Nous avons en Occident, en Europe régressé relativement au 17ème siècle protestant allemand, quand Leibnitz présentait dans son livre français de 1710, vers la fin de sa vie, sur la justice divine, la liberté de l’homme et l’origine du mal ou Théodicée, la succession de Moïse, Jésus et Mahomet, comme une lignée continue, et le Prophète comme la suite et fin de l’enseignement d’Issa (béni soit-il) sur l’immortalité de l’âme que Moïse n’avait pu enseigner à ses Hébreux.

Il faut dire que l’ignorance des musulmans européens sur la philosophie classique et surtout sur l’imamat bien étudié par Henry Corbin, est entretenue par un encadrement ou une suite d’instructeurs médiocres. Et donc l’islam est ignoré et ses ressources cachées. Quant au chiisme en particulier, l’ignorance en est presque entière. Ceci n’empêche que si la Vérité est dans un puits, elle sortira, mais au prix de bouleversements qui rendront les jeunes esprits désillusionnés des promesses matérielles, attentifs.

Cette lettre ouvre l’ère de la direction morale dans le monde. A votre avis quelle est la place de cette direction dans le monde actuel ?

L’Ethique, comme on dit, est un courage d’être ce que l’on doit être, et si le monde perd son équilibre, c’est parce que rien ne se fait plus, pour reprendre les termes déjà cités de l’Ayatollah Khamenei, avec honnêteté et franchise. Cette dernière vertu est de se maintenir, avec constance donc, à voir les choses comme on les a réellement examinées, et non de varier avec ses intérêts, de se mentir. On parle ainsi dans ces milieux internationaux auxquels le Guide fait allusion, de World Order, alors que les décades s’écoulent avec une tempête toujours plus dévastatrice. C’est donc, pour reprendre un beau vers de Racine "Celui qui met un frein à la fureur des flots" Dieu même qui donne l’exemple de la conduite morale en ne dérogeant jamais aux principes qu’il a fixés, et à sa justice. Imprimer une direction morale, c’est respecter ou faire attention à la nature et à la finalité de la Création, et non expérimenter des comportements aussi absurdes que la théorie du gender, par exemple, ou réunir, j’ai honte à le dire comme Français, un maire avec son écharpe nationale tricolore et des élèves masculins de dix ans, et les faire jouer à un mariage : c’est un exemple de folie qui débouche sur la violence, que la loi divine tolère car elle rétablit ce que la mauvaise volonté humaine produit.

Une direction morale donnerait à chacun son droit, et n’inventerait pas une divinité spoliatrice qui arracherait son bien à une population pour la distribuer à des intrus. C’est pourtant ce comportement immoral que le Pape vient de reconnaître comme aimable en venant honorer la tombe du fondateur du sionisme.

Les mystiques qui s’abandonnent à Dieu et voient les choses simplement et puissamment, au contraire des disputeurs, disent que l’homme ou l’âme humaine a l’enfer et le paradis en elle, elle doit apprendre à choisir, et c’est ce choix qu’indique philosophiquement et religieusement, éducativement, didactiquement le Guide Suprême.

Est-ce qu’il existe une impasse philosophique en Occident ? Est-ce que les impasses philosophiques ouvrent la voie du développement de la moralité ?

Oui, cette impasse est ancienne, et peut remonter vers les années 1830, et a été bien analysée par des penseurs notoires, dont Martin Heidegger qui était théologien, et peut se formuler ainsi : vivre sans réflexion sur la nature de ce qui est, ou l’Etre, conduit à oublier que l’apparence des choses n’est pas leur réalité, que l’existence ne se suffit pas à elle-même, qu’elle est un écart de l’essence, et donc que Dieu est connu seulement par l’expérience de l’écart qu’il a avec nous. On peut l’éprouver par de nombreux moyens, et celui qui travaille l’expérimente par la résistance des choses, la peine et le miracle de la réussite ; or l’on a par une ruse de ceux qui trompent les hommes, fait en sorte que l’on attend des résultats avec le moins de résistance et de peine possible, en détestant le temps. Cela conduit aux crises, y compris à des conflits qui débouchent sur des divorces et autres fractures de l’harmonie.

Un exemple de notre décadence en matière de l’enseignement de la philosophie l’illustrera. Nous avons dit que la mémoire était une fille maltraitée par la Raison aujourd’hui, et l’on ne fait plus ainsi mémoriser les textes qui comptent le plus, en essayant d’imprimer dans l’esprit ce qui peut y éclore et porter ses fruits. De là vient que l’on demande aux "apprenants", comme on appelle désormais les élèves, ou étudiants, de réagir vite à une situation en recourant à des schémas tout faits, et non à méditer silencieusement, devant une phrase ou trois mots pour en tirer une longue dissertation qui mûrit l’esprit. Aussi le mot de philosophie est maintenant confondu en Occident avec celui d’idéologie. C’est une régression, mais qui explique que quand les gens voient des énergumènes comme ceux de la Libye "islamiste" ou des tueurs de Syrie, ils croient que ce sont des musulmans, ou des gens qui portent une croix des chrétiens, un homme cool, qui tolère le mal, un disciple d’Issa ou un drogué un bouddhiste, car ce sont des idées courtes.

Pour remonter la pente, il faut "un entretien continu et silencieux de l’âme avec elle-même" et tout philosophe chrétien, musulman ou autre aurait su autrefois qu’il s’agit d’une définition de la pensée par Platon, mais on ne forme plus de philosophes et c’est pourquoi il est prêté une parole à Issa (béni soit-il) que les péchés contre l’esprit ne sont pas pardonnés. Ce qui a fait la montée et la durée trentenaire de la philosophie idéaliste européenne en Allemagne a été la subordination de la philosophie au développement de la direction morale. Et que l’islam trouve maintenant une place vide à remplir en Occident est certainement le pressentiment du Guide.

Quelle est la voie de la moralité séculariste et est-ce que les faux mysticismes aboutissent à l’oubli de la religion dans une société ?

La moralité séculariste ou laïciste, est une restriction de la morale à la philosophie du bien-être, qui distribue en deux catégories les humains, ceux qui sont chanceux et les autres non. Aussi a t-elle développé une inclination à la magie noire ou blanche qui justifie une croyance rien que par ses résultats.

la fausse idée d’égalité des chances, par exemple, est une illusion de faire croire que si quelque chose n’est pas obtenu, c’est une affaire de hasard et non pas un défaut interne ou un manquement qui est serait la cause. La spiritualité est donc un supplément d’âme, dans ce cas, ajouté à la matière, Dieu devenant un complément de possibilité de l’homme. Ceci explique le succès phénoménal des sectes aux Etats-Unis et des chapelles d’apparence chrétienne, par exemple, comme les Témoins de Jéhovah, etc, promettant à leurs sectateurs des avantages d’une soumission à l’organisation en échange de biens, et même d’un Paradis qui ne serait que la perfection des biens matériels.

Cette caricature matérialiste de la religion fait de Dieu un superman, un magicien, d’où les caricatures de fêtes religieuses que sont les fêtes d’Halloween, etc. Ces sectes sont une occasion de domination de tout genre et de débordements honteux, d’escroqueries, et aussi de manifestations criminelles, en Occident, tels les meurtres rituels, particulièrement d’enfants, dont je puis dire avoir été informé par un gradé de la gendarmerie qui exerçait dans ma région de Toulouse, avant que ses propres supérieurs, sous pression de notables, n’interrompent ses enquêtes. Ces sectes sataniques sont redoutables et l’islam véritable doit les affronter, comme Ali (paix sur lui) faisait reculer ses ennemis avec l’épée à deux tranchants. Ces sectes, comme substitut de la vraie religion, se répandent d’autant plus et menacent particulièrement l’innocence des jeunes génération, que l’argent devenu moteur de puissance, exacerbe les désirs démesurés de l’homme dit moderne.

Quelles sont les racines du machiavélisme dans la philosophie moderne ?

Tout d’abord le Machiavélisme n’est pas à confondre entièrement avec la doctrine de Machiavel qui voulait apprendre à un prince italien à se défendre contre les maux et les vices ambiants sans être illusionné par des fausses vertus. Mais les maximes de Machiavel qui sont réalistes et calculatrices servent de justification au mépris non des méchants, mais de l’humanité, dans les calculs politiques, économiques, financiers, etc. En ne considérant que l’aspect matériel et rationnel de la physique, en traitant les "homme comme des choses", on en vient à systématiser un comportement autorisant que la fin justifie les moyens. Par exemple, je m’autorise aujourd’hui à mentir si je sais l’effet produit. Je puis entretenir une armée de brigands, comme il se voit en Orient, où la Syrie est livrée aux assassins, dont M. Fabius, parlant d’Al Nosra, a dit à Marrakech qu’ils "faisaient du bon boulot" (job), si le résultat n’est un peu plus de repos pour l’entité sioniste d’écraser les Palestiniens, un affaiblissement de la Russie et de l’Iran !

Cette doctrine suppose le mensonge, et la logique qu’elle adopte, car toute philosophie a une logique, est l’agrandissement des bénéfices à moindre frais. Comme la philosophie moderne connaît nécessairement le corps ou la matière et l’esprit dont la réunion est la vie, elle tient le corps pour une mécanique, ainsi que la société et le langage même, mais elle ignore un troisième élément qui est l’âme ou le cœur, et le début de ceci est difficile à cerner, mais le résultat est visible, la conséquence en étant une dégénérescence continuelle de la santé, de la vigueur et du courage de la population, causant les guerres civiles continuelles, entretenant des inimitiés perpétuelles.

Quelle est la place du machiavélisme dans la société occidentale ?

Il tient lieu de stratégie, dominatrice bien sûr et se manifeste par des recherches de divisions entre groupes, Etats, régions, races, nous disons bien divisions et non distinctions. Car c’est, au contraire, au sein d’une confusion, d’un chaos actif, d’une désagrégation d’ensembles censés unir et, en fait, rendent toute coexistence impossible à moyen terme même, comme on le voit en Europe, que ce machiavélisme opère.

En introduisant des mécanismes de paralysie, de veto, etc. toute assemblée se bloque et des décisions sont alors prises de façon cachée, d’où le terme de "forces occultes" pour désigner cette guerre sourde faite à la société pour l’empêcher de s’unir et de se transformer spirituellement. De même dans les tractations commerciales, l’on introduit des éléments de dissolution de l’économie du partenaire, comme quand on a proposé à la Libye, à la Syrie, des améliorations de situation, mais en échange d’un libéralisme dissolvant.

En fait le machiavélisme ne cherche pas à bâtir un empire, mais à affaiblir des concurrents potentiels, ce qui entraîne une crise de plus en plus générale, dans laquelle tous deviennent solidaires, non dans la construction, mais la destruction ; regardons les surveillances que les Etats-Unis font de leurs alliés, et concluons-en que le machiavélisme est l’exclusion de toute confiance, "les vertus n’étant que des vices déguisés", formule d’une société de notre Grand Siècle, dont les machiavélistes actuels imitent seulement les petitesses, et les retournent contre la grandeur même.  En fait, machiavéliser est parasiter la force d’autrui. Cela interdit d’aimer, par évidence.

Pourquoi les dirigeants occidentaux s’introduisent comme les partisans du machiavélisme ?  

Les dirigeants d’abord sentent que toute direction réelle de leur économie leur échappe. Le fameux Président Kennedy qui voulut réformer son pays fut assassiné et aucun successeur ne transgressera cette loi de mafia interdisant de plier les intérêts à une loi supérieure aux membres qui la composent. Tel est le combat de tous contre tous qui fut énoncé en Angleterre, par Hobbes au 17eme siècle ! Mais l’Europe continentale a résisté à cette conception et la beauté artistique en aura été la récompense. Depuis des générations, les écoles de politique occidentale, les think tanks US, les sociétés de pensée, comme les Fabiens en Angleterre toujours et autres organismes, ont voulu une double conduite politique : présenter une utopie d’un meilleur des mondes et pousser les membres de cette société de richesses possibles à abdiquer toute réserve morale en se pliant au commandement d’une élite.

La finalité est celle d’un despotisme pour une élite, soit, mais l’illusion, est répandue que chacun peut y parvenir. Point donc de justice, mais une ruse permanente, qui laisse ceux qui en sont victimes désemparés et passifs, car ils ne veulent pas travailler à plus de justice ou d’équilibre, mais attendent une occasion favorable d’un chaos prévisible pour prendre leur revanche. De là, en s’inspirant d’un vers latin de la comédie la formule du même philosophe anglais du machiavélisme, Hobbes : « l’homme est un loup pour l’homme ».

Par-là même toute décision ou signature est avec l’arrière pensée de la rompre à la première occasion. Et ceci éclaire cette instabilité politique, cet état de mi-guerre-mi paix, ces attentats mis en scène suivis de prétendues protections contre le terrorisme dégénérant au contraire en guerres toujours plus vastes, et qui ne peuvent qu’aboutir à la nécessité d’une force venant rétablir la justice, celle du Mahdi (que Dieu hâte sa venue !).

 
 
 
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