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Pour l’anniversaire de Schopenhauer né un 22 février

dimanche 22 février 2015, par Pierre Dortiguier

Au temps de sa clarté d’esprit appuyée sur le génie encore fécond de sa lignée de théologiens et de psychologues, Nietzsche écrit, pour célébrer l’anniversaire de son maître Schopenhauer, qui fut aussi et avant tout, sur le plan métaphysique, celui de Richard Wagner, que la puissance politique productive en Allemagne est à présent, de la façon la plus extraordinaire, parvenue à la victoire et que désormais l’être allemand jusque dans ses atomes dominera. L’auteur pourra désavouer dans sa déraison future, qui n’est qu’une atteinte de la paralysie générale progressive, l’ardeur réfléchie de ces propos, que, plus d’un siècle après, les jeunes générations constatent, en voyant ce pays devenir le champion du Continent et l’espoir du monde pour le tirer de sa crise provoquée par l’égoïsme borné anglo-américain.

L’anniversaire du philosophe qui enseigna à vaincre la volonté aveugle guidant l’homme, en sauvant son âme par la contemplation esthétique et le renoncement aux représentations qui ne sont que des contraintes naturelles, sans signification autre que la poursuite d’une illusion indéfinie, dite matérielle, aurait donc permis de livrer le secret d’un succès national ou plutôt culturel ? Ceux qui traduisent heureusement les pensées en notes et en sons, comme le philosophe mathématicien Leibnitz définissait une science fort vaste, qu’est la « caractéristique universelle », proposent aussitôt, et avec raison, le drame musical et poétique de Parsifal, créé le 28 juillet 1882, à Bayreuth, pour supporter par l’écoute et la communion populaire silencieuse et recueillie, le résultat incarné de pareille hauteur de pensée.

Cela suppose un groupement d’individualités fortes, et non pas le contraire, que le célèbre Casanova de Venise, dans un français cité par le messin Paul Eric Blanrue (né en 1967) sur son site, « Le Clan des Vénitiens », décelait dans l’instinct révolutionnaire français qui s’émeut en groupe, à défaut de sentir par soi-même. L’Allemagne est l’inverse, aussi les résultats accompagnent les différences. Il suffit d’ouvrir les quelques journaux qui subsistent pour mesurer ce qui sépare la pensée lourde de philosophies à la mode, où les Muses sont si légèrement vêtues qu’elles prennent vite froid et ne peuvent poursuivre la ronde autour d’un Apollon lumineux, à réciter un peu de mythologie humaniste délaissée dans nos écoles, au profit d’autres plus absurdes et sanglantes.

« Ce fait », commente ainsi Nietzsche cette puissance allemande, salvatrice pour le monde promis sinon à l’écroulement, dans lequel le brave médecin Destouches dit Céline voyait la situation de la France des défilés libertaires, sans programme à observer, « est d’une extrême valeur, car à cette puissance viendra quelque chose de substantiel, que nous haïssons comme l’adversaire propre de toute philosophie et considération de l’art plus profondes ». Cet adversaire, est le libéralisme, commente le bohémien Alfred Baeumler (1887-1968) dans son Nietzsche, le philosophe et politique [1]. « Ce libéralisme entier, bâti sur une dignité rêvée de l’homme, du concept générique d’être humain, perdra son sang, avec ses rudes frères, sur cette puissance rigide, indiquée à l’instant : et nous voulons de bon cœur sacrifier les petites excitations et bonnes natures, qui s’y attachent, si seulement cette doctrine proprement contraire à la culture (kulturwidrige) est évacuée de la voie du génie. Et en quoi cette puissance rigide, avec sa naissance poursuivie pendant des siècles, faite de force, conquête et bain de sang devrait servir à préparer la voie au Génie ?  »

Mettre cette réflexion sous le signe du philosophe né à Dantzig, à savoir montrer que la puissance acquise de l’État et donc le renforcement de l’unité allemande s’altère au contact du libéralisme économique, avec sa croissance indisciplinée et massive, en observant la même patrie essayer de se dégager d’une américanisation imposée au prix de deux guerres successives, - (ce à quoi, pour ne pas abuser d’un mot auquel De Gaulle ne croyait plus, sauf dans un mythe politique, la France n’opposa jamais de résistance - quoiqu’elle y vienne, arrive en retard ironisait Voltaire, mais enfin arrive) éclaire le sort de notre civilisation européenne ; ce critique Baeumler a donc raison, disons-nous, de relever que pour Nietzsche jeune homme, la force guerrière de la Prusse moteur de l’unité devrait saigner le libéralisme en écartant l’Etat national : « le principe des nationalités est une rudesse barbare relativement à l’Etat-cité. C’est dans cette restriction que se montre le génie, qui ne donne rien à des masses, mais apprend plus aux petits qu’aux barbares en grand ». Et de citer, comme nous le reprenons, à titre d’exemple de rhétorique humaniste et historique, même si c’est critiqué par le récentisme ou tous les récentismes, la situation de Rome opposée à celle d’Athènes. L’Empire des Romains n’est donc, commente Baeumler, en comparaison d’Athènes, rien de sublime. La réflexion suivante a sa vérité, qu’il en va de l’unité d’une nation, comme de l’unité d’une Église, il en résulte des désavantages, et la contrainte des limitations nationales serait une occasion de « haine nationale », inhérente au jacobinisme, atténuée dans une sphère impériale, d’où l’attachement des Allemands à l’Empire, protecteur des individualités.

Faire tomber l’Empire ottoman et cultiver le principe des nationalités conduit à la barbarie sioniste-wahhabite. Créer une Tchéquie ou une Ukraine réjouit la Goldmann Sachs ! Qu’eût dit Schopenhauer ? Qu’il faut tenir par des lois l’anarchie des désirs humains, surtout ceux qui sont bas et génèrent des instabilités, par la croyance en un monde extérieur à notre représentation, laquelle, désillusionnée, fait sans cesse échouer celle-ci et nous pousse à des essais ou répétitions névrotiques ; ce que montre la foule inquiète que l’ordre discipline et soumet au silence de la mystique, de cette paix qui est le repos de l’âme.

L’humanité suit le chemin inverse, contraire à l’École schopenhauérienne, car tout cultive la déraison de la masse, son hésitation par absence de goût sûr, en fait la proie des marchands du temple, et la beauté est sur une croix plus haute que celles que montrent les églises, ignorant, comme leurs adversaires, sa signification, non pas historique mais cosmique, une beauté et une vérité défigurées et dont les plaintes sont couvertes par ce libéralisme, et peut-être est-ce en ne s’y résignant pas, tel serait notre avis, que l’Allemagne l’emporte sur ses concurrents et ennemis périodiques, car elle ne rêve pas le monde, mais l’absorbe dans son travail, qu’il soit technique, économique et esthétique. Un mot le définit, qui est l’exorcisme de nos socialo-libéraux, l’austérité ; oui, la vérité est austère, l’amour aussi, la splendeur du beau a sa lumière, celle du Nord spirituel. Nord qui est partout la marque du blanc contre le noir infiltré ou marqué, dit le Coran, dans le cœur de l’homme, dans le sombre de la Caverne, eût dit Platon, seul philosophe avec Kant que cultivait Schopenhauer contre cet Aristote que l’iranien Sorawardi vit en rêve, quelques années avant que le kurde Saladin ne lui coupât la tête, selon la fable historique que chacun raconte et personne ne prouvera !

J’ajouterai une anecdote que me contait Léon Degrelle, le jour où je lui apportais les documents confiés par le regretté jésuite gascon Père de Gensac, S.J. sur ses oncles jésuites, natifs de Solre le Château, de 1841 à 1941. Il raconta une anecdote qui cadre avec la réflexion nietzschéenne, quoique la national-socialisme ne soit pas tel, mais il est allemand, et non l’inverse, et je retiens l’avertissement d’un autre jésuite, entendu à l’ancienne bibliothèque de Gouvieux, près de Chantilly, dans le château cédé par Rothschild à la Compagnie, et repris par une société américaine depuis, le Père Xavier Tillette spécialiste de l’allemand romantique et métaphysicien, le munichois, Schelling, qu’il n’y a jamais eu d’idéologie nationale-socialiste, point l’équivalent du matérialisme dialectique.« Un jour, élu député à trente ans, de Bruxelles, je fus invité avec ma femme, à Berlin pour discuter du sort des Allemands d’Eupen et Malmédy, annexés par les Belges, en 1918 et d’un coup, le téléphone sonna et le ministre Ribbentrop me dit que le Führer voudrait vous rencontrer, intrigué par la jeunesse du député. Dans la discussion, je lui demandais, Rome est l’idéal de Mussolini, son modèle, et comment voyez-vous le lien avec votre modèle des anciens Germains ? Demande rhétorique, art cultivé chez les Jésuites ! La parole fut traduite et les mots tombèrent en souriant, “Ich bin ein Griecher”,“ je suis Grec” ! Cela voulait dire d’Athènes. »

Cette idée alla si loin, poursuivit Degrelle avec son expression authentique de personnage de Tintin, que l’admiration de la Grèce fit que tous les prisonniers de guerre grecs furent libérés, après la campagne causée par le débarquement anglais, bref une question grecque qui n’est pas du goût de nos germanophobes d’Athènes bien romanisée et endettée, ou goldmansachsisée !

Notes

[1] 1931, Philipp Reclam, Leipzig, 183pp., p.130

 
 
 
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