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Mère Alphonsine et les miracles de Jaffa de Nazareth, Jérusalem et Bethleem.

mardi 4 octobre 2011, par Pierre Dortiguier

Cette suite de la première dissertation sur la Congrégation arabe du Rosaire, est la biographie religieuse de la pieuse vierge de la nation Arabe qui répondit à la demande mariale explicite de constituer un ordre autochtone (indigène, watanniyya) de filles, à l’exclusion de toute autre origine amenée par quelque droit du sol, sur la Terre sainte dont cette race arabe a forgé la préhistoire, a pu dire un dirigeant du dernier siècle ; congrégation féminine exclusivement arabe, dans laquelle se reconnaît exclusivement la Vierge inspiratrice, ayant précédé donc et accompagné les efforts du cardinal italien et philosophe thomiste romain, Giuseppe comte Pecci (1807-1890) devenu Pape Léon XIII de populariser dans l’Eglise catholique, à partir de cette communication céleste, la pieuse pratique du Rosaire. Les miracles particuliers qui sont exposés avec précision et affectent la communauté et celles qui la fréquentent, témoignent d’une réalité mainte fois décrite, de façon univoque et précise, et qui échappe du reste plus à l’entendement qu’aux sens.

Dans la première dispersion en 1885 Mère Marie-Alphonsine fut envoyée à Jaffa de Galilée, à ne pas confondre avec le port de Jaffa, beaucoup plus connu. La localité du même nom est voisine du lac de Tibériade. Comme local : deux petites pièces. L’une servit d’école à trente-cinq fillettes, l’autre de chambre aux religieuses, avec juste la place de mettre deux lits ; le jour on en retirait un pour introduire une table.

La supérieure des Clarisses (du nom de sainte Claire, imitatrice de saint François d’Assise) de Nazareth eut pitié de ces deux religieuses si pauvres et leur envoya cent livres sterling pour faire construire deux autres pièces.

Avant de les inaugurer, les religieuses ont été bien près d’être chassées du pays. Nazira, une jeune grecque orthodoxe venue pour aider au nettoyage des nouvelles salles, tomba dans la citerne. Malgré les cris de sœur Catherine qui se trouvait là, appelant au secours, il se passa une dizaine de minutes avant qu’on puisse lancer une corde. La fillette revenue deux fois à la surface puis immergée, ne saisit pas la corde. Les habitants du village ameutés, maudissaient les sœurs, fixaient déjà le prix du sang à 6000 francs (or) et menaçaient de les expulser.

Sœur Marie-Alphonsine emmena les enfants à l’église du village, toutes récitèrent le chapelet, puis elle revint. Injuriée, renversée, blessée par un des hommes qui la maudissait, elle et son chapelet, elle arriva pourtant à jeter celui-ci dans la citerne, invoquant la Reine du Rosaire. Les gens se moquaient d’elle. « Voilà une heure que la petite est dans l’eau ; elle est certainement morte. » Sœur Marie-Alphonsine s’en retourna à l’église et récita encore un chapelet. Sœur Catherine faisait descendre un seau au fond de la citerne... La corde s’agita. On tire... Une tête... puis l’enfant debout, tenant le chapelet et la corde… Elle raconta ensuite : « Quand j’étais dans l’eau je sentis le chapelet tomber sur moi, j’ouvris les yeux et vis la citerne tout illuminée, me trouvant aussi à l’aise que dans mon lit. Autour de l’orifice j’aperçus un grand nombre de personnes et j’entendis une voix me dire : « Saisis la corde ». Je l’ai prise, et me voici remontée ».

Le miracle est ainsi rapporté par le Père bénédictin du Couvent de la Dormition à Jérusalem Benoît Stolz [1]. La petite Nazira et sa famille se firent catholiques, à la suite de cet événement extraordinaire, d’autres enfants aussi, et de même l’institutrice protestante et sa mère. Nazira racontait son aventure à qui voulait l’entendre.

Aussitôt lancée la mission de Jaffa en Galilée, sœur Marie-Alphonsine fut envoyée pour en fonder une autre, à Beyt Sahûr, auprès de Bethléem. Le dénuement était semblable, mais dura moins longtemps. Au début, une citerne trop petite obligeait à acheter l’eau qu’on leur apportait de la fontaine d’Otras. Le pain venait de Jérusalem, s’il n’était pas volé en route. Le mur de clôture était trop bas et n’empêcha pas une énorme hyène d’entrer en démolissant tout un pan. L’œuvre s’est pourtant développée rapidement, devenant une grande école.

Mais dès que la maison fut réparée sœur Alphonsine fut désignée pour Salt, cette fois à l’est du Jourdain. C’est la région que la Vierge Marie lui avait montrée en rêve, ainsi que le travail qu’elle aurait à faire auprès des habitants et des nomades chrétiens. A la fin de février 1887, elle arriva dans ce pays qu’elle reconnut. Très bien reçue dans ce qui n’était qu’un village, tout entouré de nomades, les quatre religieuses furent à même d’ouvrir presque aussitôt une école de 146 élèves. Les femmes du village formèrent une confrérie de 68 membres. Mais les nomades étaient dans une incroyable ignorance de la religion chrétienne, qu’ils professaient pourtant. Ils étaient venus pour Pâques. Les religieuses entreprirent une éducation des femmes, invitées chaque dimanche à prendre le petit déjeuner. Tâche imprévue, mais urgente : il fallut leur apprendre à ne pas courir se noyer dans les citernes ou se pendre, quand elles avaient une altercation avec leur famille. Sœur Marie-Alphonsine dut trouver la méthode d’approche et convaincre.

A peine les obstacles étaient-ils surmontés à Salt qu’on l’envoya à Naplouse, ville très musulmane, où elle avait à l’école une majorité de fillettes musulmanes, des grecques orthodoxes, quelques samaritaines et très peu de catholiques. Une atteinte de fièvre jaune l’obligea à quelque repos à la maison mère, à Jérusalem.

Mère Marie-Alphonsine venait d’entrer comme postulante chez les religieuses du Rosaire. Elle nous raconta une réplique du miracle de Jaffa de Nazareth dont elle fut alors témoin oculaire. Le juvénat était à la maison mère de Jérusalem. Parmi les postulantes, Mariam Azar, encore protestante, était fort susceptible. On avait déplacé son lit au dortoir, pour mettre plus près de la maison des novices, mère Emilie, celui d’une enfant malade ! Furieuse, elle renouvela le geste des bédouines en colère. Devant une fillette qu’elle avait emmenée elle se précipita vers la citerne, enleva la dalle très lourde « comme si c’était une feuille de papier », s’assit au bord de la citerne les pieds dans le vide : « Allez dire « au revoir » à Mère Emilie ! » Et, plouf ! dans la citerne. Il y avait quatre mètres d’eau mais la citerne était bien plus profonde. Il était huit heures du soir. « Ma mère, ma mère, Mariam est tombée à l’eau  ! » criait l’autre. Elle était menteuse ; on crut à une de ses inventions habituelles, personne ne bougea. « Mais Mariam est dans la citerne ! » criait-elle. Enfin on s’approche. Voyant que la dalle était enlevée, enfants, postulantes, tout le monde se mit à crier. Mère Hanné, supérieure générale, imperturbable : « Allez chercher une corde ». Mère Alphonsine, qui pensait au sauvetage de Jaffa, estimait le rosaire plus sûr que la corde. Elle dit avec une expression intense : « Mariam, Mariam, demandez pardon à Dieu. Dites un acte de contrition » et elle jeta dans la citerne le rosaire qu’elle tenait comme toujours à la main [2]. Mais mère Augustine maintient d’une manière absolue que c’était le rosaire de mère Alphonsine, lancée par elle-même. Mère Augustine nous l’a non seulement raconté, mais encore précisé par une note écrite de sa main. Elle était entrée dans la congrégation le 16 novembre 1908. On vit la citerne toute éclairée. Mère Alphonsine, au bord de l’ouverture, priait à genoux.

Une corde apportée en hâte suivit. C’était une corde fine, employée pour étendre le linge. On vit remonter Mariam avec le rosaire. Mais juste au bord, la corde glissa dans ses mains transies. On n’en avait pas d’autres. On sonne la cloche extérieure pour appeler aux secours. La famille de mère Marie-Alphonsine était voisine et l’entendit. Une postulante traverse le jardin, mordue par les chiens déjà lâchés pour la nuit, et arrive à la porte de la famille Danil Ghattâs. Le frère de Marie-Alphonsine apporte une grosse corde et la lance à tout hasard, car Mariam aurait dû être immobile depuis longtemps. Pourtant elle saisit solidement la corde, qui était cette fois lancée double, les deux bouts étant tenus en haut, tandis que la boucle lui était présentée. Elle portait toujours le chapelet. Son sauveteur, en la sortant précipitamment de l’eau, où elle balançait au bout du fil, n’évita pas la voûte de la citerne, qui la heurta violemment à la tête. Le choc ne lui fit pourtant pas lâcher prise et on la retira, le chapelet toujours à son bras. Le médecin, le docteur Mancini, de l’hôpital italien, un prêtre, le Père Berardo étaient là. Il était neuf heures, elle avait passé une heure dans l’eau froide - c’était le 30 janvier 1909 - on la pendit par les pieds pour lui faire dégurgiter l’eau, mais pas une goutte ne sortit. Plus tard, elle expliqua comment elle n’avait pas absorbé d’eau. Elle avait vu une lumière éblouissante dans la citerne, quand le rosaire y fut lancé. Il descendait en forme de cercle. Elle le saisit. Une dame habillée de blanc et rayonnante de lumière la prit par le bras, lui mit un mouchoir sur la bouche et la fit asseoir sur une colonne, la tête hors de l’eau. Or il n’y avait aucune colonne dans la citerne. Elle avait les pieds couverts de vase, et, dit-elle, je suis arrivée jusqu’au fond. Elle eut conscience d’avoir tenu le tuyau de la pompe avant que la citerne fût éclairée.

Malgré le froid. Mariam ne fut pas malade, mais elle n’y voyait plus. Tous les soins échouaient sur ce point lorsque le 2 février, au commencement de la messe de la Sainte Vierge célébrée ce jour-là, elle recouvra subitement la vue. [3] Depuis, Mariam récite toujours le rosaire à genoux, mais se refuse à tout récit de ses souvenirs. Elle est sœur du Rosaire, et considère qu’elle doit sa vocation à mère Marie-Alphonsine.

En 1892, la construction de la maison mère n’était pas encore achevée quand Dom Tannous tomba gravement malade. Mis au repos par un médecin, il alla à la mission de Zébaldé, où il mourut le 30 septembre en pleine lucidité et dans la paix de l’amour divin. Son corps repose maintenant dans la crypte de l’église des religieuses à Jérusalem. Mère Marie-Alphonsine put le revoir et causer longuement avec lui. Dans ce dernier entretien, elle lui confirma la vocation de souffrance qui lui avait été prédite, et qu’elle s’attribuait en faveur de la Congrégation du Rosaire. Dans une vision, le nom de Sœur Marie de la Crucifixion (c’est le dixième « mystère » du Rosaire) lui avait été donné. Une vie cachée et douloureuse était sa part, aussi elle se gardait bien de détromper ceux qui la lui faisaient vivre. Elle parlait si peu qu’aucun lien ne s’établissait avec elle. Même à Mère Hanné, sa sœur, si longtemps supérieure générale, elle ne dit jamais un mot des visites qu’elle avait reçues de la Vierge Marie. Elle était plutôt disgraciée physiquement, au contraire de sa sœur Hanné que tout le monde lui préférait. Un strabisme très marqué lui donnait un regard étrange, comme en dessous. Il créait des méprises.

Pendant son noviciat, celle qui devait devenir mère Augustine la rencontrait souvent, sans savoir que c’était la sœur de la Mère générale. Un jour, elle dit à la maîtresse des novices : « Vous avez une sœur très laide, mais malgré cela, elle a quelque chose d’angélique dans le visage. Je la vois toujours rayonnante ». Une autre fois elle dit encore : « Je suis gênée avec elle. Avant que j’arrive à la saluer, elle me salue. C’est toujours elle la première ».

Une novice mal élevée se figura qu’elle était aveugle et vint se moquer d’elle juste sous ses yeux. Mère Augustine lui faisait des signes désespérés pour l’arrêter. Confusion lorsque la coupable apprit qu’elle n’avait pas eu affaire à une aveugle. Mais sœur Marie-Alphonsine ne laissa jamais placer les excuses : «  Eh, les enfants…laissez les ; c’est leur temps maintenant ! »

Jamais elle ne s’est plainte. Personne ne peut se souvenir d’un mot de plainte de sa part. Elle ne disait jamais que les autres avaient tort, même lorsque c’était évident.

Mère Augustine, dès ses années de noviciat, la tenait pour une personne contemplative. Plus tard, elle pensa que, vivant dans le souvenir de ce qui n’était visible que pour elle, tout le reste lui paraissait insignifiant, « des jeux d’enfants » auxquels elle ne s’arrêtait pas, à moins qu’il y eût un service à rendre.

Mère Joséphine Aboussouan fut pour une période mise sous ses ordres, ce qui ne la réjouissait pas. Au bout d’un certain temps, elle dit à mère Augustine : « Je n’étais pas contente d’être avec elle. Pourtant quand elle était là, je sentais dans son cœur une tranquillité, une joie intérieure. Il y avait en elle quelque chose de céleste, de divin, et j’ai été peinée quand j’ai dû la quitter ».

Elle était très fine, d’une intelligence prompte et vive, extrêmement bonne. Toutefois elle n’attirait pas de prime abord la sympathie…. A soixante quatorze ans, elle fut chargée d’ouvrir le deuxième orphelinat de la congrégation, à Ayn Karîm. Mais ses forces déclinaient et on lui envoya comme supérieure sa sœur Hanné, qui venait de quitter en 1917 sa charge de supérieure générale. Elle reprit alors sa prière, interrompue seulement par quelques petits travaux, et tous les petits services qu’on pouvait lui demander, accomplis aussitôt. A minuit, elle se levait et allait passer la fin de la nuit à la chapelle, récitant le rosaire. Elle avait pour cela une permission de la Mère générale qui avait remplacé sa sœur.

Deux religieuses ont voulu une nuit la voir descendre le petit escalier conduisant à la minuscule chapelle de ce couvent. L’une, sœur Colette, la suivit dans l’escalier tout sombre. Arrivée en bas elle pousse un cri et remonte précipitamment. « Qu’est-ce qu’il y a ? », demande l’autre religieuse. « En bas, autour de mère Marie-Alphonsine il y a une grande, grande lumière, très brillante !  »

Pas de sommeil pour les deux curieuses. Le lendemain, sœur Colette n’y tint pas et posa la question : « Ma Mère, d’où avez-vous apporté cette lumière ? - Mais, mon enfant, j’étais dans l’obscurité. J’ai dit le rosaire dans l’obscurité, je n’avais aucune lumière ». Récit, précise en note, A.M. Goichon, de sœur Colette à mère Augustine, qui nous l’a transmis. Il présente quelques variantes avec ceux du P. Stolz qui relate deux de ces manifestations lumineuses, l’une à Bethléem et l’autre à Ayn Karim.

Le jour de Saint-Joseph, le 19 mars 1927, ses forces diminuèrent tout-à-coup. Elle vivait littéralement dans la prière. Le matin du 25 mars, jour de l’Annonciation, elle dit à mère Hanné : « A présent, tu n’as plus besoin de demeurer près de moi, va plutôt à la sainte Messe et entends-la à mon intention. Il suffit qu’une enfant reste, je ne mourrai que vers dix heures ». On lui laissa cependant sa sœur Régina. Au retour de la mère Hanné, elle leur demanda de dire le rosaire avec elle ; c’était elle qui répondait aux Pater et aux Ave. Au quatorzième mystère : la mort de l’Assomption de Marie au ciel, elle s’éteignit au dernier Ave, après avoir dit encore distinctement « …priez pour nous pauvres pécheurs… maintenant et à l’heure de notre mort. Amen. »

Après sa mort, des témoignages furent recueillis. Ils portent principalement sur son extraordinaire patience devant les vexations, sa prière douce et constante, et divers indices qui permettent de croire qu’elle jouissait très souvent, presque toujours, de l’intimité de la Sainte Vierge.

Mère augustine, causant un jour avec la sœur cuisinière lui dit : « Pensez-vous que sœur marie-Alphonsine soit sainte ? -Ah oui, je le crois : ce qu’elle a supporté de moi suffit à le prouver ». D’autres qui l’avaient tant plaisantée : « C’était une vraie sainte, et la preuve, c’est qu’elle nous a toujours supportées ; elle ne nous contredisait jamais. Bien plus, elle ne se plaignait pas de nos procédés, elle ne disait de mal de personne. Elle priait sans cesse et récitait continuellement le saint Rosaire ».

Le père franciscain Francis Farah, qui avait été si dur pour elle au début, disait à des religieuses de sa congrégation rencontrées à Beyrouth en 1913 : « Vous avez une sainte. Plus tard vous connaîtrez sa sainteté ». (selon le récit de mère Augustine, précise A. M. Goichon toujours exacte !).

Notes

[1] Le rosaire vécu, Mère Marie-Alphonsine du Rosaire, Jérusalem 1938, traduction française revue et corrigée par le Père Mamert Vionnet, assomptionniste, pp.48-49.

[2] A.M. Goichon précise en note 23, p.138 du second tome de Jordanie réelle -1972, chez Maisonneuve-Larose, Paris, 1444 pages, que d’après Stolz, ce serait mère Hanné qui aurait jeté le rosaire

[3] Un troisième sauvetage, toujours avec le rosaire jeté par mère Alphonsine, eut lieu à Bethléem, selon Benoît Stolz, op.cit. p.72.

 
 
 
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