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Le fascisme apparent et réel

vendredi 25 mai 2012, par Pierre Dortiguier

Le fameux Platon qui est si moderne dans ses théories, trop même pour n’être pas assez proche dans le temps, distinguait, comme le bachelier l’apprenait quand ses maîtres étaient bien formés, entre « vertu apparente » et « vertu vraie ». L’apparence est ce qui frappe, et se donne pour réelle, sans qu’on en puisse bien saisir la racine ou la raison, et le vrai est ce qui est en rapport avec des essences, des définitions, une sorte de longue chaîne dont on sait que Dieu tient les deux bouts. En somme toute la différence entre le coup de foudre et l’amour, le cri et le chant, la prière et le travail, Dieu même et la divinité, dirait la mystique allemande du Rhin !

Nous en sommes restés au premier stade de l’apparence, en ce qui regarde le fascisme, le communisme, le libéralisme, le matérialisme, le spiritualisme, le positivisme, le catholicisme, les protestantismes chrétiens ou l’orthodoxie russe et gréco-syrienne, l’islamisme, le chiisme, l’anarchisme, le confucianisme, le bouddhisme, le shintoïsme, le monothéisme même, le judaïsme orthodoxe ou libéral, bref toutes les doctrines, quand elles sont des mots et non pas des réflexions ou les miroirs d’une pratique !

Quelle horreur, direz-vous, par exemple, que le communisme, quelle absurdité, quelle montagne de victimes, quelle cruauté ! A quoi l’on répondrait, comme Richard Wagner dans une note d’article « L’oeuvre d’art de l’avenir » (1849), - car il fut un grand écrivain et poète autant que musicien - : « Il est dangereux à cause de la police (polizeigefärhlich) de dire que l’on est communiste. Mais quiconque ne veut pas être taxé d’égoïsme est bien forcé de s’avouer tel. »*

Le mot a été annexé par le marxisme, et toute la suite, mais les termes ont une vie, qui les impose à l’attention, y compris aux spéculateurs et aux intrigants. L’antithèse du libéralisme est mieux définie, elle a le contenu d’une liberté, celle du commerce, des mers, des échanges et n’a aucune réticence à user de la force pour étendre son monopole de puissance, car la liberté est un fait, et non pas un droit, tout comme le travail ou la santé, selon des formules risquées, de « droit au travail », etc. Le droit protège un acquis, il ne le crée jamais !

Que cette liberté doive être entravée, tous les esprits éminents, Platon en premier, et toute la galerie des penseurs l’ont affirmé et prouvé. C’est de cette nécessité de s’unir pour régler la liberté au profit de la communauté, qui est un plein, et non de la seule société qui est un espace vide, qu’est né le fascisme en Italie.

D’abord dans le Sud, après la victoire des mafiosi et autres conséquences du paupérisme apporté par l’unité italienne des libre-penseurs du Nord, qui enfermaient le pape et ouvraient toutes les serrures des trésors ecclésiastiques ! C’est là que le mot est né, puis il est réapparu dans les unions ou faisceaux d’anciens combattants qui avaient perdu leurs illusions en luttant pour ce qu’ils croyaient un péril autrichien, et qui était une manœuvre anglo-américaine de neutraliser des concurrents, du type de ceux qui empêchent la croissance à la Hollande, qui travaillent, économisent et songent à leurs enfants ! Des fascistes !

Il y en eut partout des fascistes, dans tous les pays, jusqu’en Chine, au Japon, au Portugal et en Espagne avec José Antonio Primo de Rivera - dont Franco voulut faire épouser, comme elle le dit dans ses Mémoires, la soeur Maria Pilar au chancelier allemand, en lui remettant l’épée de Ferdinand le Catholique !- , chez les Arabes chrétiens et musulmans, et l’on verra même le grand muphti de Jérusalem visiter en 1943 à Milan la maison d’où sortit le mouvement animé par Mussolini !

Qui était Mussolini ? Aujourd’hui quand un Président de la République répond dans un anglais monotone à un chancelier comme Madame Merkel, c’est un exploit ! Mussolini savait cinq langues et je me souviens d’une matinée, où j’étais à la bibliothèque du Parlement de Vienne, il y a trente ans : ma voisine lisait un article de journal des années 30, et c’était un discours de Mussolini, dans un allemand impeccable, aux phrases étendues, comme une vague ; je lisais subrepticement et lui fit remarquer la difficulté de rendre ainsi de l’italien, « mais c’est lui qui parlait si bien de l’allemand », me répondit-elle, du reste, c’était quasi un autrichien, la Romagne était longtemps autrichienne. Je me souviens de mon ignorance dévoilée ; et la jeune montagnarde, de me dire que Mussolini sur lequel elle faisait un travail, « avait travaillé en Suisse, y avait appris l’allemand, mais que l’on le connaissait déjà dans sa région ! »

En fait, le français de Mussolini était remarquable. Je le dis pour fixer l’homme ; rien à voir avec les matamores du jour. Paul Valéry l’admirait et ce littérateur français, Corse dans la lignée paternelle et de mère génoise, était un puriste en diable, et c’est même dans une préface à sa vie, que j’appris en français, de Mussolini, que son nom venait de la ville de Mossoul, où ses ancêtres faisaient le commerce. Je ne me souviens plus de ce livre, lu à l’étalage d’un libraire qui vendait aussi des disques, rue du Louvre, près de la grand poste.

Toute la France, avant guerre, dans ce qu’elle comptait de gens cultivés, majoritairement appréciait celui qui avait par l’union des énergies remonté l’Italie. Il était vraiment populaire. Et sa popularité est maintenue, puisqu’à Predappio, m’a-t-on raconté, là où il est inhumé, la mairie communiste est heureuse d’accueillir les visiteurs : l’un d’eux, un postier que je connais, m’a dit qu’il s’y rencontre même des japonais, de familles de kamikazes, - il parle du lac de Garde là où Mussolini a été liquidé pour ne par qu’il parle sur l’ordre de Churchill, car il portait sur lui une correspondance compromettante !- ; et ces familles japonaises viennent, fidèlement, chaque année, vêtues de chemises et d’uniformes de la jeunesse fasciste, ou de l’aviation italienne, du grand-père kamikaze volontaire aux petits enfants !

Alors, il y aura des gens pour dire : mais la guerre d’Éthiopie, mais la Libye ... ? Avant d’en parler, ces gens devraient regarder leur propre pays et les libyens qui ont égorgé Khadafi devraient se regarder dans une glace ! Le Cheikh Chekib Arslan (1869-1946), la plus grande figure du monde arabe, un druze du Hauran et député au Parlement ottoman, fit beaucoup pour la popularité de Mussolini, qui avait moins de brutalité que ce Napoléon qu’il traitait de « bourgeois italien ». En fait sur cette Italie planait une ombre bienveillante, celle qui même qui reparaît aujourd’hui, celle de l’Empire qui allait jusqu’en Sicile et au Royaume de Naples. Ma blonde voisine de la bibliothèque du Parlement viennois le connaissait : l’Autriche, et c’est cette liberté autrichienne qui fut la source de ce qui a été le vrai fascisme, celui qui est sensible dans les provinces, au Tyrol jusqu’aux Alpes !

C’est ce type de pensée qui était honoré par la réception - geste du chancelier allemand que l’on ne cite plus - des œuvres philologiques de Nietzsche ! Vous voyez Hollande tendre les œuvres de Nietzsche, ses cours de Bâle à un collègue expert en croissance, c’est-à-dire en asservissement du Grand Michel teuton ?

La France n’a pas eu de fascisme réel, seul apparent, car pour cela il faut, comme pour tout mouvement, une essence, un peuple ! Et nombreux étaient les Italiens désillusionnés par le libéralisme, qui hégélianisaient, tel Giovanni Gentile (1875-1944)** recherchaient la base d’un esprit absolu, de « l’atto puro »- l’acte pur, dira le philosophe cité Gentile au-dessus des partis, non dans un parti ! Bref, des gens ici jugés étranges, comme l’est Dali aux Catalans !

Qui réussira à s’imposer sur la scène de l’Histoire ? Ceux qui ont compris que l’essence des doctrines est dans le courage, la communication avec le peuple, - courage, oui, le mot qui a donné André, en grec, la qualité d’homme ! Platon n’aurait pas parlé autrement, et l’histoire dit qu’il admirait l’Italie du sud, la Grande Grèce ; la petite est aux partis, aux rats de la croissance par endettement ! L’histoire récentiste dit que le vrai Platon aurait fondé l’Académie de Florence, plus proche - vous le voyez bien - de Mussolini !

Notes :

* « Il est dangereux, à cause de la police, d’employer ce mot pourtant il n’y en a pas d’autres qui désigne mieux et plus exactement le pur contraire de l’égoïsme. Celui qui a honte aujourd’hui de passer pour égoïste - et personne, certes, ne le veut franchement et sans détour,- est bien obligé d’accepter d’être qualifié de communiste ». Richard Wagner, l’Oeuvre d’Art de l’Avenir, Oeuvres en prose, version française par J.G. Prod’homme de F.Holl, 1910, 1928, Paris, Delagrave, « Les Introuvables » tome 3, (274pp) p.193 : « Es ist polizei-gefährlich dieses Wort zu gebrauchen : dennoch gibt es keines, welches besser und bestimmter den reinen Gegensatz zu Egoismus bezeichnet. Wer sich heuzutage schämt, alsd Egoist zu gelten -und das will ja niemand offen und unumwunden-, der muss es sich schon gefallen lassen, Kommunist genannt zu werden »(Richard Wagners Gesammelte Schriften, herausgegeben von Julius Kapp, Zehnter Band, Leipzig, Das Kunstwerk der Zukunft (336 S.), S.141,

** L’auteur réel du pamphlet « La doctrine du fascisme", signée par Mussolini.

 
 
 
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