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Le dragon allemand dans le Loch Ness européen

lundi 31 octobre 2011, par Pierre Dortiguier

« On a voulu faire de la France une grande loterie où chacun pût gagner sans y mettre. » Rivarol [1]

L’on ne sait s’il faut mettre sur le compte de la légèreté ou de la tromperie électoraliste ce propos de l’orateur socialiste natif du Maroc, M. Mélanchon, qui adopte la posture de tribun du peuple, pour prétendre que les Allemands seraient « maltraités » chez eux. C’est dire en termes crus ce que Mme Christine Lagarde, avant d’accéder au F.M.I. reprochait à nos voisins, de songer plus à la prospérité du pays qu’à leur confort personnel, à mettre en pratique ce principe que le tout est supérieur à la somme des parties et les fait perdurer. Il est vrai que l’éthique du travail y a des racines religieuses examinées dans son ouvrage posthume par Max Weber (1864-1920) dans le concept de « vocation » (Beruf) ou d’ordonnance à l’« appel » divin [2]

Allusion est ainsi faite par l’ancien ministre des Finances et successeur de Strauss-Kahn que nous citons plus haut, au blocage qu’elle reproche des salaires négociés et réexaminés constamment par les syndicats avec le gouvernement socialiste de M. Schroeder, et qu’aucune grève d’envergure depuis ce temps n’a brisé. Ceci dit, pour peu que l’on franchisse à Strasbourg le pont de Kehl, l’on s’aperçoit que la vie quotidienne a toujours été, depuis les années soixante, bien plus supportable au pays de Siegfried qu’à celui de nos Napoléon, que la compétitivité y est meilleure et l’enseignement aussi. Car il ne s’agit pas de revendiquer la quantité, - comme s’y livre maintenant M. le candidat Hollande réclamant démagogiquement, en sachant qu’ils ne peuvent être payés, 60 000 postes d’enseignants - , mais aussi la qualité des moyens mis en œuvre ; et ceci nous fait défaut depuis la précédente révolution utopiste de 1968 que nos partenaires ont évitée ou limitée à des clubs sans influence sur le pays réel.

Reprenons la source de cette comparaison de la France avec l’Allemagne, qui faisait dire récemment à un publiciste parisien rédacteur de Point fr., M. Hervé Gattegno, au micro de Radio Monte Carlo à propos du couple franco-allemand dont se réclame, non sans raison d’y puiser une nouvelle force, M. le Président Sarkozy, « qu’ils ne vieilliront pas ensemble » ! Le point de départ est une demande datant de la période socialiste présidée par Mitterrand, quand ce dernier à imposé, après l’unification des quatre zones d’occupation, au chancelier Kohl le sacrifice du deutsche Mark par l’introduction de l’Euro. Ce n’est donc point un outil aux mains de la puissance allemande, mais son entrave. Et la crise grecque a servi à transformer cet outil de pression en instrument de torture, au point que seul l’intérêt national ou la nécessité de ne pas agrandir la servitude allemande envers ceux qui lui dictent sa conduite, et la parasitent depuis un demi-siècle, a donné l’assentiment des députés du Bundestag à l’actuelle chancelière.

C’est donc un véritable monstre de Loch Ness écossais que mettent en place les politiciens, notamment de l’opposition, contre un Sarkozy complice aussi de cette pression exercée sur sa partenaire, mais qui pourrait engranger un bénéfice en se présentant par ailleurs, non sans ruse, comme l’artisan de ce modèle de réussite sur tous les plans et qui donne à l’Europe son vrai caractère de puissance et d’autorité. Ce serait le cas d’énumérer les griefs de l’Occident contre ce glacis allemand qui est le plus près commercialement de la Fédération de Russie, et vient de se signaler, au début de la conspiration libyenne –car quel autre nom donner à la mobilisation politique et militaire otanienne ? - par un refus d’intervention ; mais surtout par l’appel à un autre vrai dragon, bien plus redoutable et capable de faire chuter toutes les prévisions de concertation européenne et américaine pour pousser l’Allemagne à éponger l’inondation d’un système malhonnête : l’argent, l’économie et le travail chinois. Les Allemands ont proposé qu’au lieu d’inviter des parasites à prendre prétexte de secourir une économie grecque pour se faire eux-mêmes soutenir institutionnellement par un prétendu contrôle de la BCE par les Etats, la Chine mette à profit son statut de créancier de la dette américaine pour absorber les produits toxiques des Banques, de la Grèce au Portugal. C’est un service que peut rendre le plus stable pays du monde à la locomotive européenne, et la France découvrira avec M. Sarkozy qu’il y a autre chose à faire dans une vie de couple que l’on veut afficher comme exemplaire pour la conduite des autres peuples européens et méditerranéens –puisque nous nous engageons dans cette Union pour la méditerranée dont l’entité sioniste fera partie- que d’être le quatrième pays exportateur d’armes.

Notes

[1] Journal politique National,1789-1790, cf. Rivarol Ecrits politiques et littéraires, choisis et présentés par Victor-Henry Debidour, Paris, Grasset 1956, 244p., p.152.

[2] Max Weber, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, Plon,1964, rééd. 1984, pp. 90-92

 
 
 
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