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Le Front national... qui sert-il ?

mardi 24 avril 2012, par Pierre Dortiguier

Nous pouvons écarter les électeurs de l’appareil politique, et dire avec la mairesse du VIIème arrondissement, le plus chic de Paris, la députée UMP européenne, Mme Rachida Dati, qu’il ne convient pas de les « stigmatiser, ni de les mépriser », comme le ferait le parti socialiste.

A quoi elle aurait pu ajouter –si ce n’est le fond de sa pensée d’experte de la vie politique- que ce fut François Mitterrand qui en favorisa le développement et permit à l’organisation minoritaire, formée, dans ses cadres, de revanchards de l’Algérie française et des campagnes coloniales d’Indochine, de constituer, à partir des élection de 1986 organisées par le Premier ministre Laurent Fabius introduisant un système proportionnel, un fourre-tout de mécontents – à l’époque doté de 36 députés- dont le résultat fut d’empêcher l’opposition non marxiste ou non gauchiste, non laïciste aussi, de transformer de l’intérieur une droite conservatrice, encore gaulliste, sinon plus gaullienne, glissant vers le libéralisme et rejoignant l’atlantisme commun à tous les anciens partis républicains d’opposition à De Gaulle.

Par cette manœuvre habile Mitterrand, comme le Hollande du jour, affaiblit ou vide de son sang populaire une droite nationale et ses trois acquis des années 60-70 :
- Une reconnaissance de la personnalité et de l’indépendance des pays musulmans, par rupture avec le passé colonial supporté et aggravé même durant le Front Populaire de Léon Blum qui en janvier 1937 dissout l’Etoile Nord Africaine, nationaliste, de formation kabyle ; et cette politique fut aggravée par le gouvernement d’Alger, avec participation communiste, de 1942-44, la répression algérienne du gouverneur socialiste Robert Lacoste dont les communistes n’avaient pas désapprouvé les pleins pouvoirs, ministre résident en Algérie du 9 février 1956 au 13 juin 1957 et « Ministre de l’Algérie » (sic) (tenez-vous bien !) jusqu’en 14 mai 1958 !
- Une égalité de droit entre la France et l’Allemagne devenus le noyau de la construction européenne, contrairement à l’orientation traditionnellement atlantiste de notre démocratie chrétienne et de la social-démocratie. Le « Times » de Londres, commentant le premier tour des élections, dit que le parti de la défiance envers l’Europe franco-allemande l’a emporté avec M. Hollande, mais, l’Euroscepticisme britannique s’étend au Front National qui exige, comme M. Hollande, la caducité des traités européens, ce que réclame l’aile dure mélenchonienne.
- Une plus grande puissance de l’exécutif sur le pouvoir législatif paralysé par le compromis nécessaire au régime des partis. Le Front National exige une représentativité proportionnelle qui séduit le légaliste, à bon droit, mais donne plus de pouvoir à la censure qu’à la responsabilité d’une politique, dans le contexte français de culture de lutte des classes.

L’on n’a peut-être pas suffisamment remarqué le modèle que suivait l’ancien Président Mitterrand en favorisant le Front-National et en enfermant ainsi le patriotisme dans un ressentiment contre la part française d’immigration algérienne ; il se souvenait de le montée foudroyante du mouvement de Pierre Poujade (1920-2003) (Poujadisme) désigné ensuite comme exemple classique de populisme : la quatrième république était impopulaire, réduite à des combinaisons partisanes sordides, et le mouvement de protestation civique du syndicaliste et papetier de Saint-Céré (dans le Lot), de désobéissance aux contrôles du fisc, se mua en un immense porte-voix tonitruant « sortez les sortants, donner un coup de ballet » !

Mais aucune mesure politique digne de ce nom, aucune vision du monde, n’était proposée et le mouvement comme un soufflet au fromage retomba après un certain volume : le régime, nouveau Franklin, avait inventé un paratonnerre politique.

Mitterrand, en vieux renard, avait été ministre de l’intérieur, fait décapiter même deux ou trois communistes européens coupables de soutenir le F.L.N. et était viscéralement Algérie française, comme toute cette gauche que l’on retrouve dans les palaces marocains, à commencer par DSK ! Les Delanoë & consort, tout comme le confident et le véritable directeur politique du Front National Jean-Louis, le toulousain Aliot - par sa mère, d’une famille socialiste passée à la droite extrémiste par aigreur anti arabe, de Bab-el-Oued, précise Wikipedia, tout comme Mélenchon, sortent de ce Maghreb occupé et l’une des raisons psychologiques des cris contre l’islamisation du pays, et des persécutions administratives et scolaires contre l’intégrisme du port du hidjeb vient de ce milieu de la « gauche » éducative, transplantée et recasée dans nos académies, nos préfectures, nos salons électoraux, nos loges aussi, puisque la maçonnerie, plus que l’Eglise, fut la vraie religion coloniale du Maroc au Mandat syro-libanais !

Mitterrand était un de ces hommes, il avait, par haine de De Gaulle émancipateur de la France coloniale dont il avait fait la France européenne, l’anti-Jules Ferry, en somme, préféré lier l’avenir de la France à la suite de Bismarck qu’aux compatriotes d’Abd-el-Kader !

La réaction française ne l’entendait pas ainsi : ce fut un ingénieur militaire, le lieutenant-colonel de l’armée de l’air, le lorrain (francophile) et ancien de l’École Polytechnique, Jean -Marie Bastien Thiry (1927-1963) qui ne le tua pas, à cause de la Providence, mais était le bras armé de ce mouvement de ressentiment d’où allait mûrir le Front National et lui ont donné ses cadres, et non pas un fascisme français qui était évanoui depuis longtemps, si tant est qu’il eût existé, sauf intellectuellement ou sporadiquement, comme force politique affirmable.

Feu Mitterrand (1916-1996) défendait âprement cette France qui avait besoin du travail et de la main d’œuvre nord-africaine : cette dernière, en revanche, familles de Harkis comprises, s’est crue défendue par ceux mêmes qui d’un autre côté agitaient le spectre du F.N. et paralysaient toute union nationale du type de celle qu’offre l’Allemagne unie, non seulement entre syndicat et patronat, mais entre Conservateurs et sociaux démocrates, Allemands anciens et nouveaux, Chrétiens et Musulmans etc.

Faut-il bâtir une France forte avec un programme de ressentiments ? Il suffit de poser la question, et le réponse sera peut-être déjà sensible au second tour des élections, non encore jouées !

 
 
 
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