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Pourquoi vouloir la survie d’Adolf Hitler en 1945 ?

dimanche 1er mars 2015, par Pierre Dortiguier

Il y a une fameuse loi qui veut que quelque discussion que l’on entreprenne, au bout de quelque temps, ce soit le nom du peintre aquarelliste, dont le centre culturel autrichien de Paris autrefois montra des reproductions, de l’ancien soldat d’Artois qui y perdit son chien blanc, modèle de Milou, comme en témoigne la photo de groupe de soldats, reprise par Hergé dont l’épouse Germaine fut Rexiste, c’est-à-dire suivait Léon Degrelle, et chef d’État qui dessina aussi la silhouette de la Volkswagen, qui apparaisse. Son nom revient, à parler philosophie, dans la publication récente des Cahiers Noirs de Martin Heidegger, lequel ne le désavoua non seulement jamais, mais vota pour lui plusieurs années avant 1933. Son appel à la votation pour répondre à l’invitation soutenue par les intellectuels allemands à quitter la SDN, est connu, et moins et cependant aussi bluffant, dirait-on, dans ce demi langage approprié à notre demi-monde, à la base incertaine et vacillante, est le texte intact après la guerre, de l’Introduction à la Métaphysique dans lequel il critique ce qui sous le nom de national-socialisme sert d’étiquette à des idéologies qui n’ont rien de commun, selon son expression, avec la grandeur du mouvement.

Aujourd’hui Martin Heidegger est bien mort et l’on use du silence pour cacher que l’Allemagne a été depuis la fin du 18ème siècle sur une ligne de crête exceptionnelle de réflexion. Les capacités militaires du chef des armées européennes, auquel les volontaires étrangers prêtaient serment dans la Waffen SS, y compris les musulmans d’Europe et d’Asie centrale, les Sikhs etc, ont été relevées par notre meilleur historien militaire, en ce domaine, Philippe Masson (1928-2005) professeur à l’École de guerre et à l’Institut catholique de Paris. Il en cite les erreurs, mais Churchill aussi en a commis et les stratèges U.S. La campagne de Russie lui permit de faire échouer un plan d’invasion soviétique de quelques semaines plus tard, prévu pour juillet 1941, dont le nom de code était « brise-glace » . Ce dernier échoua car les forces de l’Armée rouge étaient en position d’offensive et le manque d’équipement d’hiver de l’armée allemande observé par les Soviétiques et leur espionnage fort bien organisé, avait renforcé l’idée que l’Allemagne serait prise au dépourvu.

Considérons la supériorité écrasante en chars de l’armée soviétique au début de la guerre, les Allemands n’en ayant que le tiers à engager ! Tout fut une question de volonté et de décision.

La bataille de Stalingrad devait permettre par le passage à travers l’Iran de couper l’Empire britannique de ses réserves et en descendant en Orient de lui ravir l’Égypte, comme Anwar al Sadate (1918-1981) l’a exposé dans son livre Révolte sur le Nil, sur cette période, traduit en français. Le monde arabe était alors majoritairement favorable à l’Allemagne, où était le Grand Mufti de Al Qods Hadj Amin El Husseini (1895-1974), mais on se garde bien de le dire, tout en reprenant le mot forgé par George Bush (né en 1946), d’islamofascisme ! Il est vrai que le fascisme se répandait, en variant de formes. Mais qu’est-ce qui nous permet de nier la survie de celui qui céda sa charge en 1945 à l’Amiral Doenitz (1891-1980), désigné comme Président du Reich, en signant un testament politique où il annonçait et expliquait son intention de se suicider, avec son épouse ? Tout ceci s’est produit dans le calme des décisions. Et les films qui en parlent sont un fake continuel.

La raison en est morale, psychologique et culturelle.

Philippe Masson brosse un portrait de ce soldat de la première guerre mondiale, qui nous servira à démontrer que le caractère du Chancelier ne lui permettait pas de risquer la survie honteuse. « Il a à son actif une belle guerre. Blessé à deux reprises, il a été décoré de la Croix de fer de 2eme, puis de 1ère classe, engagé dans le 1er régiment d’infanterie bavarois, composé essentiellement de jeunes hommes, il est jeté dans la campagne des Flandres, en novembre 1914. Son régiment est très éprouvé. En moins d’une semaine de combat, on ne compte que 614 survivants sur 5600 hommes. Les Allemands devaient appeler ces combats le « meurtre des enfants d’Ypres »(Kindermord bei Ypres) [1]. « Pendant tout le reste de la guerre, Hitler reste dans le même régiment toujours engagé sur le front occidental. Il sert comme agent de liaison, une affectation particulièrement dangereuse. Ses chefs devaient conserver le souvenir d’un soldat particulièrement valeureux. Pour le commandant du régiment, il se fait remarquer « par un cran exceptionnel et son courage intrépide. » Pour le colonel Spatany, il constituait un exemple éclatant pour tous ceux qui l’entouraient. Cela et son admirable modestie lui valaient le respect de ses officiers et de ses supérieurs ». Pour le lieutenant-colonel Tubeuf, c’était celui de tous ses hommes dont il se sentait le plus proche ». Les idées qu’il exprimait dans des conversations privées(...) témoignaient de son amour profond de la nature, et, de manière générale, de sa droiture et de son honnêteté foncière etc. ».

Ce trait de modestie a été rappelé par sa sténotypiste Adda Shiloh rencontrée à Munich qui me dit de lui cette simple appréciation : « il était un homme très simple ». Jamais elle ne me fit allusion à une quelconque survie, et elle n’eût pas manqué de le faire dans son tempérament d’Hanovrienne mesurée, mais charitable, fort détendue en ma présence, quand je lui rendis plusieurs fois visite à sa maison coquette de Munich. Les fantasmes de plusieurs auteurs sur la servitude de l’homme envers l’Angleterre, et qu’il aurait été un agent formé avant-guerre pour miner sa patrie sont suffisamment réfutés par le jugement de Philippe Masson.

Comment un traître à sa patrie eût put-il s’engager dans un régiment décimé, et manifester des qualités de courage ? Pareille intoxication trouve sa raison dans une ignorance de la culture de cet homme, sur lequel chacun est libre de porter des jugements, il va de soi, mais la fuite en Argentine qui court sur le net et est prétexte à des livres à sensation, néglige un fait que nous exposerons par un exemple précis, espagnol, et montrera l’influence qu’exerçait sur ce Bavarois - car l’Autriche qu’il habitait parlait le bavarois - le modèle du couple de Tristan et Ysolde, préfiguration de sa volonté de mourir avec sa femme, une fois ruinée son entreprise politique.

Ce drame de Wagner (1813-1882) est le cadre d’une décision capitale de répondre à la demande pressante contenue dans une lettre du général Franco, d’intervenir en Espagne : une lettre lui avait été apportée à Bayreuth, en espagnol, par deux commerçants de Tanger appartenant au parti national-socialiste. Elle a été publiée, et le futur Caudillo y développe le thème de l’absence de conflit entre les deux pays, le danger d’une soviétisation de l’Espagne et la faveur de disposer d’une aide aérienne et de munitions pour prendre pied sur le continent, à partir du Maroc espagnol. On représentait alors Tristan, et l’on vint chercher l’auditeur pour lui exposer l’affaire, et avec les mises en garde de son entourage de ne pas risquer ainsi, par quelque témérité, de ruiner les bonnes relations entre l’Angleterre et l’Allemagne. Il demanda de retourner entendre l’acte suivant du drame musical, et ressortit en disant que sa décision était irrévocable. Chacun connaît le motif de la pièce wagnérienne, le suicide des deux amants que la mort doit unir dans une vie qui leur échappe. Il n’y a pas, par décence, à dire plus, pour saisir combien l’âme wagnérienne trouvait un écho en cet homme, dont le cardinal Bertram a pu écrire, dans ses carnets privés déposés à l’archevêché de Munich, qu’il avait des manières de l’Ancien Régime impérial. Le cardinal, chef de l’épiscopat allemand célébra une messe des défunts pour lui à Breslau, le 2 Mai, sauf erreur de lieu, de notre part...

Ce sont ces deux considérations, morale ou psychologique et culturelle qui nous font rejeter a priori le prétendu départ en Argentine ou au pôle sud, qui n’a d’autre sens que de démontrer l’assèchement de notre élément culturel, bref notre nihilisme moderne, si le mot n’est pas devenu trop obscur. Ils ont des yeux et ne voient pas le front d’Ypres, des oreilles et n’entendent pas la fusion tristanienne.

Notes

[1] Kindermord est l’infanticide, l’opinion publique allemande le voyait comme l’infanticide d’Ypres

 
 
 
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