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Metternich, le Taureau Blanc.

De la philosophie politique du prince-chancelier.

lundi 8 août 2011, par Pierre Dortiguier

Cette conférence a été prononcée à l’Université de Dijon, le 11 mai 1996, comme invité, au 29ème Congrès de l’AGES – Association des Germanistes de l’Enseignement supérieur- tenue à Dijon. La cordialité du professeur Michel Reffet est inoubliable. L’étude sur la philosophie politique de Metternich, prophète et homme d’action - ce qui n’est point rare dans l’histoire du corps politique de l’Allemagne et notamment dans son cœur autrichien-, parut en mai 1997 dans un recueil de 452 pages « L’Autriche et l’Idée d’Europe » [1], imprimée avec le concours du Centre Culturel Autrichien, alors dirigé par une femme remarquable, de ton simple et aristocrate, nullement américanisée, physiquement et moralement, et intitulé « Metternich, le Taureau Blanc » - par allusion bien sûr au conte de Voltaire « Le Taureau Blanc », au ciel de naissance du prince né un15 mai sous la constellation du Taureau mais aussi au miracle de la découverte de l’image de la sainte Vierge par un taureau grattant son sol ancestral.

« … en lui demandant de rester musulman »

« Un Etat doit avant tout, être lui-même, s’il veut être fort. En se pénétrant de cette nécessité, il pourra beaucoup ; tandis que dans la voie opposée, il ne sera qu’une pâle contrefaçon de ce qui ailleurs pèche peut-être à son tour par les bases. Nous qui suivons cette règle et qui savons en toutes circonstances l’appliquer à nous même, nous fournissons certes au Gouvernement ottoman une preuve du franc et sincère intérêt que nous portons à sa conservation en lui demandant de rester musulman. ». [2] S’intéresser à Metternich, c’est d’abord porter attention à l’ère de paix 1816-1848 qui fut une œuvre de pacification germano-européenne [3] autant qu’orientale, quoiqu’à ses yeux l’affaire d’Orient ne méritât pas même ce nom, sauf à fournir un motif d’intrigues ! Sur le caractère juste de cette paix le prince de Metternich porte en 1859, l’année de sa mort, quand la Prusse et l’Autriche étaient selon son expression, comme le cœur du grand corps de l’Europe, ce jugement de valeur complet. « L’Europe a joui de la plus longue paix consignée dans les annales de son histoire. La sagesse et la modération des vainqueurs, également sans précédent dans l’histoire, ont rétabli les bases les plus indispensables d’un nouvel édifice social, telles que le respect pour l’indépendance des corps politiques et pour la vie internationale. » [4]

« Les grands axiomes de la science politique »

Le prince, dans une note datée de Vienne, le 26 janvier 1844, envoyée au comte Apponyi, ambassadeur à Paris et chevalier de l’ordre de la Toison d’Or, définit avec prudence « les éléments qui forment ce qui porte le nom de politique et qui est un composé de science et d’art » [5] et laisse à la postérité le soin d’en peser les grands axiomes : « La politique est la science des intérêts vitaux des Etats dans la plus haute sphère. Etant donné cependant qu’un Etat isolé n’existe plus et ne se trouve que dans les Annales du monde payen ou aussi dans les abstractions des soi-disant philosophes, on a toujours maintenu en vue la société des Etats, cette condition essentielle du monde présent. » [6]

En commentaire de ces lignes du Mémoire autobiographique de Metternich peuvent être citées celles d’une lettre française à l’ambassadeur de France à Vienne, le comte de Saint-Aulaire, du 30 novembre 1841 : « …chaque pays a des intérêts qui lui appartiennent en propre, et bien souvent au-dessus des intérêts, se trouvent placés des intérêts généraux et qui par cela même sont également ceux du pays. » C’est donc à partir d’une communauté d’existence que la science politique envisagée trouve le sens d’une vérité nécessaire à son établissement : « Les grands axiomes de la science politique sont issus de l’aveu des véritables intérêts politiques de tous les Etats. » [7]

N’étant point routinière, la vérité politique est dans le dégagement d’intérêts communs, à savoir dans la perception lointaine de l’ordre communautaire. Ce qui nous importe est la position des choses, ces Lebensinteressen ou aussi, ce que, en introduisant un ton metternichien en philosophie, le maître de Fribourg-en-Brisgau, natif de Messkirch, dit de la façon suivante dans sa leçon du semestre d’hiver 1951-1952 recueillie dans Que signifie penser ? [8] : l’Inter-esse : Inter-esse« intérêt » sous sa forme allemande, mot à mot en latin inter (entre), esse (être) signifie : être sous et entre les choses, se tenir au milieu d’une chose. Seulement pour l’Inter-esse d’aujourd’hui ne vaut que l’intéressant. C’est tel que ce qui est permis d’être déjà à l’instant prochain déjà indifférent et de s’absorber dans l’autre, ce qui importe à l’un aussi peut que le précédent. C’est ce que l’on veut dire souvent aujourd’hui, pour rehausser par là particulièrement quelque chose, qu’on le trouve intéressant. En vérité on a déjà par ce jugement déjà poussé l’intéressante vers l’indifférent et bientôt l’ennuyeux. » [9]

Quel est donc cet Inter-esse de la politique metternichienne ? Cet être, cet « être sous- et entre- les-choses, Unter-und-zwischen-den-Sachen-sein, le prince Metternich l’entend par « vie » ou « base de vie », identifiée avec l’Autriche, ou mieux avec le principe de cette Autriche qui «  a pu servir en 1813 de point de ralliement à l’Europe désolée  », comme il l’écrit à Travers Twiss dans la lettre de mai 1859 citée plus haut.

Une telle « base de vitalité » -comme il l’écrit- fait la différence entre des principes dont il n’y a pas lieu d’exagérer par les mots bientôt vides de sens, et les situations qui appellent des formules tirées de ces principes. A les identifier et ne savoir les démêler, l’homme d’Etat entre dans les difficultés, paralysé progressivement par sa propre politique utilitaire (Utilitätspolitik) semi-habile devant le courant destructeur révolutionnaire. Un exemple en est fourni pour le chancelier par une initiative du sultan Abd-Ul-Medjid, avec sa proclamation du 3 novembre 1839 créant de nouvelles institutions : « un acte solennel », écrit Metternich au baron de Stürmer, à Constantinople, chargé de porter cette opinion à la connaissance de la Sublime Porte. « Acte solennel » donc, explique ce grand homme, comme nous en aurions besoin aujourd’hui, si Dieu nous en jugeait digne, « que les esprits superficiels qualifient de Constitution, mais qui pour des hommes réfléchis, et par conséquent plus pratiques, a la valeur d’une déclaration de principes fondamentaux ; dans le langage européen, un acte de cette nature est connu sous la dénomination de Magna Charta. Il y a une grande différence entre les deux procédés. […] C’est la légèreté avec laquelle, dans le courant des cinquante dernière années, on a négligé dans plusieurs Etats de la Chrétienté de tenir compte de cette différence qui a fait éprouver à l’Europe les graves perturbations auxquelles elle est encore en proie aujourd’hui […] donner une Constitution, c’est renverser l’Etat jusque dans les derniers fondements sur lesquels il repose et en dernier résultat, c’est lui donner des phrases au lieu de la réalité ; car nul ne peut donner ce qui n’existe pas […] C’est grâce au soin qu’a mis feu l’Empereur François à respecter les différentes nationalités dans la Monarchie, à consulter en toute occasion les véritables besoins de ses peuples sans s’en laisser imposer par des phrases sonores, que ce souverain a pu aussi bien réussir à conduire les pays réunis sous son Gouvernement à travers un demi-siècle de folies et les faire sortir contents, riches et prospères, des luttes dans lesquelles les malheurs du temps les avaient engagés. […] Il n’a été fait aucun changement aux règles fondamentales du Gouvernement ; pendant que dans une grande partie de l’Europe, les Etats ont été bouleversés de fond en comble, les bases de l’ordre social ont été renforcées en Autriche […] L’événement a prouvé qui de l’Autriche ou des autres pays a eu raison. »

« L’Autriche vit de principes, la France tourbillonne dans les théories et les convoitises ».

« L’Autriche vit de principes, affirme Metternich en 1859, la France tourbillonne ou s’égare dans les théories et les convoitises ; rien dans les deux pays n’est arbitraire. » [10] Il voulait dire : rien de ce qui y arrive. Le verbe allemand schwärmen - que nous traduisons par tourbillonner – est ironiquement expressif, car il veut dire essaimer, et il s’agissait bien d’un essaim, emblème du Napoléonisme. L’Autriche, en son principe même, se confond avec la souveraineté monarchique étant, à parler métaphysique, un agrégat et non pas une substance homogène.

Dans une réflexion sur les principes suprêmes du gouvernement, il écrit : « La monarchie repose sur le concept de la souveraineté personnelle comme le point de départ de la perfection du droit et de la puissance tout comme le concept de souveraineté populaire conformément à la forme républicaine de l’Etat doit servir de fondement. Etant donné que le concept de la dernière de ces formations n’est pas applicable à l’Empire autrichien, celui-ci est déjà fondé sur la non-présence d’Un peuple autrichien.

Il n’existe pas un pareil peuple ; l’Empire autrichien est un agglomérat de « peuples » de différentes races, qui dans l’union forment l’« Empire ». Si un souverain personnel peut dominer sur différentes ethnies, on ne peut pas s’imaginer une souveraineté populaire sur d’autres souverainetés de même espèce et de même origine. » [11]

Le caractère tenace [12] du prince de Metternich peut lui aussi s’identifier à la force de ce principe autrichien de vitalité, dont l’Ambassadeur au nom prestigieux, Madame Eva Novotny nous a dans sa conférence évoqué un legs précieux à considérer encore, celui du rapport personnel liant les paysans du Tyrol au Souverain ; de façon analogue, le ministre Metternich a aussi chargé l’ambassadeur à Paris, le comte Apponyi de faire valoir cette réalité du Volksinn (un mot favori du prince, pour dire le « sens du peuple ») destinée à faire échec aux utopies à faire échec aux utopies des partis aristocratiques et démocratiques polonais de l’émigration. « Au nombre des institutions de notre empire, les plus riches dans leurs produits, il peut me suffire de m’attacher à celles connues sous le nom de l’Urbarium et aux lois, qui régissent l’administration de cercles (Kreisämter). Leur action directe et réciproque place la couche inférieure de la population sous la protection immédiate du Souverain, qui par cela même est la gardien des droits des paysans et de la tranquille jouissance de leurs propriétés. Par suite de ce fait, le peuple, loin de jamais suspecter ni les intentions du Gouvernement à son égard, ni celle des agents immédiats de l’autorité souveraine, les envisage, au contraire, comme les véritables protecteurs de ses droits, de son repos, de ses paisibles jouissances. Il n’existe pas une autorité plus généralement respectée que celle des capitaines dans leurs cercles ; l’événement vient de le prouver. A de notables et honorables exceptions près, les classes supérieures de Galicie, étaient dévouées à la cause de la révolution : c’est le peuple qui vient de faire justice des conspirateurs. » [13]

Reprenant une pensée de saint Augustin, tirée du livre XIX, §.23, de la Cité de Dieu, il demande ce que c’est qu’une démocratie sans le peuple. Le Père de l’Eglise d’avertir, en effet, « quia res populi non est, ubi ipse populus non est » « parce qu’il n’y a pas de république, là où le peuple lui-même n’est pas ». Tel est l’axiome augustinien de la philosophie politique de Metternich auquel répond cet autre, que la paix véritable est le repos de l’ordre : « pax omnium rerum, tranquillitas ordinis ». L’ordre, écrit le saint : « c’est la disposition des êtres égaux et inégaux désignant à chacun la place qui lui convient » : « ordo est parium dispariumque rerum sua cuique loca tribuens dispositio. » (§13).

Ce dernier axiome, répété par le prince, l’autorise à déclarer vaine toute autorité politique, par exemple, qui n’est pas affermie par une paix sociale. Il s’en ouvre à la nièce du duc de Wellington Lady Westmoreland, née Lady Priscilla Wellesley, datée de Vienne, le 24 mais 1856 à propos du Traité de Paix de Paris mettant fin à la guerre de Crimée entre la Russie d’une part, la France, l’Angleterre, la Sardaigne et la Turquie de l’autre. "La paix est faite. Vous savez que j’attache une grande importance à la justesse des mots, afin que vous ne vous trompiez pas sur la valeur que j’attribue au mot de paix, dites vous avec moi que toutes les situations sont un composé à plusieurs éléments".

« La paix » a écrit saint Augustin « c’est la paix de l’ordre ». La paix du jour est-elle celle de saint Augustin ? Je me permets des doutes sérieux à cet égard. Deux éléments composent la situation actuelle : l’élément social et l’élément politique. L’un comme l’autre reposent sur la base des principes, et la différence qui existe entre eux c’est que l’élément social embrasse l’humanité toute entière, tandis que l’élément politique admet dans son application pratique une foule de nuances. La paix du jour satisfait-elle aux conditions voulues de la réalité ? Les canons sont rentrés dans les arsenaux et les vaisseaux dans les ports ; la paix politique est donc signée et faite. En est-il de même de la paix sociale ? Or, entre deux, cette paix l’emporte dans sa valeur sur l’autre. L’Europe n’est pas encore en possession de la paix véritable.

Nous trouvons chez le prince de Metternich une appréciation analogue à celle du maître du pays de Bade cité plus haut et tant décrié [14], de la superficialité de l’attention publique. Son inconséquence, écrit-il à l’ancien président de la chambre des finances, et l’un des deux commissaires fédéraux autrichiens à la Diète Germanique et Parlement de Francfort, Karl Friedrich Kübeck, baron de Kübau, le 31 décembre 1849, de son exil bruxellois, est de faire peser sur les forces d’une simple individualité le poids d’une situation. Ainsi se forge, par quelque compensation, la fiction d’un prétendu système, flatteur du goût métaphysique et écarté par d’autres : « tel est ce siècle de phrases », comme il l’écrit à son fils Victor, mort dans la fleur de l’âge, diplomate à Paris.

« Sur moi, c’est-à-dire sur mon humble personne l’Histoire ne se trompera pas, il en doit être autrement avec le jugement qu’elle aura à porter sur la coterie des hommes qui cherchent le progrès dans un recul constant. Les promoteurs de pareils progrès peu profitables ont bien cru avoir fait une importante découverte en désignant les lois sur lesquelles le progrès du mauvais au bon et du bon au meilleur peut reposer, par les mots de « système de Metternich ». Tient à la nature des systèmes la facilité de leur écartement par d’autres systèmes : la même facilité n’offre pas l’écartement des choses. Aurais-je représenté un système, celui-ci aurait avec moi quitté la place dans notre Reich et en Allemagne. Il me semble que ce n’a pas été le cas. » [15]

Comme échantillon d’une inimité doctrinaire vouée au bienveillant noble Rhénan élevé au rang de prince autrichien [16], nous citerions volontiers le propos apostat d’Edgard Quinet, tiré de sa correspondance datée du 6 mars 1837 d’Heidelberg, avec sa mère : « En dernière analyse, comme disait mon grand-père, je fuis plus en plus l’esprit tudesque. Comme agrément, vous savez ce qu’il est, comme utilité sociale il mène droit à Metternich. Voilà de quoi je me suis aperçu à temps ». [17]

Et que nous opposerions à cet autre jugement formulé en 1511 par Jérôme Aleander, chef de la Bibliothèque du Vatican, helléniste en Sorbonne, légat du pape Léon X auprès de Charles Quint :« At Germania virtutis unius amore commota semper novi aliquid quaerit, unde sibi potius gloriae comparet quam lucellum […] in communem gentium usum laborat, artes veteres illustrat, novas invenit. » [18] « Mais l’Allemagne saisie par l’amour de la seule vertu cherche toujours quelque chose de nouveau, d’où elle retire plus pour elle de la gloire qu’un bénéfice […] travaille pour l’utilité commune des nations, relève les techniques anciennes, en découvre de nouvelles. »

Cet éloge a-t-il vieilli ? Demandez aux peuples ! A cette Chine qu’un hadith du noble Prophète cite comme pays où l’on doit aller chercher à s’instruire, et elle-même vers qui se tourne-t-elle aujourd’hui, comme le globe sur son axe ? Aleander et Mahomet, peut-on l’imaginer pieusement, en conviennent à la cour de Dieu, avec des Metternich anciens ou modernes, et cela clôt toute dispute !

Gallicanisme et cathollicisme, marque de deux natures ! L’une est teintée d’idéologie, eût dit Metternich, l’autre candide. Dans sa lettre confidentielle au comte Apponyi, du 14 août 1835, il donne par ailleurs ce commentaire : « Le pire des despotismes est celui de la doctrine, non seulement parce qu’il est lourd, mais parce qu’il étouffe le bien, tout en ménageant constamment le mal. Il vit de ruse et d’habileté mesquine, il agite tout et n’assied rien ; il chatouille au lieu de frapper ; il nargue, il émeut, il blesse et il exalte au suprême degré les passions qui font le malheur du jour. »

Vingt ans après cette réflexion, en soutenait la définition que donne le juriste et diplomate Juan Francisco Maria Donoso Cortez, marquis de Valdegamas [19] « De l’esprit révolutionnaire dans le Parlement » le prince de Metternich insiste, à l’adresse de son correspondant, le nonce apostolique Viale Prela, dans une lettre qu’il lui envoie de sa propriété de Königswart en Bohème [20] et embelli le 18 août 1856, que « ce qui se trouve au fond de la pensée, c’est l’abaissement de l’autorité, quels que soient sa source et besoins dans toutes les directions. Ce n’est pas l’adage radical : ôte toi de là que je m’y mette, c’est une prétention plus mitigée : fais moi place à côté de toi ».

Ce que nous avons qualifié de ton metternichien insupportable aux doctrinaires blancs et rouges qui refusent la perfection de l’homme politique, sa qualité de « rocher de l’ordre » (Metternich au baron de Hübner au soir de sa vie), touche à l’existence. Il suffit, pour s’en convaincre clairement, de se reporter à la lettre écrite le 7 août 1835 :« Les républicains sont des adversaires pleins de franchise et de bonne foi ; on peut dès lors les combattre en champs clos. Les doctrinaires échappent au combat. »

Et comme Platon suivant la trace du sophiste et incapable de le retenir, mais d’un tranchant plus ferme ou décisif - Entscheidungsvoll eût dit Schiller- : « On ne sait où les trouver à force de vague dans leur existence : ce sont des adversaires incommodes et des amis dangereux, et chaque jour fournit des preuves de cette vérité. Ils sont, en dernier résultat, les représentants véritables de l’état de chose actuel, - de cet état qui n’est ni la vie ni la mort, ni le triomphe ni la défaite ; qui prépare au corps social des crises effroyables et rend impossibles les calculs les plus ordinaire. »

Deux conclusions se peuvent tirer de cette exposition du Nihilisme européen, l’une touchant à la méthode historique qui se propose d’enclore l’état de choses ou, à parler simplement, de donner un concept historique. Elle est au mieux formulée dans une réflexion adressée de Vienne, le 4 avril 1857 à Lady Westmoreland :« Ce qui n’est pas arrivé à un terme précis n’est pas fini, tandis que l’épisode après lequel la toile est tombée peut être raconté, apprécié et jugé. Dès lors l’histoire de la révolution de 1789 ne peut être écrite, parce qu’elle n’est pas encore arrivée à son terme, malgré les soixante-huit années de sa venue au monde, tandis que certains épisodes du grand drame sont à la disposition des historiens sérieux. »

L’autre, a trouvé la formulation la plus concise, soutient la prudence naturelle par la patience même de la vérité ; l’image du rocher, définition, nous le savons, de l’homme d’Etat, indique aussi la situation de la vérité elle-même : « Les vagues viennent se briser contre le rocher…  », « … le rocher ne s’avance pas pour briser la lame. ». [21]

Enoncer des vérités, en faisant appel au « sens commun » et terre à terre et « rien de plus » est toute la philosophie du prince de Metternich, son collaborateur et secrétaire protestant Friedrich von Gentz – qui fut correcteur d’épreuves au service du philosophe Kant - mérite d’être cité sur ce point de la philosophie [22] , car il donne une idée réelle de la sagesse à laquelle n’avait point été encore inoculée cette « Infektionskraft der französischen Revolutionsidee » [23] , que nous trouvons chez tous ceux qui, pour reprendre un mot de Metternich sur lui-même, - se veulent une borne de la raison.

Le prince de Metternich écrit à Dorothea, princesse de Lieven, née Beckendorff, en 1819 :« Mon amie, tu aimes aujourd’hui une borne ; elle est placée tout exprès là où elle se trouve pour arrêter ceux qui courent trop fort et à contresens ; les coureurs la heurtent, ils la maudissent, ils jurent contre ce qu’ils appellent un obstacle : la borne a l’air de ne pas de douter des coups qu’elle reçoit ; elle ne bouche pas car elle est bien lourde. Voilà la fin du mot, le tableau le plus exact de mon être, il n’y a dans ce tableau ni erreur ni couleur renforcée… »

La pétrification (Versteinern) dit le chevalier de Gentz, de ceux qui construisent pour rompre un cours naturel des choses, ne saurait endiguer le flux originel de la valeur négative d’une saine philosophie, laquelle est le refus du désordre, et non pas fiction de systèmes, pour ainsi dire, épidémiques !

C’est là une position des choses qui est, comme chez son maître Metternich, un respect des principes [24]. A l’adresse de ces sectaires et assimilés, stérilisateurs du génie du philosophe, -ce que l’on appellera les « néo-kantiens »- Gentz observe : « Mais ce n’était purement et simplement que la faute de ceux qui dans leur stupidité et lourdeur renversaient le caractère négatif de cette philosophie en un de positif, ou mieux, pétrifiaient la fluidité originelle de celle-ci. » [25]

Les grands hommes conservent une origine ; les médiocres s’en vêtent, les révolutionnaires la nient. Que cette attitude fût indéchiffrable ; que le calme de Metternich pût passer en son temps pour de l’apathie, que ce susdit « caractère négatif » de la saine raison et non pas son absence ou son débordement (chez des hommes « en démence ») échappe encore à ceux qui confondent regieren (gouverner) et verwalten (administrer), à savoir qui ne distinguent pas entre les choses et les formes, nous en avons trace dans la dissipation par le chevalier de Gentz des préjugés implantés par l’« attention publique » étrangère à toute profondeur !

« Le comte Metternich est un de ces caractères qui sont d’autant plus difficiles à déchiffrer qu’on s’imagine pouvoir les saisir plus aisément au premier coup d’œil. Il y a dans sa finesse une profondeur qui échappe même à des yeux exercés et sans son calme quelque chose d’impénétrable qui cependant doit porter au doute les esprits passionnés. » [26]

Quelque nécessité nous oblige, au cœur même d’une légende rhénane, de pousser l’allégorie dans les terres ancestrales des Metternich, à Rusdesheim, au pied du Niederwald, dans le Rheingau, lieu de vendanges tardives où est le domaine du Johannisberg am Rhein, donation en fief autrichien de l’Empereur François, le 1er juillet 1816. Les invités, écrit Metternich à Thiers, sont priés de déposer les ismes à la porte du château !

Le taureau rhénan.

La joie populaire affirme plus de vérités historiques en célébrant au « Metternischer Hof » ancien de Rudesheim l’esprit du Sekt (Champagne) que les cerveaux gris usant de la fantasmagorie bâtie sur le nom de Metternich ! Au château de Johannisberg (propriété de 40 hectares à 113 m au-dessus du Rhin, dont Napoléon fit donc au maréchal Kellermann) sont -note la princesse Mélanie- les cornes du taureau qui découvrit en frappant la terre, une image de la Vierge (die Jungfrau von Notgottes) au temps du chevalier Broemser [27]. Ce fut l’effort metternichien que de fouiller ainsi un sol entièrement recouvert par la lave révolutionnaire, en homme de science qui avait quasi achevé sa formation médicale et hospitalière : « j’ai vécu dans les hôpitaux et les salles d’anatomie », écrit-il le 1er mars 1819 à la princesse Dorothée de Lieven.

Le taureau rhénan de la légende passe celui de Voltaire, dont le conte de 1773, le Taureau Blanc, est, du reste, puisé à une autre source que la nôtre, encore que le prince de Metternich se délectât de la lecture du satiriste [28] ; mais le mot de Lord Chesterfield [29], qui connut Montesquieu et Voltaire, résume toute la réflexion politique de celui qui, issu d’une famille de princes d’Empire ( von Reichsständischer Geburt, de condition impériale par naissance) comptait trois princes électeurs dans son lignage ( Mayence et Trèves) :« Vous et vos parlements vous pourrez bien faire encore des barricades mais vous ne sauriez élever des barrières. » [30]

Qu’est-il de plus besoin d’allégoriser la personne de Metternich avec l’image du taureau Blanc ? Irons-nous jusqu’à recueillir les éléments du ciel de naissance, du 15 mai 1773 à Coblence, où l’église Saint Castor sur le quai du Rhin, possède les armes de la lignée des Metternich, qui sont trois conques noires en argent (in silber drei schwarze Muscheln). Y ajouterons nous son goût si publié de la couleur rouge que le nonce apostolique s’y méprit en lui apportant la proposition du Saint Père d’accepter la pourpre cardinalice, selon son souhait ? Cependant la vénusté de l’homme d’Etat ainsi dépeinte par la voyageuse anglaise Frances Trollope :“in his light blue eyes there is a character of deep and earnest thoughtfulness that is exceedingly remarkable.” [31] évoque bien la légende de ce taureau d’une grande beauté offert par Neptune au roi de Crète et enclos dans un pâturage au lieu d’être sacrifié à l’ordre divin soutien de l’Empire ; son destin ne figure-t-il pas celui qui fut écarté par la courte vue contemporaine ?

« Je suis né socialiste dans le véritable sens du mot ; j’ai toujours regardé la politique comme un objet de luxe en face des dangers sociaux, et ce n’est pas ma faute si je n’ai rencontré que peu de soutien dans la direction que suit mon esprit et qu’a suivie mon action. » [32]

Metternich a vu dans l’absence de gouvernement –ce qu’il appelle Nichtregieren -, dans le manque de simplification des choses le mal essentiel : « das Hauptübel » écrit-il au comte Hartig en date du 2 avril 1848, d’Arnheim, «  lag im Nichtregieren », « et sa cause en était la confusion de l’administration et du gouvernement », (und dessen Ursache war die Verwechslung des Verwalten mit dem Regieren) « partout où ce fait a lieu, les Empires se soutiennent tant bien que mal à la surface (en apparence) ». [33] « La force non dépensée – car elle sait constamment se frayer un chemin – descend alors de la couche la plus haute pour tomber dans les plus basses, et là se constitue dans la destruction de tout ce qui existe légalement. Ceci est en bref l’image de notre histoire. » [34]

« Qu’un mouvement anormal (abnorme Bewegung) se produise alors dans la couche qui s’est emparée du terrain du gouvernement laissé vide (consciemment ou inconsciemment, ajoute le prince, ne fait rien à l’affaire), l’agrégat se décompose selon une loi naturelle »(« im naturgemässen Verlauf der Dinge liegt dessen Zerfallen in Teilen. ») Il est privé en effet, à user d’images leibnizienne, de la force interne (vis interna) d’une substance simple !

La faute de Minos – du Minos autrichien – est l’absence d’Entschlossenheit [35] (« apporte l’être du là à l’existence de sa situation, soit en allemand jouant sur le mot « être-là » (Dasein) signifiant l’existence,-par exemple pour dire l’existence de Dieu (Dasein Gottes), « bringt das Sein des Da in die Existenz seiner Situation ») [36]. Que l’irrésolution soit le « mal autrichien » diagnostiqué par le praticien du corps social (comme Metternich se désignait), nous en trouvons l’écho chez une fille de Graz, - née en août 1895 - la baronne Imma von Bodmershof [37], née von Ehrenfels qui écrivait à notre intention - et je reconnais ce mal d’Essertines-sur -Rolle, dans le Jura suisse, le 14 Mars 1979. Inoubliable amie à l’âme et au cœur si pur, qui brillait physiquement au crépuscule de sa vie ! On a publié d’elle une correspondance avec Heidegger, dont l’épouse Frida, lui était très attachée. Elle nous présenta son frère Omar v. Ehrenfels dont elle a écrit une courte biographie, notamment sur son cheminement vers la foi islamique, attirance de sa prime jeunesse quand il dessinait des mosquées turques d’Albanie vues dans les journaux ! « On dit toujours que c’est un mal autrichien que les gens y ont trop de dons et d’intérêts et se tiennent éloignés de suivre conséquemment une ligne et donc d’atteindre à quelque chose. » (« Man sagt immer, es sei ein osterreichische Übel, dass Menschen zu viele Begabungen und Interessen haben und sich davon abhalten lassen, eine Linie konsequent zu verfolgen und damit etwas zu erreichen ».)

Vie de Metternich.

Né le 15 mai 1773 à Coblence, de haute noblesse rhénane, le comte étudia avec son frère le droit, à partir du 12 novembre 1788, à l’université de Strasbourg, Mayence et Vienne. Juriste, de formation scientifique et médicale très poussée, il épouse en 1795 la petite fille du Chancelier Kaunitz. Ambassadeur d’Autriche à Dresde en 1801, ambassadeur à Berlin en 1903, à Paris en 1906. Après la défaite autrichienne de Wagram, Metternich revient en Autriche où il succède, le 8 octobre 1809 au comte Stadion, comme ministre des Affaires Etrangères.

Ayant œuvré au mariage de Napoléon avec Marie-louise, puis ayant fait mine de participer à la campagne de Russie par l’envoi d’un corps expéditionnaire, Metternich, à l’été 1813, met l’épée de l’Autriche dans la coalition contre Napoléon. Quoique désireux de conserver Napoléon sur le trône de France, il se décide, dans le cours de la guerre pour le retour des Bourbons. Il renonce à l’annexion de l’Alsace et réorganise l’Europe au Congrès deVienne de 1813.

En avril 1814 par amitié et respect pour la Bourgogne, lui et son maître l’Empereur François refusèrent une escorte militaire pour entrer dans Dijon. Les deux voyagèrent comme des bourgeois en chaise de poste, au risque d‘être capturés par la troupe armée des Français. En mai 1821, le comte de Metternich, fait prince au surlendemain de la bataille de Leipzig, devient chancelier (Haus-Hof- und Staatskanzler). Le 13 février 1825, le décision de la Diète Germanique permet d’accoler à son titre de prince l’épithète de Durchlaucht (Altesse sérénissime). En Allemagne la politique du prince de Metternich fut soutenue par le Roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III [38]. La mort de l’Empereur François –le Kaiser Franz si populaire encore en Autriche ! -en 1835 le priva d’un fort soutien. Le 13 mars 1848, Metternich offrit sa démission et s’exila volontairement en Angleterre. En Novembre 1849, il revint à Bruxelles et en septembre 1851 fut de retour à Vienne. Il décède le 11 juin 1859, treize jours avant la défaite de Solférino, dans sa villa de Rennweg, près de Vienne, à midi.

Notes

[1] ISBN 2-905965-19-3-ISSN 0998-1640

[2] Metternich, dépêche diplomatique au baron de Stürmer, ambassadeur d’Autriche à Constantinople, datée de Vienne, le 3 décembre 1839.

[3] L’un des deux personnages du dialogue d’Arthur Schopenhauer « Sur la Religion » (« Über Religion ») (second volume des Parerga et Paralipomena 1851) Demopheles remarque l’influence bénéfique de cette paix plus que trentenaire sur les productions de l’art et de l’esprit : « dans la paix qui s’en est suivie de plus de trente ans le loisir et le bien-être favorisent l’édification des sciences et l’élargissement des connaissances de manière rare. (in dem darauf folgenden mehr als dreissigjährigen Frieden hat Musse und Wohlstand den Anbau der Wissenschaften und die Verbreitung der Kenntnisse in seltenem Masse befördert) op. cit. Kleine philosophische Schriften, zweite, verbesserte und beträchtlich vermehrte Auflage, au dem handschriftlichen Nachlasse des Verfassers herausgegeben von Dr. Julius Frauenstädt, Berlin, Druck und Verlag von A.W. Hayn-1862, page 371.

[4] Voir la lettre à l’ancien avocat de la couronne d’Angleterre, son ami, le publiciste et juriste, Travers Twiss, datée sans autre précision de 1859.

[5] « Politik ist ein ominöses Wort », lisons-nous dans une courte dissertation.

[6] “ Die Politik ist die Wissenschaft der Lebensinteressen der Staaten in der höchsten Sphäre. Da jedoch ein isolirter Staat sich findet oder auch in den Abstractionen sogenannter Philosophen, so hat man immer die Gesellschaft der Staaten, diese wesentliche Bedingung der gegenwärtigen Welt, im Auge behalten.”

[7] “Die grossen Axiomen der politischen Wissenschaft gehen hervor aus der Bekenntnis der wahrhaftigen politischen Interessen aller Staaten”, Autobiographische Denkschrift, 1844.

[8] Was heisst Denken  ?, Martin Heidegger, Dritte, unveränderte Auflage, Max Niemeyer Verlag, Tübingen 1971, Erster Teil. Die Vorlesung im Wintersemester 1951-1952.

[9] “Inter-esse heisst : unter und zwischen den Sachen sein, mitten in einer Sache stehen und bei ihr bleiben. Allein für das heutige Interesse gilt nur das Interessante. Das ist solches, was erlaubt, im nächsten Augenblicke schon gleichgültig zu sein und durch anderes abgelöst zu werden, was einen dann ebensowenig angeht wie das Vorige. Man meint heute oft, etwas dadurch besonderes zu würdigen, dass man es interessant findet. In Wahrheit hat man durch dieses Urteil das Interessante bereits in das Gleichgültige und alsbald Langweilige abgeschoben.” Martin Heidegger op.cit. page 2.

[10] “Österreich lebt von Principien, Frankreich schwärmt in Theorien und Gelüsten ; nichts in den beiden Ländern ist willkürlich.”

[11] ”Die Monarchie ruht auf dem Begriff der persönlichen Souveränetät als dem Ausgangspunkte der Rechts-und der Machtvolkommenheit wie der Begriff der Volkssouveränetât der republikanischen Staatsform naturgemäss zur Grundlage dienen muss. Dass der Begriff der letzteren dieser Gestaltungen nicht auf das österreichische Reich anwendbar ist, dies ist bereits im Nichtvorhandensein Eines österreichischen Volkes gegründet.”

[12] « Je ne connais pour ma part que la vie et la mort et comme leur milieu la santé ; la langueur comme leur milieu m’est antipathique. » Ich für meinen Teil kenne nur das Leben und den Tod und als deren Mitte die Gesundheit ; das Siechtum al deren Mitte ist mir antipathisch.… »

[13] Metternich à Apponyi, à Paris, dépêche de Vienne, le 7 mars 1846, Mémoires, documents et écrits divers ; Paris, Plon 1883, tome VI, nr.1543, p.198.

[14] On pourrait adresser à la mémoire d’Heidegger –qui fut engagé volontaire pour une brève période dans l’artillerie à la bataille de Verdun- ce vers du roi de Prusse « Etre blessé du monstre est un mal incurable », Cf. Epitre dix-neuvième au général Bredow : Sur la Réputation. Œuvres du philosophe de Sans-Souci, Neuchâtel, tome III. 1760 nouvelle édition (la première de 1750 est imprimée au Donjon du Château de Sans-Souci), p.330.

[15] “An mir, d.h. an meiner Wenigkeit wird die Geschichte nicht irre werden, anders muss es mit dem Urteil stehen, welches sie über das Gelichter der Männer, die in steten Rückschritten das Vorschreiten suchen, zu fallen haben wird. Die Beförderer solch’ ungedeihlicher Fotschritte heben wohl geglaubt, eine herrliche Erfindung gemacht zu haben, indem sie die Gesetze, auf denen das Vorschreiten des Schlechtens zum Guten und des Guten zum Besseren allein zu ruhen vermag, mit dem Worte ‘Metterni’ sches "System" bezeichneten.

[16] Elévation à l’état de prince autrichien avec signature impériale faite à Rötha, en Saxe, –petite ville près de Leipzig qui fut en octobre 1813 le siège des princes coalisées contre Napoléon- le 20 octobre 1813 (le surlendemain de la bataille de Leipzig) : « Je désire par ce décret encourager l’exemple du père et les services que vous rendez à Moi et à l’Etat, aussi dans un avenir très éloigné dans votre descendance en souvenir du premier et dans l’avenir même pour la même emploi pour le meilleur de la monarchie, François, (Ich wünsche durch diese Verfügung das Beispiel des Vaters und die Dienste welche Sie Mir und dem Staate leisten , auch in entfernste Zukunft bei Ihren Nachkommlingen im Andenken zum ersteren und selbst zu gleicher Verwendung zum Besten der Monarchie anzueifern. Franz). Son père Franz-Georg-Karl, né le 7 mars 1746 et décédé le 11 août 1818, fut Ministre plénipotentiaire de Sa majesté Royale et Apostolique au Conseil Souverain de Brabant de 1791 à 1794, Commissaire Principal Impérial au Congrès de la Paix de Rastat de 1797 à 1799, et le titre de prince d’Empire lui fut accolé en 1803.

[17] Œuvres complètes d’Edgard Quinet, Correspondance, lettre à sa mère, tome 2, Paris, Guermer- Baillère, 1877, page 264.

[18] Cité en note page 150 du tome II de son œuvre monumentale en 8 volumes sur l’Allemagne et la Réforme par Johannes Jansen protonotaire apostolique, l’élève ecclésiastique du célèbre érudit francfortois Bodmer. A sa lecture, Nietzsche s’est désabusé de certaine haute idée formée de Luther à Peter Gast, Naumburg (5 octobre 1879) « die Nachwirkung einer mächtigen Materialsammlung. Über ihn, auf die mich Jakob Burckahrdt aufmerksam machte. Ich meine Janssen,Geschichte des deutschen Volkes,Band II, in diesem Jahr erschienen (ich besitze es). Hier redet einmal nicht die verfälschte protestantische Geschichtskontruktion, an welche wir zu glauben angelernt worden sind. ».

L’effet d’une puissante collection de matériaux sur lui à laquelle Jacob Burkhart m’a fait prêter attention. Je veux parler du tome second de l’Histoire du peuple allemand de Janssen, paru cette année (je le possède). Pour une fois on n’y parle pas de la construction faussée de l’histoire protestante, à laquelle nous sommes endoctrinés de croire.

[19] Né le 6 mai 1809 à El Valle en Estramadura décédé à Madrid comme ambassadeur d’Espagne. Il avait été en poste à Berlin en 1849 et fut aussi professeur d’Esthétique au collège Caceres.

[20] Un bien familial du XVIIème siècle, non loin de Marienbad - comme Saint-Cloud de Paris, précise-t-il, lieu de pèlerinage à cause des reliques envoyées par le Pape Grégoire XVI et de la Grande Croix par l’architecte italien Nobile, là où sont vingt-deux sources d’eau thermale, dont deux principales portent les noms de ses fils Victor et Richard.

[21] Dépêche diplomatique du compte Apponyi à Paris, du 12 octobre 1835. Ainsi est décrite la réserve des trois souverains, le roi de Prusse, son compagnon de la campagne de 1813, Frédéric Guillaume III, l’Empereur d’Autriche Ferdinand Ier et le Tsar de Russie Nicolas Ier, après leur entrevue de Teplitz.

[22] Né à Breslau, le 2 mai 1764 et décédé à Weinhaus près de Vienne, le 9 juin 1832, familier à Königsberg de son maître de philosophie, le professeur Kant et son correcteur d’épreuves, son critique avisé aussi, qui fut Kriegsrat (conseiller à la guerre, 1793) en Prusse, Hofrat (conseiller de cour), près la Chancellerie impériale d’Etat (1802), surnommé, comme on sait Feder Europas ( plume de l’Europe). Il fonda en 1818 les Wiener Jahrbücher der Literatur. Gentz fut chef du protocole au Congrès de Vienne, il a traduit de l’anglais l’ouvrage de l’irlandais Edmund Burke, son coreligionnaire, sur la Révolution française de Mallet du Pan, etc. auprès du prince de Metternich un autre collaborateur, de haute noblesse, est à mentionner : le comte Karl Neponuk Gabriel von Clam-Martinicz, juriste, diplomate et militaire, General-Major (1830) et Hofkriegsrat, né le 23 mai 1792 à Prague et décédé le 29 janvier 1840.

[23] Expression d’Adolf Hitler au Congrès de Nuremberg, dénommé « Congrès de l’honneur », Parteitag der Ehre, 9, 9, 1936.

[24] “…Dinge, welche ihrer Natur gemäss von selbst verstanden werden, ihre Kraft verlieren, wenn sie in der Form willkührlicher Anordnung eingekleidet werden !” Des choses qui sont d’elles-mêmes comprises conformément à leur nature, perdent de leur force si elles sont habillées sous la forme d’une ordonnance arbitraire… (So verändert sich die Sache in ihrer Wesenheit), ainsi s’altère la chose dans son essence. (Die Nichtresponsabilität der Könige, La non responsabilité des Rois)… Aus Metternichs nachgel. Papieren, 8. Wien 1884, S.557

[25] « Aber das war ja bloss die Schuld derer, die den negativen Charakter dieser Philosophie in ihrer Dummheit und Plumpheit in einen positiven verkehrten, oder besser, die ursprungliche Flüssigkeit derselben versteinerten ; in ihrem grossen und echten Standpunkten wird die Kantische Philosophie gewiss fliessend und leben, solanger er Köpfe gibt. » cité par Golo Mann dans son étude Friedrich von Gentz /Geschichte eines europäischen Staatsmannes, Europa Verlag Zürich/Wien,1047,402 pp. Erster Teil : Genz in Preussen, S. 25-26.

[26] « Les grands événements n’ont pas pu le tirer de son apathie ; il est, à ce qu’il paraît, blessé (beyond recovery). » Madame de Stael à August Wilhelm Schlegel, 30 août 1813.

[27] Clément m’a amené à Rüdesheim. Nous avons visité l’église dans laquelle se trouvent les vieux tombeaux des Metternich, puis l’image qui a été déterrée par un taureau, (Clemens führte mich nach Rüdesheim. Wir besichtigten die Kirche, in der sich alte Grabmäler der Metternich befinden, dann das Bild, welches von einem Steier ausgegraben wurde.”)(Aus dem Tagebuch der Fürstin Melanie,1839).

[28] Selon le témoignage de sa troisième épouse « full of animation and intellect » rapporte d’elle l’anglaise Frances Trollope, la princesse Mélanie, née de noblesse hongroise Zichy-Ferraris et dont la tante Caroline Zichy fut religieuse au couvent de la Visitation à Bruxelles (où sera précisément élevée la jolie Magda Goebbels, née le 11 novembre 1901- qui devait mourir par suicide le 1er mai 1945 avec ses six enfants pour échapper au supplice soviétique - ; pensionnat aux frais de son père naturel Ritschl avant que sa mère, son ancienne employée de maison, n’épousât un industriel juif Friedländer, dans son journal du 6 juin 1831, l’année même de son mariage, le 30 janvier : « nach Tisch lasen wir Voltaire… », « après le repas nous avons lu Voltaire »

[29] Philip Dorner Stanhope, Earl of Chesterfield, né à Londres et qui y décéda, le 24 mars 1773, époux d’une fille naturelle de George Ier ambassadeur à La Haye (1728-1732), vice-roi d’Irlande « as lord lieutenant of Irland for a short period 1745-46, his administration was conciliatory and enlightened » (Robert Chambers, 1859), secrétaire d’Etat 1746-48, voir l’article « comte de Chesterfield » dans la biographie française de Michaud, collection préfacée par Charles Nodier qui a inspiré le prince de Metternich.

[30] Cité dans une lettre de Vienne du prince de Metternich au comte de Buol, le 2 juin 1858. La situation du comte Chesterfield, appliquée aux « foyers du mal dont Lord Chesterfield a si bien jugé la cause et prévu les produits dans les mots suivants qu’il a adressés à Montesquieu, le malencontreux fondateur de l’école anglaise dans son pays etc. » et tirée de sa biographie composée par son médecin, le docteur Matty.

[31] Vienna and the Austrians being an account of a journey through Swabia, Bavaria, the Tyrol and the Salzbourg, vol II,1839,London, Richard Bentley.

[32] Lettre datée d’Arnheim, le 31 mars 1848 ; du prince de Meternich à l’archiduchesse Louise, princesse de Bavière, mère du future Empereur François Joseph, qui lui rappelait, dans une lettre touchante, tout ce que l’Autriche lui doit « de beau, de grand, d’ineffaçable ».

[33] « ”Dort wo sich stattfindet, schleppen sich die Reiche auf der Oberfläche (im Anscheine) ungetrübt fort.”

[34] “Die nichtbenutzte Gewalt –denn sie weiss sich stets einen Weg zu bahnen- sinkt alsdann aber von der höchsten Schicht in die untere herab, und dort bildet sie sich im Umsturz des gesetzlich Bestehenden aus. Dies ist in kurzem das Bild unsrer Geschichte”

[35] D’un pays autrichien placé sous le signe de la Balance, d’après la tradition astrologique.

[36] Cf. Sein und Zeit, Etre et Temps, de Martin Heidegger, Max Niemeyer Verlag, 16ème édition,1986, Tübingen, p. 300.

[37] Prix national des lettres autrichiennes, liée à la famille Heidegger, par le souvenir de Norbert von Hellingrath, son fiancé, l’éditeur d’Hölderlin et commentateur de Pindare,- il fut aussi auditeur de la rue d’Ulm et tomba à Verdun. Elle acclimata le genre de Haiku nippons dans les lettres allemandes. Elle était la fille du philosophe Christian baron v.Ehrenfels.

[38] voir les résolutions de Karlsbad de 1809 et celles de la conférence des ministres à Vienne, en 1834

 
 
 
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