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Les Arabes de Sa Majesté

dimanche 26 février 2012, par Pierre Dortiguier

Que devait bien être l’attitude du résident britannique Mac Mahon, au Caire en 1915, face à ce qu’il savait être l’étincelle de la manipulation de l’opinion arabe poussée à ruiner la seule autorité étatique capable de défendre ses intérêts à long terme ?

Nous aimons à évoquer, comme un avant-goût de 2011-2012 la date de 1915 pour caractériser une "Arab revolt" qui a réussi non aux peuples arabes, mais aux Britanniques et à leur ancienne colonie américaine promue par la Première Guerre Mondiale au rang de leadership potentiel, devenu réel trente ans plus tard ! Les accords du Quincy du 13 février 1945 conclus par Roosevelt près de paraître devant Dieu, et le fameux Seoud, gardien des lieux saints et des intérêts de ses protecteurs terrestres, en furent la conclusion. Mais comme au tombée de rideau à l’Opéra, le public applaudit et le rideau se relève, pour montrer cette Conférence de Tunis réunissant, en effet, comme l’expression en est déjà donnée, le sabre atlantiste et le goupillon salafiste. Ces derniers font la police pour leurs maîtres, exactement comme les policiers hindous réglaient la circulation autrefois, sous l’occupation britannique, tant en Palestine qu’à Téhéran ! C’est le sens du spectacle tunisien réprouvé par de lucides patriotes, comme ce pays en a toujours compté.

Quel peut donc être le mobile de ces nouveaux serviteurs du Lion de Sa Majesté, qui donnent en pâture les patriotes arabes mis au ban de l’infamie par la nouvelle arme des perpétuels démons, le mensonge médiatique ? Ces serviteurs arabes, avec leurs cols révolutionnaires, ne veulent pas être l’élite de leur nation, mais occuper des places estimées correspondre aux diplômes qui leur servent de talents, et qui leur sont généreusement distribués. C’est ce qui explique la profusion d’intellectuels dans les comités Théodule, comme les nommait De Gaulle, au service de ce qu’il entendait désigner par "le machin", l’ONU.

Adieu la "révolution nationale " égyptienne de Nasser, de X ou de Y, j’entends par ces lettres des - permettez l’expression - "Mossadegh" arabes de toute espèce, car la dépouille de Khadafi est une des dernières victimes offertes aux spectateurs de ce cirque ;madame Clinton enrage de ne pas voir se concrétiser cette parole récente qui frappe un homme politique d’Asie mineure, par ailleurs estimé, d’indécence : "tes jours sont comptés", était-il annoncé au Président Assad, dans un style de Western. A quoi l’on peut répondre, que, ne serait-ce la Miséricorde divine, une éternité ne suffirait pas, à l’échelle terrestre, pour effacer ce qui a été dit et qui traduit le fond de l’âme. Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, est la piteuse situation de ceux qui trient entre bons et mauvais Arabes pour édifier leur nouveau palais des illusions.

Peut-on approfondir les racines théologico-politiques d’une tel avilissement ou plutôt de ce qu’un auteur français Julien Benda (1867-1956) - par ailleurs israélite laïcisé, jusqu’au fanatisme même, pour adopter le ton de la République des camarades, comme on nommait notre IIIème République d’entre deux guerres - a appelé avec raison, il faut le lui reconnaître, "la trahison des clercs" (1927, réédité en 1946). La formule est connue : classer Dieu dans un dossier, y substituer le concept de puissance, et convertir la religion en volonté de posséder. En somme rendre Dieu visible par la politique de ses intérêts et non l’inverse, élever la politique au-dessus de l’humanité, pour permettre au législateur du futur de trouver les conditions d’instauration d’une justice. Nul étonnement à ce que de ce point de vue corresponde à cette attitude antiprophétique une ligne de fracture visible entre ce que les publicistes de Sa Majesté dénoncent comme le croissant chiite, et cherchent une solution auprès de la création du 18ème siècle anglais qu’est - nous prenons la responsabilité de l’affirmer au nom de la recherche historique - la manipulation du Wahabisme.

L’échec cependant de cette "Arab revolt" londonienne et wahingtonienne est patent : elle n’a pas réussi, malgré ses ruses, à unifier le monde Arabe contre l’Iran, et elle a, par la résistance populaire libyenne et maintenant la victoire syrienne, brisé ce front du Wahabisme en désolidarisant les Sunnites de ce piège où les fausses élites veulent les entraîner. L’opinion tunisienne en offre le témoignage, la résistance libyenne que le CNT est incapable de briser aussi ; et le sang-froid algérien révèle également la maturité d’une nation ayant extirpé de son sein une organisation coloniale bi-centenaire.

Cela fait beaucoup pour isoler dans leur cage dorée ceux qui s’imaginent pouvoir digérer leur repas avec ce fameux Lion de Sa Majesté, capable aussi de les dévorer, et qui ne s’en privera pas, avec la même nécessité naturelle que celle qui veut qu’une révolution impopulaire dévore toujours ses propres enfants.

 
 
 
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