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Les élections françaises au miroir italien

mardi 24 avril 2012, par Pierre Dortiguier

La correspondante parisienne du journal « Reppublica » la signora Anais Ginori établit, ce 23 avril, avec une franchise agréable à constater, que la France du "Non à l’Europe" de Maastricht l’a emporté hier, si tant est qu’une victoire est d’abord l’effet d’une tendance, et non pas seulement une affaire de quantité de voix enfermées dans des sacs électoraux !

La jeune et gracieuse italienne s’exprime en termes qui n’ont rien de naifs, ni de voilés par l’éloignement des mœurs, comme dans le cas de l’Amérique, car ils ne sont que ce que la plus proche voisine intellectuelle, religieuse et morale de la France, et qui est même à l’origine de sa langue et de sa culture classique, d’un Napoléon même, a sur le cœur sur notre pays, à l’occasion de cette stagnation du pouvoir sarkozien et de l’échec du centre à s’imposer : "Il y a eu un vainqueur lors du premier tour de l’élection présidentielle française : c’est la "France du non". Le vote d’hier sonne comme un coup de colère (en français dans le texte). En additionnant les suffrages de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, presque un Français sur trois s’est reconnu dans un candidat de protestation, anti-élite".

"Vu de l’étranger, il nous revient l’image du "malaise français", d’un pays qui accepte difficilement les défis de la modernité et de la mondialisation, terrorisé à l’idée de passer d’une grande puissance à une puissance moyenne dans le monde. C’est cette France qui s’était déjà exprimée par son célèbre "non" au référendum sur la Constitution européenne de 2005. Même Nicolas Sarkozy a tenté en vain de se présenter comme le candidat anti-élite (en français dans le texte). L’une de ses propositions est notamment de recourir à des référendums s’il était réélu, une manière de passer outre les corps intermédiaires."

L’excellence de cette présentation tient au cœur enfin exposé du mécontentement français, qui réunit des manières différentes de parler, métaphysiquement opposées entre elles, - comme une thèse à son antithèse - de la complainte xénophobe et protectionniste, sur fond de terreur islamique, celle du clan "Aliot-Le Pen" à la rhétorique ringarde ou néo-communiste du riche Mélanchon, vieux troupier de la politique, sénateur et ancien ministre qui semble venir d’éclore, pour une jeunesse électorale dupe, en arborant le bonnet rouge des esclaves affranchis de l’Europe contraignante !

C’est la diminution de puissance de la France dans une Europe qu’elle contrôlait depuis la fin de la seconde guerre mondiale, et qui lui échappe par une émancipation économique et donc fatalement politique de l’Allemagne.

Il y a donc là une réaction de certaine volonté de puissance sensible à la correspondante italienne, car le statut de son propre pays est inverse de sa sœur latine : l’Etat y exerce une moindre influence, et sa responsabilité est donc diluée dans la crise économique, mais un trait fait toute la différence : les exportations l’emportent sur les importations et donc les mesures d’austérité, si elles pèsent sur la population, sont sues être temporaires et la confiance nationale n’est pas entamée.

La réduction du pays à une place plus réelle dans l’Europe, sans parler du monde, doit s’accompagner d’une réflexion sur les causes de la grandeur française en Europe, et plus particulièrement de la principale raison géopolitique qui a, dans la précédente génération, en 1969, rejeté De Gaulle de la scène politique.

Les deux événements ont une certaine analogie :

La position du pays, dans une certaine tradition diplomatique, reposait – pour employer un terme très ancien - sur l’abaissement de la Maison d’Autriche ; or le terrain géopolitique de celle-ci se reforme, de la Hongrie à ces mêmes Pays-Bas qu’une extrême-droite met, comme le Front national, maintenant en difficulté, par refus d’une politique de rigueur, dite péjorativement d’austérité, certains diraient, comme la fourmi de la fable, de prudence.

L’art du Gaullisme avait été de faire de la coopération franco-allemande un échange, un deal, dirait-on en jargon américain, un partage des rôles : à l’Allemagne le "miracle" économique, à la France la voix de la raison pour convaincre le monde d’une liberté des continents et des peuples, dégagés de la double terreur de l’hégémonie politique et des chantages atomiques.

Hélas ! la crainte, même chez De Gaulle, était sensible que le puissant voisin ne s’émancipe et ce, non pas en se protégeant du monde, comme le veulent les partis extrêmes non allemands, sous plusieurs prétextes, raciaux, sociaux, religieux etc., mais en devenant une "puissance" grâce au monde, non pas un monde terrifié, mai un monde demandeur : c’est le statut de puissance mondiale acquis par cette nation.

C’est le sens de l’expression philosophique de l’illustre penseur Martin Heidegger (1889-1976) : l’actif et rigoureux "être-au-monde" - différent du trivial "être dans le monde", qui est compris paresseusement de tous !

La France n’a pu suivre le même rythme, s’imposer la même discipline qu’un Schroeder a obtenu des syndicats ouvriers et patronaux : Mélanchon nous dit tout haut, mais d’autres le murmurent : certains Allemands, vous dira ce Méphisto, acceptent de bas salaires, oui, mais ils travaillent au bénéfice de l’ensemble, alors que notre allocation de RSA maintient une population qui est improductive ! Où est la justice dans cette différence ?

Une ancienne maxime gaulliste qui faisait sourire les Français était de former une Europe de l’Atlantique à l’Oural.

La volonté de puissance française s’en est moquée ; elle croyait que la Russie viendrait à elle en quémandeur, alors que sa voisine est allée vers elle, tirant pour elle le bénéfice que la France n’a su saisir.

C’est cette mise en évidence du fond de la France du "Non", qu’Anaïs Ginori met en lumière, et ce qu’elle n’ose pudiquement dire, c’est que De Gaulle aurait nommé cette France, à droite ou à gauche, celle du renoncement, de la "clameur des partisans" !

Note : L’amour de soi (âme et corps) n’est pas vrai en général ni admissible ; mais bien la bienveillance envers soi, sans complaisance ; nulle haine toutefois écrivait -et concluons ainsi - dans son testament philosophique dit "œuvre posthume", le célèbre philosophe Kant (1724-1804). Opus Postumum, textes choisis et traduits par J. Gibelin, Paris,Vrin,1950, 198pp., p.5

 
 
 
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