Antipositivisme
Pierre Dortiguier
 
Accueil du site > Mes travaux > Chroniques de l’Irib > Quand la monarchie pâlit, la révolution monte
 
 
Sites
 
Divers


Contacter Pierre Dortiguier

Plan du site
 

Quand la monarchie pâlit, la révolution monte

lundi 7 mai 2012, par Pierre Dortiguier

Quand, il y a trente ans, - ce qui paraît un sombre moyen-âge aux générations habituées à l’accélération... du temps - François Mitterrand a pris l’habit présidentiel après un vote aussi partagé qu’aujourd’hui, les mauvaises langues ont voulu douter de sa bonne foi et les nantis se sont reposés sur la consolation qu’il avait été droitier et monarchiste en sa jeunesse, pire, s’était porté candidat à la réception de la Francisque des mains du Maréchal Pétain ; il semblait que son successeur François Hollande aurait échappé à ce soupçon de tempérament droitier, autoritaire, et ait été bercé de l’idéal de gauche démocratique. Et pourtant un document de 80, montre qu’il n’aurait pas élu le président de l’Union des gauches, car il appelle ses "comilitants" néo-gaullistes à faire barrage à la gauche ! L’eau du temps efface toutes ces traces et c’est une nouvelle virginité qui s’impose à l’Histoire ! Néanmoins un premier résultat est tangible, l’autorité présidentielle sur laquelle est fondé le régime tend déjà à se partager en courants que l’on peut nommer un front de partisans au sein de la Gauche : des mesures radicales seront prises en matière de justice, avertit l’heureux élu ! Ce sont ces mesures qui, de l’avis de l’aile radicale, devraient - pour user du jargon d’une nation dont la première révolution fut l’oeuvre d’avocats - favoriser "plus d’égalité" ; dans le domaine moral, d’abord, en effaçant les "discriminations" entre familles parentales naturelles et homoparentales artificielles, pour reprendre une distinction philosophique, les premières obéissent à une finalité réelle, que chacun comprend, et l’autre à "un choix" que la contrainte de l’opinion rend acceptable.

D’autres mesures égalitaires sont à envisager dans le domaine scolaire, car si le "collège unique" doit être abandonné comme un outil informe, d’autres mesures pour "lutter contre l’échec" (selon la même terminologie imprécise) vont être inventées par des commissions pédagogiques pour donner l’impression qu’un diplôme est presque un droit et l’embauche toujours un devoir !

Ceci peut calmer une colère populaire causée par l’incertitude du travail, sa "précarité" ; et l’idéal socialiste repris de la seconde République de 1848 est l’institution d’ateliers nationaux, sans souci précis de la qualité ; leur insuccès étant dû à la réticence patronale !

Les promesses, assure l’homme d’autorité que se révélera être M.Hollande, seront tenues ! Mais peuvent-t-elles l’être sans conditions de possibilité ? Sera-ce, pour user d’une plaisanterie française, "réponse de Normand" partagée entre la vision des choses et le désir de se maintenir face au vrai parti du Mécontentement qui vient de chasser, ou d’abandonner, comme la moitié des centristes s’alliant aux ambitieux du Front National, M. Sarkozy ?

Le paysage français va être modifié par la plus grande audace des courants gauchistes et l’insolence des futurs faiseurs ou blogueurs de majorité stable, à droite. Le mur de séparation des extrémistes et des modérés s’effrite dans les deux cas et l’affrontement peut devenir violent, passant de l’Assemblée aux comités populaires, et en cas de troubles sociaux à des groupes violents : les pancartes seront peintes aux couleurs les plus agressives, et le pouvoir se verra objecter d’être la dernière forme d’une monarchie désuette.

Que voulons-nous annoncer d’autre que la conversion de la France en autant de parties concurrentes qu’en offre le parti socialiste et le talent de M.Hollande est indéniablement d’avoir pu toutes les satisfaire, mais au prix d’engagements radicaux qui le feront cheminer le long d’une voie du reniement, toujours prompte à s’élargir, quand la stagnation économique demeure incomprise par ceux qui, sans elle, perdrait toute force d’existence par la contestation.

Anatole France, qui naquit modéré et devint communiste, tout en restant léger et instructif, écrivit un roman psychologique sur l’état d’esprit de nos compatriotes en gestation révolutionnaire : "Les dieux ont soif" (1912), ce qui est une autre manière de développer l’idée : la révolution dévore ses propres enfants.

Cette soif des dieux révolutionnaires n’est plus dans une Europe ou un monde qui nous regarderaient étonnés en spectateurs, mais dans une crise de tous ordres, auxquels nos déficiences et nos troubles servent d’aliments.

La république peut elle se confondre avec un retour aux violences partisanes ? Elle ne subsistera qu’avec des hommes de caractère, sinon, comme régulièrement dans l’Histoire de France, un monarque improvisé réapparaîtra, profitant de la fatigue du désordre. Anatole France

 
 
 
Publications récentes
Publications par mois
 
Copyright 2011 Pierre Dortiguier