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Le frelon du Caucase

lundi 10 octobre 2011, par Pierre Dortiguier

Turcs et Levantins ont leur image dans la fable, et ils sont toujours les prêtres d’une religion naturelle chez les auteurs classiques français. Aussi n’aura-t-on point été étonné d’apprendre que le ministre turc aux Affaire Européennes, M. Egemen Bagis ait répondu, comme l’aurait fait La Fontaine par un de ces personnages, au Président Sarkozy en tournée électorale, fût-il en Arménie, et qui s’est adressé non pas directement au peuple qui l’accueillait, mais à la frange arménienne de son pays, pour faire rougir de honte le drapeau des fils des Ottomans. Bien sûr, une loi interdit en France, non pas de recevoir de l’argent en mallettes, car ceci est une affaire technique, mais d’insulter la mémoire des victimes arméniennes de la guerre, en remontant jusqu’au sultan Abd Ul Hamid, par ailleurs opposé au sionisme - ce qui n’augmente pas sa popularité dans le climat actuel des relations étroites franco-israéliennes -, que la presse parisienne caricaturait comme un croquemitaine aux mains ensanglantées.

Le terme de génocide sera du reste forgé en 1943 à New York par Raphael Lemkin (1900-1959) professeur de droit, par ailleurs sioniste convaincu assistant au procès berlinois des 2 et 3 juin 1921 de l’assassin ou exécuteur (le mot serait plus exact) - ayant achevé aussi sa vie aux Etats-Unis - du grand vizir d’origine modeste, ancien facteur de poste, et franc-maçon parvenu au 33ème degré du rite écossais, Talaat Pacha, accusé de ce crime national dont M. Sarkozy demande réparation ! Nul doute que comme avocat il eût aussi couvert de honte le général Liman von Sanders, né en Poméranie, dont une partie de la famille était attachée à la confession israélite : il avait réorganisé l’armée turque depuis 1913, commandé victorieusement cette dernière à Gallipoli et défendu la Palestine contre ceux qui la libéraient de son état naturel - car les Allemands ont souvent eu un rôle négatif - ; ce chef d’Etat-major, déclara en quelques minutes au procès, devant un tribunal pressé de condamner moralement, par l’acquittement du jeune assassin, en une heure de délibération, un ancien allié pour démontrer au monde qu’il n’était pas de parti pris militariste, qu’il avait eu des oreilles partout dans l’Empire, mais qu’il ne pouvait témoigner d’un pareil fait. Les chercheurs font observer que le télégramme exhibé pour démontrer la culpabilité de Talaat Pacha demandant l’extermination, a sa date d’envoi rédigée à la manière chrétienne, que le contenu est absurde, et ce sont des auxiliaires en effet arméniens de l’ambassadeur Morgenthau en poste à Istanbul jusqu’à l’entrée en guerre des Américains en 1917, qui en auraient été les rédacteurs.

Tout ceci entre, direz-vous avec raison, dans le domaine de la recherche, et non point de la vindicte antiturque des cigales qui nous gouvernent contre les fourmis qui travaillent avec application, Laissons Dieu juger des hommes, et que nos politiciens songent à autre chose qu’à leur réélection ! Que dit d’autre M. Egemen Bagis, qui devient notre fabuliste et digne moraliste ? « Il serait mieux, pour la sérénité en France, en Europe et dans le monde que M. Sarkozy abandonne le rôle de l’historien et se creuse un peu la tête pour sortir son pays du gouffre économique dans lequel il se trouve et produise des projets pour l’avenir de l’Union européenne. » En somme, qu’il s’occupe des Français et non pas d’envenimer les relations entre l’Arménie et la Turquie ou l’Iran, entre la Géorgie et la Russie, et ceci à rebours de l’attitude chrétienne qu’il revendique aussi - pour son élection en ce monde -, de faire reculer la haine au profit de la charité.

Il est inutile et dangereux de traiter ici de la question arménienne, tant la raison d’Etat l’emporte, selon une tradition que dénonçait déjà dans les siècles passés, philosophes et théologiens, sur la recherche objective pouvant nuire aux intérêts particuliers et collectifs. En ce sens M. Sarkozy prolonge une tradition battue en brèche par Voltaire et plus près de nous Pierre Loti qui réfutait l’évidence criminelle dont le Président Sarkozy veut se servir pour diminuer la fierté ottomane. La censure frappa Loti et son nom brille davantage à Istanbul qu’à Paris. Mais la réaction des Français est encourageante, à lire le courrier des lecteurs qui demandent aussi au Président d’éteindre la crise chez lui au lieu de l’allumer chez les autres. Nous pouvons tirer de cet incident grotesque trois conclusions : 1. La haine qui enflamma la France en 1914 et l’Occident en 1914 n’est point terminée ; elle s’est prolongée et fait tache d’huile dans une géopolitique dangereuse et catastrophique, la Russie pointant à l’horizon comme l’ennemi du genre humain. 2. L’expression populaire de « tête de turc » est toujours dans les esprits, et nos alliances en Orient ne sont pas pour le besoin des peuples, mais strictement à notre seul profit, comme quand il s’agit de célébrer l’alliance ottomane des siècles passés uniquement pour régler notre conflit avec la concurrence européenne d’alors ! 3. Le chantage moral et matériel envers les Etats fait office de droit des gens et justifie ou prépare tout terrorisme. Laissons les abeilles turques, arméniennes et caucasiennes butiner, et écartons, comme le voulait Platon, les frelons.

 
 
 
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