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Plusieurs vérités sur maître Vergès

vendredi 16 août 2013, par Pierre Dortiguier

Je ne l’ai rencontré qu’une fois, dans un lieu qu’il affectionnait, une librairie ancienne, près de son bureau et c’est le lieu aussi de dissiper un mystère, celui entourant sa vie au début des années soixante-dix. Ce Catalan français, fils de père médecin et dépendant de l’ambassade de France en Thailande, et de mère chinoise, avait été élevé, comme son frère Paul, dans l’hostilité au colonialisme ; son père dut quitter l’administration française pour avoir refusé d’abandonner leur mère et s’installa à la Réunion. Tout ceci est su mais Vergès me confirma, en le voyant, ce que je savais, qu’il n’était jamais allé au Cambodge rouge, chez les soi-disant Khmers rouges de Pot Pol, mais avait fait le mort à Paris, dans le 16ème arrondissement, hébergé par une famille catalane qui m’était intime, et dont une fille est une de mes saintes correspondantes de monastère du Carmel, toujours en Catalogne française !

Il s’agissait pour Vergès d’éteindre une dette du temps où il dirigeait le périodique "Révolution" ; la cachette parisienne était bien organisée, mais un jour, me dit-il, il rencontra une femme de procureur : "où étiez-vous passé maître Vergès ?", et celui-ci de répondre avec aplomb et non sans cette forme de surréalisme que les Catalans, français ou espagnols, cultivent, à la manière de Salvador Dali "au Cambodge" ; et le Tout-Paris le lendemain savait ou imaginait savoir d’où venait ce revenant !

Jamais il ne dit où il était ; comme il avait été déjà mis au courant de ma connaissance de ce secret, l’entretien avec celui qui épousa sa cliente Djamila Bouhired et fit la profession de foi musulmane, fut des plus inoubliables ; il avait été membre d’un cabinet d’avocats parisiens et de conseillers fiscaux, et il racontait que feu le premier ministre Beregovoy y venait en commissionnaire très humble, avant de connaître une fin ou une exécution, comme il me le dit ! Dieu seul le sait !

L’on a parlé de sa tactique de défense en rupture, qu’il pratiqua pour sauver cette femme algérienne condamnée à mort par le tribunal militaire et dont il sauva ainsi la tête ! Il participa au mouvement communiste avec Dumas à Prague, à cause du caractère anticolonialiste affiché par le mouvement communiste international, mais ses amitiés politiques et personnelles allaient aussi aux anticommunistes, témoin celle portée à François Genoux, fils de famille de banquier suisse, qui avait connu l’insurrection antibritannique de Bagdad avant la seconde guerre mondiale et était alors entré en relation avec le mufti de Al qods ; c’est Genoux qui lui proposa de défendre Klaus Barbie, que sa propre fille avocate s’était vue interdire de défendre !

En fait les Algériens et Tunisiens voulurent remercier un Allemand qui avait, lors de la prise en main de la zone libre de la France, après le débarquement anglo-américain en Algérie mi-novembre 1942, libéré le futur président de la république tunisienne Habib Bourguiba, emprisonné sur ordre du socialiste et sioniste Léon Blum ! Bouguiba en profita pour aller à Rome, et son adjoint -qui devint premier ministre et financier important de la Tunisie indépendante (non pas encore qatarisée) Hedi Nouira, directeur en effet de la Banque de Tunis- se réfugiait à Berlin !

Qui peut comprendre l’histoire aujourd’hui, alors que la tyrannie médiatique abuse de la bonne foi, et qui peut mesurer cette période où s’élevaient des personnalités, alors que ne se dressent vers le ciel sans Dieu que la Goldmann sachs et autres forteresses de la perdition de toute économie ? Sur l’Iran, Verges avait la même idée que son collègue Dumas : une admiration pour sa puissance et son goût de l’indépendance, et sur la Syrie, sa haine du mercenariat ou de la Légion étrangère soudoyée par les pétro-dollars faisait de lui l’honnête homme, qui avait connu des collègues abattus par les tueurs de l’ombre, au moment du combat algérien !

Je n’oublierai pas son regard de collégien émerveillé, son goût des lettres, sa charité et son absence d’orgueil que les plus humbles ressentaient ; libre à beaucoup d’évoquer l’Asie en parcourant le visage de son âme, que Platon dit être contenue dans les yeux : je songe aux blanches Pyrénées, près du château de Monsalvat, là où a vécu, revivifié par la légende wagnérienne, le héros Parsifal, dans l’Espagne dont il avait hérité du sens de la grandeur, de l’héroïsme et de la sainte solitude.

 
 
 
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