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Les enseignements de 2011

samedi 31 décembre 2011, par Pierre Dortiguier

Une année qui emporte son lot de victimes ne peut laisser la place qu’à un réflexe d’espoir, comme le recueillement de l’aube après la nuit : elle commençait dans une proclamation de bonnes intentions et se termine par l’incertitude, et notamment en Egypte par une mise en cause fort intelligente et peut-être trop tardive des travaux des ONG ouvertement défendues en cette veille de Nouvel An par le Département d’Etat et le chef du Pentagone, M. Panetta. Ce n’est point cependant le plus important : le résultat de la guerre de Libye qui apparaissait en hiver comme une sorte de Capitole géant sur lequel le César du lieu voyait se rapprocher les poignards vengeurs des conjurés tyrannicides, a promu une sorte de malaise intérieur qui frappe de stupeur tous ceux qui découvrent que le chemin de la Tripolitaine est celui de Damas et d’Alep, avec le même capitaine réclamant le concours de l’Occident.

Dans un entretien du mois de février le Président syrien exposait le vice contemporain, celui de l’absence de vraies élites ; et les perpétuels dupes qui s’acharnaient sur le taureau du Baath dans l’arène avec des matadors applaudis par les élégantes des médias, apprenaient du même Président que l’ex numéro 2 du régime, donc celui qui fut au cœur du système, était à Londres l’animateur de la démocratie des comités, à laquelle ce qui subsiste du mouvement communiste syrien ne veut plus participer, par honnêteté politique.

Il n’est pas le lieu ici de remarquer que nous avons assisté à une guerre de l’information, à un pilonnage sans pareil, à un mélange de courage, de lâcheté et de folie, comme partout où la paix est brisée.

Toutefois une première force s’est affermie, l’Iran qui est l’objet de toutes les attaques, que l’on estimait vulnérable et objet des scénarios de guerre, au point que tel magazine espagnol recourt directement à un dit spécialiste du journal de la gauche sioniste Haaretz pour expliquer les arguments qui soit freinent M. Panetta à encourager une guerre préventive, soit confirment le bien fondé d’un scénario de destruction des installations atomiques ; scénario du reste jugé inefficace, ne serait-ce que pour forcer de la part de l’entité sioniste, la main à une intervention de l’OTAN. Parler du rôle de la Turquie serait vouloir mesurer la liberté d’un prisonnier dans une cellule gardée par ce même OTAN. Ses protestations s’arrêtent aux murs qui le gardent, et ce n’est pas un des moindres paradoxes de cette année 2011 que d’apprendre que des pays souvent traités d’islamophobes, comme la France et son alliée de l’Union Jack envoient leurs instructeurs pour encadrer des coups de main contre un Etat syrien où l’on peut être musulman, chrétien ou juif local, ou simplement honnête homme, et ne pas accepter d’être sous la coupe du Qatar et de ses mercenaires et trouver le terrorisme inacceptable.

La seconde force, sur laquelle on ne dit qu’un mot, est l’Allemagne, dont la discipline budgétaire a poussé l’Angleterre à se séparer du groupe des 26, redonnant ainsi consistance à cette évidence moqueuse de De Gaulle, que ce pays est une île !

La troisième force émergée en 2011, à l’occasion des crises en Asie et en Afrique, mais aussi en Europe méridionale, est la Chine qui aura déclaré, dès la crise libyenne qui la visait, son soutien stratégique à l’Iran et à la Syrie. Dans ce courant que représente l’éveil islamique, semblable à cette aube dont nous évoquions la présence, sinon ce qui accompagne la fin de cette longue nuit répandue sur le monde ? Mais encore faut-il apprécier le concept ? L’éveil est celui de la conscience, mais plus réellement d’une aire déterminée en formation, comme le jour se constitue par approches successives de la lumière, avant même l’apparition du soleil ! Tout éveil est critique : il distingue ou classe ce qu’il perçoit immédiatement. C’est donc un processus lent et inéluctable qui triomphera d’une lutte interne et externe. Dans cet état des lieux que nous abandonnons au jugement de Dieu, que deviennent les autres parties du monde ? L’Afrique a été déstabilisée avec la neutralisation financière de la Libye par les groupes de pression occidentaux et la participation américaine aux opérations, prenant le terrorisme auquel de nombreuses armes ont été abandonnées, pour prétexte.

Les économies émergentes tirent de cette année la conclusion que leur sort est lié au surmontement de la crise économique européenne et leur bilan ne peut être arrêté sans que la formation d’un nouveau bloc eurasiatique annoncé en ce début d’année 2012, et qui serait le ressort politique de M. Poutine, ne vienne confirmer la réalité d’une pluripolarité mondiale. A cet égard, le mondialisation n’est plus une question à poser, ni un problème à résoudre : elle est un fait, tout autant que la technique, comme le développait feu Heidegger entre les deux guerres : ce qui compte est de laisser le mérite et le travail décider seuls de la liberté à accorder aux têtes de cette entreprise générale, sans les parasites éternels de la spéculation qui sont la mouche du coche aussi agaçante, voire dangereuse, qu’inutile.

 
 
 
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