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Le Printemps Arabe, acte II.

vendredi 26 août 2011

Tenir à considérer les révolutions arabes, comme des révolutions de fruits et de fleurs, ou comme un "printemps arabe", conduit, nécessairement, à reconnaître leur échec flagrant.

Il a suffi qu’un homme surmonte le mur de Berlin et exhibe un ananas, pour que le système communiste s’écroule, comme un château de cartes, inaugurant, ainsi, le passage éclair des ex-pays communistes à la liberté, la démocratie et la prospérité, comme se plaît à le ressasser la propagande, dans les pays de l’Ouest. Par ailleurs, et à la différence des régimes communistes diabolisés, systématiquement, par la propagande occidentale, la plupart des régimes arabes suivaient, à la lettre, les diKtats américains, sur tous les plans de la vie économique, sociale, politique, et autre. Ils vivaient, donc, dans un "printemps révolutionnaire permanent" !!! Il faut, donc, et pour sortir de cet amalgame suspicieux, considérer les révolutions arabes, sous un registre différent, réaliste, et soucieux de les voir aller de l’avant, dans le sens le plus conforme aux conditions, aux besoins et aux aspirations des sociétés arabes. Dans cette optique, force est de constater que le soi-disant "printemps arabe" ne fait que se prolonger, pour couvrir les quatre saisons de l’année, ou même régresser et sortir de tous les climats révolutionnaires connus.

D’abord, en Syrie. Une contre révolution, ni plus, ni moins. On est témoin de l’acharnement du camp qui regroupe les superpuissances impérialistes, le mouvement sioniste et leurs tentacules régionales et locales, à vouloir renverser un régime, qui est l’un des plus rares, sur le plan mondial, à adopter des politiques indépendantes, que lui inspire son attachement aux véritables causes de la nation arabe et, en premier lieu, à la cause palestinienne.

Au Yémen, la révolution piétine et prend l’allure d’une guerre civile : Ali Abdallah Saleh affirme qu’il est sur le point de regagner San’a, après avoir passé plusieurs semaines de cure, en Arabie saoudite, d’où il multipliait, quotidiennement, ses menaces de "somalisation" de son propre pays.

A Bahreïn, le régime des Khalifa reste inébranlable. Grâce à l’intervention militaire de l’Arabie saoudite et autres pays du Conseil de coopération du golfe Persique, il soumet à toute sorte de répression, sanguinaire et autre, le mouvement de protestation qui mobilise la grande majorité du peuple bahreïni.

En Lybie, c’est l’enlisement. Avec ou sans le départ de Kadhafi, toutes les voies semblent conduire la révolution vers le chaos. Hétérogène et, de toute évidence, en proie à des rivalités intestines, l’opposition est en grande difficulté de prouver sa légitimité et son indépendance, en raison de la lourde présence de l’Alliance atlantique, à laquelle, elle doit sa victoire, dès maintenant, qualifiée de "catastrophique", par la presse occidentale : on la soupçonne de contenir trop d’éléments extrémistes, ce qui signifie que le dénouement heureux n’est pas pour demain.

En Tunisie et en Egypte, il est vrai, et c’est fort important, du point de vue symbolique, que deux grands symboles du despotisme et de la corruption sont chassés du pouvoir. Mais les régimes, qu’ils avaient mis en place, pendant des dizaines d’années, continuent, en gros, à fonctionner, comme auparavant, malgré certaines réformes, qui restent à préciser et à approfondir.

Ailleurs, au Maroc, en Algérie, en Jordanie, et en Arabie saoudite, on est toujours à l’étape de manifestations plus ou moins timides.

En somme, et si l’on tient à cette qualification qui s’efforce de comparer les événements, dans le monde arabe, à ceux qui ont eu pour conséquence le passage à l’Ouest de la grande majorité des pays de l’Est, on se trouve en présence d’un tableau sombre qui contraste, très sensiblement, avec les espoirs nourris, par ce qu’on appelle le "printemps arabe". Mais ce tableau devient plus ensoleillé, si l’on prend en compte une réalité arabe, peuplée, depuis des centaines d’années, de mille et une sortes de calamités. Il suffit de jeter un coup d’œil rapide sur l’histoire dramatique des peuples arabes, située entre le despotisme des gouverneurs, les malheurs des populations et les ravages du colonialisme…

Pour parler, vraiment, de révolutions arabes, en se limitant à leurs seules expressions, en liaisons avec la tumeur israélienne, on doit s’arrêter, longuement, devant la Résistance, en Palestine et au Liban. Ce n’est pas un détail de voir l’armée soi-disant invincible d’"Israël’, humiliée, devant les portes de ces deux petites entités que sont Gaza et le Liban, alors que des régimes arabes complotent pour les éradiquer. Ce n’est pas non plus un détail de voir le Liban officiel, le seul, qui, parmi les pays arabes, a mené à bien une grande révolution, par la formation de son gouvernement actuel. N’a-t-il pas bloqué, il y a quelques jours, une résolution du Conseil de sécurité, qui voulait taxer de terroriste l’opération qui a visé des colons et des militaires israéliens, près d’Eilat ?

Avec, entre autres phénomènes, les rassemblements populaires, dans les villes égyptiennes, exigeant la fermeture du nid d’espions israéliens, au Caire, et l’abrogation de Camp David et des traités annexes, avec l’entité sioniste, rassemblements invités à devenir plus millioniens que ceux de la place Tahrir, l’aube des révolutions arabes commence à pointer à l’horizon.

 
 
 
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