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Pierre Dortiguier
 
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Olga, la Fiancée des Etoiles

(Die Sternenbraut) EXTRAIT

samedi 4 juin 2011

Personnages de l’extrait cité du premier acte

Fritz Rambolt, industriel
Olga v. Kürbach, sa fiancée
Chef d’escadron, baron Hardringen
Capitaine de district, v. Frohberg

Lieu de l’action : Une station climatique dans les Alpes autrichiennes.

Temps : Présent

A droite et à gauche du spectateur

(Jardin devant le Casino de Hellwang. A droite, au milieu, le bâtiment, à gauche une hauteur, là-dessus, sur un support, une grande lunette. En arrière-plan, la clôture du jardin, derrière vue sur les hautes montagnes dont les sommets sont couverts de nuages, chaises de jardin contre le bâtiment et devant la hauteur. Matinée.)

Olga (regardant par la lunette)

Là-bas flotte le signe de notre victoire, et il était là en haut, il y a quelques heures ! Voyez, voyez aussi capitaine !

Hardringen

Très bien ! Regardez aussi à la lunette.

Olga (en riant, à Frohberg)

Et le drapeau. C’est mon châle que je lui ai donné hier.

(à Hardringen)

Le voyez-vous, le voyez-vous ?

Hardringen

Bien sûr, Mademoiselle v. Kürbach !

Olga (à Frohberg)

Ce châle je le portais lorsque nous nous sommes fiancés !

(soudainement, changeant de ton)

J’ai trouvé là-bas sur la hauteur dégagée un royaume
Un territoire immense, empli de merveilles
Qui attend encore le maître inconnu
Oui, vous vous étonnez,
Vous ne comprenez pas !
Je vais vous l’expliquer !

Fritz croit et je crois avec lui en une grandiose régénération de l’espèce humaine, de nos mœurs de notre constitution. Et c’est le royaume de l’avenir vers lequel son esprit a avancé, et qui « attend encore le maître inconnu ». Et de même qu’il pénètre spirituellement dans l’avenir, il se hisse corporellement jusqu’au sommet de la montagne où personne n’était encore. Et ainsi chaque ascension se convertit pour lui en vision poétique, en regard sur le champ du futur, qui s’ouvre là derrière la glace éternelle, dans le soleil et les délices (« in Sonne und Wonne ») la somptuosité et les couleurs et le parfum. Là-haut où...

... A travers les jardins, emplis de fruits,
De la crête rocheuse à la mer bleue
Un silence persévérant est étendu,
Aucun pas, aucune barque ne touche la cô
Et inaudible - invisible, progresse
L’attente à travers l’étendue muette ! [1]

(Elle se tait et regarde les deux -attendant pour ainsi dire un écho. -Silence forcé.)

Hardringen

Votre fiancé poétise, Mademoiselle v. Kürbach ?

Olga

Oui ! N’est-ce pas beau ? N’est-ce pas magnifique ?

Hardringen

Ce sont de belles paroles.

Olga

Et le sens va encore vous apparaître quand vous connaîtrez Fritz ! (à Frohberg) Et là-haut, dans le muet pays de l’attente, il rencontre sa divinité, son génie, sa fiancée des étoiles qui l’instruit des tables de la loi du futur par l’amour qui renonce [2] Car toute cette somptuosité qui ne vit que dans nos âmes et sur les hauteurs de la montagne il faut, elle doit et elle arrivera sur la terre. Le ciel descendra sur la terre rendre le peuple Heureux !

Frohberg

Ce sont des vues assurément tout à fait révolutionnaires, Mademoiselle Olga !

Olga

Oui, oui vous avez bien raison, tout à fait révolutionnaires, car elles sont tout le contraire de ce que nous apprîmes enfants. Enfant, j’ai toujours vu les sommets de la montagne brillants devant moi, quand Maman priait avec nous. Nous étions alors là-haut, au sommet, et regardions au-delà vers la porte du ciel. Saint-Pierre devait l’ouvrir un jour et nous laisser entrer réunis, tous les êtres chéris ! Et aujourd’hui, je regarde en haut le royaume imaginaire du futur [3] là-haut sur la montagne et prie : Qu’il vienne à nous, ce royaume !

(à Hardringen)

Votre bras, s’il vous plaît !

(Ils descendent la colline et retournent s’asseoir.)

Hardringen

Presqu’ainsi parlent les sociaux-démocrates.

Olga

Certainement, certainement, du moins les socialistes ! Fritz et moi sommes socialistes convaincus ! Mais non pas des démocrates ; car il faut faire une différence entre les hautement et bassement doués, entre forts et faibles, sains et malades.

(Elle s’assied à nouveau sur la chaise roulante.)

Vraiment, je crois que notre partie en montagne m’a quelque peu essoufflée.

(Elle fait anxieusement effort pour chercher de l’air.)

Frohberg

Mademoiselle Olga, dois-je peut-être appeler votre demoiselle de compagnie.

Olga

Oh non, non, laissez ! Cela passe ! De jour ce n’est pas dangereux, ce besoin de respirer. Ce n’est que la nuit, seulement la nuit ! Oui, le ciel doit descendre sur terre. Mais des profondeurs de la terre vers le haut, là presse l’enfer ! Et le combat entre le ciel et l’enfer, il faut que nous le portions dans nos cœurs !

(respirant toujours plus difficilement.)

L’homme a dans le royaume du futur une tâche autre que jusqu’aujourd’hui ! Il lui faut tenir haut le flambeau de la vie (Er muss die Fackel des Lebens hochhalten), dans de fortes mains ! Le naturel élevé, le puissant le sain, doit engendrer la vie, il en a le devoir, il faut qu’il s’y efforce, autant qu’il le peut ! Et la femme doit se résigner doit les écraser, les têtes de serpents qui se dressent dans sa propre poitrine [4] l’égoïsme, l’avidité de la possession, et l’envie ! Car la jalousie disent-elles elles-mêmes, n’est rien d’autre que l’envie, l’envie dans ce qu’il y a de plus sacré dans l’être humain [5] ! et qui réside dans la poitrine, l’envie empoisonnée ! Oh, quand je me réveille subitement la nuit, souvent je ne sais pas... Je me trouve si entièrement... si proprement changée. Tout autrement, tout continuellement ce que j’avais aimé, et ce qui m’avait été protection et abri mort, mort, tous morts ! (tot, tot , alle tot ! ) Et moi est-ce encore moi ? Suis-je encore la même ? Et devant moi cette longue, longue obscure marche vers l’inconnu, vers l’illimité ! Et personne qui veuille accompagner cette marche, personne d’aimé et rien que moi seule : Et c’est alors qu’elle arrive, l’envie, le serpent, montant de la poitrine, autour du cou,

(éclatant)

De l’air ! de l’air !

(Elle entoure de ses deux mains le bras de Frohberg.)

Oh, surtout pas ça ! surtout pas ça ! Ne pas étouffer, non pas étouffée (Nicht ersticken, ersticken nicht, verlassen in Hass und in Neid ! ), abandonnée dans la haine et dans l’envie !

(Elle revient subitement à elle et regarde tantôt étonnée, tantôt confuse ceux qui sont là.)

Mais où étais-je maintenant il faut que vous m’excusiez ! et vous m’excusez aussi n’est-ce pas ?

Frohberg

Mais comment pouvons-nous seulement ! Ma chère, chère petite Olga.

Olga

Oncle Anton ! J’ai maintenant tout le temps. J’ai vu Maman derrière vous, elle était là, c’est à elle, à elle que j’ai parlé ! Mais à présent il est temps, il faut que je rentre maintenant à la maison !

(Elle se lève et vient prendre le bras de Frohberg.)

S’il vous plaît, jusqu’aux marches...

(Soudain elle regarde à gauche derrière la scène. Un air doux, joyeux.)

Ah, Fritz est vraiment là ! Fritz est là ! Fritz vient à la maison !

(Elle se précipite à son devant, à pas quelque peu incertains.)

Les deux drames sont extraits d’une publication aux frais de l’auteur, à Prague et imprimés en Moravie à l’imprimerie impériale et royale de Brünn, Fr. Winiker et Schickardt, de 1911 : « Die Stürmer », en deux tomes. Siegmar et Héliëa appartient au premier (Drei Chordramen), Trois Drames avec Chœur. La Fiancée des Etoiles [6] au deuxième des Trois Dialogues dramatiques. (Drei Sprechdramen)

Notes

[1] « und hörbar nicht-unsichtbar schreitet, Erwartung durch das stumme Land ! »

[2] die ihn unterweist in den Gesetzestafeln der Zukunft, durch entsagende Liebe

[3] heute blicke ich hinauf, in das Phantasiereich der Zukunft

[4] Und das Weib muss sich bescheiden muss sie niederringen, die Schlangenhäupter, die sich aufrecken, in der eigenen Brust

[5] Neid auf das Heiligste im Menschen

[6] Voir le compte-rendu de la représentation donnée au Neues Deutsches Theater de Prague dans le journal Bohemia du 24 mars 1912, le 23 mars 1912, jour même de la visite officielle et d’amitié de l’Empereur Wilhelm et de la princesse Alexandra Viktoria de Prusse à l’Empereur Franz-Josef à Vienne, durant laquelle fut déposée par l’attaché militaire allemand une gerbe sur les tombes de la Kaiserin Elisabeth et du Kronprinz Rudolf (comme il a été su, après le témoignage public, quelques années avant sa mort, en présence de la mère abbesse de Solesme où elle faisait une retraite, de l’impératrice Zita de Bourbon-Parme) assassiné par le soins de George Clémenceau dont le frère Paul intriguait comme journaliste dans le demi-monde à Vienne. Son beau-père Moritz Szeps qui fut rédacteur en chef du Neues Wiener Tagblatt dont Christian baron von Ehrenfels

 
 
 
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