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Le roman de la prise de Constantinople en 1453

lundi 5 mars 2012, par Pierre Dortiguier

« Vous voulez enfin surmonter le dégoût que vous cause l’histoire moderne, depuis la décadence de l’empire romain, et prendre une idée générale des nations qui habitent et qui désolent la terre. Vous ne cherchez dans cette immensité que ce qui mérite d’être connu de vous : l’esprit, les mœurs, les usages des nations principales, appuyés des faits qu’il n’est pas permis d’ignorer. » Avant-propos à l’« Essai sur les Mœurs et l’Esprit des Nations », ouvrage composé en 1740 pour la marquise du Chatelet, de haute noblesse, amie de Voltaire, qui avait traduit Newton.

Les croisés prenant Constantinople

Le terme de roman est emprunté à un passage de Heidegger où il est question de la manière moderne d’écrire l’histoire comme un « putschroman », à la façon des coups de théâtre, comme dans les feuilletons d’Alexandre Dumas où Edmond Dantès apparaît en fantôme réel troublant le cours paisible de la vie de ses dénonciateurs. Comme tout, l’Amour, l’Argent, la Politique, l’Histoire seraient, pour l’homme « normal » d’aujourd’hui, un magasin de rencontres, de collisions, d’irrationalités que chacun rangerait à l’aide de sa foi. Un nihilisme d’où seul le pari d’un bonheur, une loterie nous tirerait !

C’est ainsi que l’on nous parle de l’Histoire comme d’un fleuve tranquille que périodiquement des Vikings nordiques viennent remonter pour saccager les abbayes locales, et narguer Paris. C’est Attila que viendra repousser Geneviève, dont des documentalistes pointilleux prouvent, si elle eût existé, qu’elle serait allemande. Peu importe, il faut à l’Histoire des sensations, des bouleversements de l’ordre de ces attaques des nazis lunaires, trame du scénario du film « Iron Sky », qui viennent saccager Broadway, comme les Japonais Pearl Harbourg et –last but not least- le fantôme de Ben Laden ordonnant le renversement de tours jumelles et provocant, malgré lui, la chute de la troisième que les frères, malins Salomon, qui les possédaient récemment toutes trois venaient d’assurer !

Une fois cette logique libertaire – où la liberté est une dame capricieuse et tyrannique qui brise son miroir - admise, un événement comme la chute de Constantinople permet de commencer l’Histoire, à défaut, comme nos politiciens le démontrent, de savoir la conduire. Un film turc reprend, dans une salle parisienne, au métro Château d’eau, au Brady, - qui est la quinquagénaire de la distribution des films d’épouvante - la gloire de la conquête musulmane, le 29 mai 1453, par le prétendu septième des Osmanlis, Mehmet II dont on s’étonnera de la force de l’artillerie qui fut, dit-on, décisive ; et aussi admirera-t-on sa clémence d’avoir conservé un patriarcat chrétien toujours présent qui fera de cette ville (où l’école russe de Fomenko suppose que serait né le christianisme et abriterait la sépulture de son fondateur supplicié, près de l’allée d’Issa qui est un pèlerinage musulman), résidence du khalife, un asile de couvents et lieux de culte.

On sait peu en Occident, dans l’opinion semi-savante - excitée contre certains Musulmans que lui désigne le patriarche reconnu BHL - que de nombreux conciles furent tenus à Constantinople, après sa chute, dont deux synodes – comme on les nomme - dirigés contre le cryptocalviniste Cyrille Lucaris, le premier en 1638, sous la présidence du patriarche Cyrille Constaru, l’autre en 1642, sous la direction du patriarche Parthenius.

L’installation des Osmanlis qui n’auraient pas envahi l’Empire, mais viendraient de celui-ci, selon l’école russe récentiste, et en aurait reçu l’héritage nord-africain, ne serait qu’un épisode de guerres anciennes, et l’on note que les Bourguignons contractèrent des alliances avec les Persans ou Iraniens chiites, ennemis des Osmanlis et sur cette trace Charles VIII, roi de France aurait marché sur Constantinople en passant par Florence, Rome et Naples ; expédition qui devint l’occasion d’une guerre de soixante ans en Italie, de la puissance des Habsbourg et de la prédominance de l’Espagne sur toute l’Europe ! Que feraient les Bourguignons à notre époque ? Y penser fait hurler Cameron !

La suite, dira-t-on, est moins glorieuse, et Istanbul conserve cependant sa beauté des deux rives, ses maisons de bois ayant échappé aux incendies, un excellent musée archéologique, aussi impeccable que ceux de Damas et de Beyrouth - cependant que Ankara sera bâti par le génie trop célébré – y compris par les Musulmans turcs dont il fit un massacre, dénoncé par l’Imam Khomeiny (que son âme soit au Paradis !) - de Mustapha Kémal qui n’est que la capacité des architectes allemands dont Reza Schah voudra les mêmes, bien visibles dans les musées et le Parlement, à Téhéran et notable aussi dans l’essor industriel d’Ispahan ! Ce à quoi la réaction sovieto-anglaise de fin août 1941 mettra fin, sinon jusqu’où irait-on ?

C’est dans la perspective d’un nouveau khalifat – dit-on savamment que de tels éloges seraient rendus au passé turc, ottoman, - en Russie le chercheur et savant mathématicien Anatoli Fomenko met ce terme en relation avec Attaman et voit dans l’Empire ottoman le partage d’un plus grande Empire mondial, éclaté à la fin des Temps modernes, avec la naissance de Rome italienne ; empire dit la Horde d’Or ou marqué encore dans les cartes du 17ème siècle « la Grande Tartarie » dont le Turc, l’Arabe et le Russe auraient été les trois langues écrites officielles, et il en montre des documents tirés d’un monastère ! Cela n’est pas très wahabite ou salafien, et ne sera donc pas enseigné par les organisations charitables états-uniennes, dans les banlieues où les familles maghrébines ont choisi, comme le leur conseillait le parti socialiste atlantiste de la IVème république, de lier leur destinée à celle de l’Algérie française transposée dans l’hexagone !

Quant aux bibliothèques si riches, ces trésors de la science que Constantinople aurait amassés, nous apprenons qu’« ils périrent longtemps avant la conquête des Turcs, par un grand incendie qui consuma, avec les plus magnifiques restes de l’Art antique, des milliers de livres », selon le célèbre érudit ecclésiastique allemand Höfler dans l’article « Constantinople », au tome 5 de la version française, éditée en 1869, du « Dictionnaire Encyclopédique de la Théologie catholique rédigé par les plus savants professeurs et docteurs en théologie de l’Allemagne catholique moderne ».

Adieu Constantin qui aurait fait placer sa tête sur une statue d’Apollon, et fondre un aqueduc en plomb pour en tirer sa statue équestre ! Adieu les impératrices sœurs, les macédoniennes Zoé et Théodora, dont l’immoralité ou la cruauté sont une calomnie qui affecte le plus le sexe faible ! Adieu Justinien, juriste empereur méticuleux ! Adieu tous ces Pères des Conciles, dont le Père Jean Hardouin (qu’il repose en paix !), breton érudit de Quimper, bibliothécaire de Louis-Le-Grand, rédacteur de la « Somme des Conciles » ordonnée par Louis XIV, affirmait la forgerie par l’esprit d’hérésie monacal ou sectaire des 13ème au 15ème siècle, sauf le long Concile de Trente (1545-1563) que peindront d’imagination Le Titien et son école en 1586. Vous n’êtes qu’un songe de « la Vie antérieure » (1857) de Baudelaire :

« J’ai longtemps habité sous de vastes portiques

Que les soleils marins teignaient de mille feux ». (Les Fleurs du Mal).

Que dire de plus ? Il faut seulement regarder les cadavres des guerres subversives que l’on nous prépare, et auxquelles, dans un entretien récent, le personnage presque nonagénaire Henry Kissinger –originaire du Rhin, car il porte le nom d’une adorable petite ville - assurait que la jeunesse états-unienne était préparée en plus grand, par l’usage des war games ? Une guerre civile, comme à Czar-grad, pour désigner le vrai nom de Constantinople par Fomenko au moyen de gros canons forgés dans l’Oural ? Avec des vaincus qui, comme le vainqueur, mais bien plus que lui qui ne fait que le redorer, s’inventeront un passé, une fois installés en Italie et bâtissant l’Ecole florentine platonicienne à la suite de Pléthon (1360-1452) dont Platon sera la marque effacée ! Czar-grad, la ville du Tsar, un nom russe !? Oui, si grad, qui n’est que la contraction de gorod, lui-même dérivant de l’allemand gerodet, « défriché » comme Novgorod (neu-gerodet, récemment défriché) (ce qui sied à l’établissement d’une ville). Bref, vivement un débarquement pour effacer ces traces de défricheurs !

 
 
 
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