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Le pélerin de Riyad...

dimanche 15 avril 2012, par Pierre Dortiguier

Le caractère national turc est réputé plus patriote que la moyenne des peuples longtemps soumise à la loi du plus fort, aussi ne pouvons-nous ironiser, sans réserve, sur un homme politique turc, contesté assurément dans son pays pour ses compromissions avec l’OTAN et les ennemis de l’islam réel, et qui sera jugé sévèrement par la postérité, sensible aux résultats d’une action, davantage qu’à ses motifs ! Dieu seul, en effet, peut sonder les cœurs !

Nous autres mortels voyons à la surface du monde, les va-et-vient dans le Golfe persique de M. Erdogan qu’énerve visiblement la stabilité du « régime », traduisez de l’État syrien !

Visiblement tout n’est pas aussi simple qu’en Libye, et le « tes jours sont comptés » à l’adresse du président Bachar ont agacé les Syriens d’aujourd’hui, à cause de ce ton de chérif de Western adopté par le politicien présenté, avec l’AKP, parti justicialiste, comme islamiste « modéré » d’Istanbul ; mais cette expression, ou « mot de nature » à l’encontre du courageux chef d’Etat syrien, qui survit sans OTAN et avec, au cœur, la défense de la cause palestinienne et de l’unité confessionnelle nationale, sera longtemps une moquerie pour leurs neveux !

Comment, dans ces conditions, appliquer aux Turcs, qui entendent les propos d’Erdogan sur une nouvelle ère ottomane, ce mot magnifique de Voltaire à la patrie du Prophète : « Tout ce qui arrive alors, caractérise un peuple supérieur. Les succès de ce peuple conquérant semblent dus encore plus à l’enthousiasme qui l’anime qu’à ses conducteurs, car Omar est assassiné par un esclave perse etc. » [1].

M. Erdogan est-il en phase avec l’honneur turc ? Est-il de la trempe des conquérants ou des conquis, pouvons-nous demander en historien, quand il va chercher auprès d’une dynastie arabe soulevée, il y a moins d’un siècle, contre le « régime » ottoman, et appuyée sur l’équivalent de l’OTAN de l’époque, - l’armée coloniale anglaise - un appui à ses actes dont la logique mérite certain éclaircissement ?

Passons aux événements du jour. La rébellion syrienne, qui n’est telle que de nom, car le terrain est aux éléments d’une armée étrangère, de Brigades internationales égorgeant tout ce qui est nationaliste, a dû reculer devant le plan Annan ; celui-ci est l’acceptation d’un plan en grande partie syrien, et non, comme on le fait accroire aux naïfs, un projet soumis à la Syrie comme un ultimatum !

Ce plan réussit car le sacrifice des soldats syriens le fait respecter !

Dans ces conditions que sert à M. Erdogan d’exprimer un mécontentement et de le promener sur la route de la soie, de Pékin jusqu’en Orient ?

« La Turquie accorde une grande importance à la coordination avec l’Arabie saoudite, son partenaire le plus privilégié dans la région » déclare l’ambassadeur de Turquie dans le royaume, M. Ahmet Muhtar Gün, pour saluer la brève visite de M. Erdogan, arrivé jeudi. Coordination stratégique ? Et dont il importait, pour la continuer, de sonder les intentions chinoises ?

Précaution nécessaire, car si l’Arabie reste sur la même ligne que sa naissance saoudienne, et si la Turquie demeure toujours la meilleure force offensive otanienne, dirigée tous azimuts, du Nord-Caucase au Sud-Syrien, la Chine reste toujours d’un « rouge » confucéen, mais au deuxième rang de l’économie mondiale, ayant absorbé, disons-le, le Japon, ce que ce dernier voit comme une échappatoire nécessaire aux U.S.A. !

Dans toute situation, nous nous posons la question de savoir ce que fera un tel ou un tel, pour régler notre attitude. Le monde doit-il agir ainsi relativement à M. Erdogan ? La Turquie a-t-elle au moins un jeu propre ? Y-a -t-il encore une politique utile aux Turcs à Istanbul, ou s’y règle-t-on sur le pouvoir wahabite installé par ceux qui, pour en forcer aussi la venue conforme à leur prospective impérialiste, débarquèrent aux Dardanelles ? A cette époque la Turquie faisait comme M. Bachar el Assad et son armée : elle résistait à une invasion !

En fait M. Erdogan, inquiet de la perspective d’une stabilisation en Syrie, voudrait reprendre le rôle de son très lointain prédécesseur, le grand vizir Mourad dont Lamartine explique le surnom, fort convenable au chef actuel du gouvernement turc qui prétend ressusciter les splendeurs ottomanes : « Le grand vizir, dans sa route vers Alep, avait négocié avec les chefs secondaires des rebelles, soumis les autres, égorgé par trahison plusieurs d’entre eux et comblé les puits de leurs cadavres. Cette sépulture en masse donnée par Mourad aux rebelles lui avait confirmé ce surnom de creuseur de puits que les soldats lui avaient donné autrefois à la déroute de Perse pour être tombé avec son cheval dans un puits creusé sous les murs de Tauris par les Persans » [2]

Les maîtres de Ryad, sont très sombres, et c’est pour s’entendre dire que le plan Annan va échouer qu’ils reçoivent M. Erdogan, mais ils ne restent pas inactifs, ils creusent aussi des puits pour y faire chuter les Syriens : ce sont « les alternatives à un échec du plan de Kofi Annan », « une aide à apporter à l’opposition syrienne pour qu’elle puisse se défendre », y compris la possibilité de lui fournir des armes, mais aussi « l’impact d’une violation par les forces armées syriennes de la frontière avec la Turquie », selon ce que a confié à l’AFP le président du Gulf Research Center, le sujet saoudien Abdel Aziz al-Saqr.

M. Erdogan sera-t-il le creuseur de puits, à la frontière syrienne, ou plutôt d’un tunnel pour y faire entrer l’OTAN et y entasser les Syriens, en nouveau Mourad, ou, en ancien Mourad, va-t-il tomber, comme à Tabriz, dans un puits plus profond, celui de l’Histoire, au grand rire voisin du dragon chinois ?

Notes

[1] « Essai sur les Mœurs et l’Esprit des Nations », chapitre VI, « De l’Arabie et de Mahomet »

[2] Histoire de la Turquie, par A. de Lamartine, tome cinquième, livre 24ème, Paris,1854, 400 pp.p.279

 
 
 
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