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Mandela au tribunal de Dieu

dimanche 15 décembre 2013, par Pierre Dortiguier

La formule du poète allemand Schiller est connue, que le jugement dernier est celui de l’Histoire, du moins dans la sensibilité humaine ! La bonhomie du leader sud-africain, d’ascendance aristocratique et élevé dans les meilleures écoles du pays devenu en 1948 la nation agrégée autour des fameux Boers ou paysans flamands et hollandais, suffit-elle à diminuer l’angoisse raisonnable devant le chaos de cet ensemble de peuples, d’ethnies et d’intérêts divergents qui se déchirent toujours davantage, comme les huées indécentes, du reste, contre le Président Zuma le démontrent à la face du monde, pendant les obsèques ?

En somme, si l’on ne conteste pas le leadership historique de Mandela, nous pouvons nous demander si une part de légende ou de propagande n’embellit pas un tableau nécessairement pessimiste du destin de l’Afrique du Sud. Cette nation existe-t-elle au moins, ou survit-elle à l’ancienne république fondée après des luttes internes entre colons et britanniques, et dont le sommet fut cette lutte qui, en deux guerres, de 1881 à 1902, vit - faut-il le rappeler ou mieux l’enseigner ? - la mort de 22 154 enfants de moins de 16 ans dans les premiers camps d’affamement de l’Histoire ; il s’agissait de distribuer à ces jeunes prisonniers dont les parents voulaient une indépendance refusée par la couronne anglaise, des rations inférieures à la normale : « cold-blooded deed », action de sang froid commente un historien contemporain ! Plus de 14 000 noirs qui les soutenaient périrent dans des conditions analogues. Aussi entendre la chanson « kill the Boers » - tuez les Boers - nous fait-elle penser qu’elle aurait pu être un chant officiel de la colonie impériale, celle qui protégeait le diamantaire Oppenheimer et d’autres.

Pour vaincre et discréditer la résistance contre lui, l’impérialisme britannique et son successeur US ont opposé le racisme des uns au racisme des autres, et cela a conduit à utiliser des membres du Parti communiste local à se constituer en branche armée terroriste : le 1er janvier 1985, le Président Botha offrit la liberté à Mandela contre le renoncement à l’action armée ; mais Mandela n’était pas un réformateur, un Luther noir, mais un Robespierre, qui voulait que les têtes tombent. Il suivit une logique révolutionnaire et ce après son accession au pouvoir avec Joe Slovo, le chef « blanc », issu de Lituanie, d’une localité proche de celle du village natal Menahem Begin, coreligionnaire de ses parents, lui-même étant athée ouvertement !

Pour cette action révolutionnaire violente, aucune main n’était trop sale ! Ainsi Daniel Goldberg, natif de Johannesburg et qui partit en 1948 dans la branche armée de la Haganah, le Palmach, revint en 1955 pour appliquer ses méthodes sur les racistes d’en face, sans que quiconque n’eût à lui demander des comptes sur le sien ! La situation de l’Apartheid était une injustice, mais ce que proposait l’équipe Mandela-Slovo était un désordre d’où l’Afrique du Sud n’est point sortie, malgré les sourires des Obama et des reines d’Angleterre ou assimilées à la mode anglaise qui se pressent aux funérailles ! Le racisme ou la xénophobie subsistent entre noirs et blancs, mais surtout entre noirs africains, et cela dans un tableau économique effrayant : si autrefois, sous le régime nationaliste des Boers, un non blanc était sans travail, le chiffre ne dépassait pas les 5 %. Aujourd’hui, il est au minimum de 40% noirs et blancs confondus, sans mentionner la criminalité galopante, exactement 3 117 fermiers ou boers ont été tués depuis 1994, après l’accession de Mandela et des dizaines de milliers de « blancs » ont été violentés, assassinés, telle cette fille aux mains coupées, sans que le vol soit le mobile, mais seulement le culte de la violence insufflé par la branche terroriste de Joe Slovo, un athée, redisons le, bien apprécié de l’archevêque anglican et prix Nobel Toutou !

Que sera l’Afrique australe après que Nelson Mandela aura été non pas inhumé, mais placé dans un cercueil de verre, un peu à la manière de Lénine ? Est-elle bâtie sur de solides principes de moralité, et doit-on célébrer une émergence en effet de certaine haute couche noire africaine qui mène une vie égoïste au mépris du peuple, mais certainement à la satisfaction de ceux qui, en 1995, ont réalisé néanmoins un vœu anglo-américain de ne pas voir une rivale trop importante menacer leur leadership ? Mandela en a -t-il tenu compte dans une politique de quelques années ? Seule une réponse à cette question pourrait faire espérer que la grandeur qu on lui attribue mérite le respect et l’appui de Dieu même qui le juge !

 
 
 
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