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Pierre Dortiguier
 
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Le Combat de Prométhée

Vienne 1895 - (Extrait)

vendredi 3 juin 2011

Ehrenfels développe son thème dualiste du feu qui s’éteint dans le temple que garde Marie et qui est interprété par les Juifs légendaires, aujourd’hui Rationalistes ou Monistes avérés, comme un néant alors que son père Zacharie d’abord inquiet de sa négligence comprendra qu’elle est visitée par l’Esprit divin qui conçoit Jésus successeur et de la lignée de Prométhée. Marie est l’incarnation pour Ehrenfels de la qualité suprême de la Gestalt.

Zacharie

Reconnais-tu qu’il t’est confié
De veiller sur la force du feu ?

Marie

Oui, Père, je le reconnais.

Zacharie

Rapporte alors fidèlement
Ce que seule ici tu as fait !

Marie

Jusqu’au ciel est allée ma prière.

Zacharie

T’a-t-il été répondu ? Parle !
Un signe terrifiant t’a-t-il troublé l’esprit ?

Marie

Ce que j’ai vu, le très auguste miracle,
Aucun mot ne peut le nommer.

Zacharie

Hésites-tu à répondre ?

Marie

J’ai dit ce que j’ai pu.

Les Prêtres

Ah ! Quelle audace ! Fléchis son obstination !

Zacharie

Par un silence opiniâtre tu accrois
Le reproche et le soupçon !

Marie

Parle, Père, ce que dans les heures de recueillement
L’Esprit te manifeste,
 
Peux-tu chasser d’un mot vide
La force de ce miracle ?

Zacharie (après un court silence)

Que donc soit ordonné le jugement
Le suprême qui le droit comme la faute
Par la puissance de Dieu établit !

Marie

Je veux jurer dans l’humilité.

Zacharie (aux prêtres)

Je vous appelle en témoins du serment !

Les Prêtres

Nous montons bonne garde !

Zacharie (à Marie)

Jure donc que purement ta vie,
De l’amour d’un homme jamais troublée,
Au saint sacrifice tu l’as consacrée !

Les Prêtres

Jure-le à la lumière de la colère divine
Qui éternellement punit le crime !

Marie

Je le jure.

Zacharie

Certifie que dans une aspiration pure
Et pleine d’humilité du cœur
Tu as désiré la charge suprême !

Les Prêtres

Certifie-le à la lumière de la clémence divine
Qui éternellement récompense le bien !

Marie

J’en témoigne.

Zacharie

Jure à présent par un très ferme serment
Que si le temple t’a reçue
Pure en conduite et volonté,
Toi, tu as strictement préservé le bien du cœur ?
Et la suavité de toute stimulation terrestre
As banni dans la prière !

Les Prêtres

Jure-le par le feu de la force éternelle
Qui parcourt le monde d’un souffle créateur
Et provoque l’amour céleste ! (Silence)
Jure-le ! (Silence) Jure ! (Silence) Jure !

Marie (regardant au ciel )

Mon Dieu, je ne peux jurer.

Les Prêtres (dans l’indignation)

Ah, quel aplomb ! Epargne l’artifice,
Hypocrite, honteusement démasquée !

Le Peuple (de l’extérieur)

Ouvrez la porte du temple ! Ouvrez !
Laissez entrer votre peuple !

Zacharie

Qui appelle ?

Annas (sortant des rangs)

Oh Seigneur ! Le cor du gardien
A porté au loin la nouvelle du malheur
A présent le peuple tempête dans la crainte et l’horreur.

Le Peuple (comme précédemment)

Pieux, informez-nous !
Faites savoir ce qui s’est produit !

Zacharie

Recouvrez promptement l’espace sacré
Et dégagez l’ouverture des portes !

Annas. (secrètement à Zacharie pendant que le rideau est fermé au second plan et que les portes sont ouvertes.)

Ecoute ! Ordonne ! Je suis prêt !

Zacharie (refusant).

Celui qui punit sauvera aussi !

Les Prêtres (regardant vers les portes)

Maintenant, Ciel, assiste-nous !

Le Peuple. (entrant tempétueuse ment des deux côtés)

D’en haut est venu l’appel de la plainte
Qui nous a sortis avec effroi de nos maisons et des champs.
Dites, le feu menace-t-il ? l’ennemi approche-t-il ?
La terre tremble-t-elle ? l’édifice vacille-t-il ?
Pères, faites-nous connaître l’urgence !

Zacharie

Vous voyez ici les Pères assemblés !
Aucune horreur connue ne trouble l’esprit
A l’heure très grave, le cœur se fortifie
Dans le courage et la confiance en Dieu.

Le Peuple

Cependant annonce partout le malheur le regard,
La pâleur craintive de la joue !

Zacharie

Par l’enchaînement du malheur, Dieu nous éprouve,
Pour savoir si fidèlement l’esprit dans la sainte foi
Maîtrise l’angoisse du cœur !

Le Peuple

Ainsi Dieu nous a frappés d’un coup pénible ?
Parlez et laissez-nous savoir !

Zacharie

La pure du Temple a été souillée
Par l’impudence téméraire du sacrilège !

Le Peuple

Malheur à la détresse ! Et le saint brasier,
Annonce, a-t-il été troublé ?

Zacharie

Aussi longtemps que dans le cœur sont l’amour et la foi
Vit aussi le brasier céleste.

Le Peuple

Malheur, il se remplit comme nous l’avons pressenti !
Ouvrez le voile, laissez-nous voir !
Montrez le signe de la grâce !

Zacharie

Ce n’est pas encore le jour du Seigneur
Qui vous a assuré un tel droit !

Le Peuple

Une détresse menaçante nous en assure le droit !
Ainsi en font mention les Pères !

Zacharie

Adoucir la détresse était mon but.
Cependant, puisque vous le désirez hardiment,
Connaissez donc comment Dieu nous a éprouvés :
Le feu est éteint !

Le Peuple

Hélas, hélas ! Terrible jugement !
Ciel, à présent montre-nous la faute !
 
(avec des airs menaçants)
 
Cherchez, gardiens du lieu sacré,
Laissez-nous voir l’expiation !
Malheur à vous, vous hésitez, désœuvrés et attiédis,
Malheur encore sur votre tête !

Annas. (aussitôt disparu après l’entrée du peuple à l’intérieur du temple, apparaît maintenant)

Ô grâce et salut ! Egarés, taisez-vous
Et appréciez la force d’amour du Seigneur
Qui paie la faute par le bien !
Renouvelé est la brasier du ciel ;
Regardez et voyez le miracle.

(Il tire le rideau de façon à laisser voir par une ouverture l’autel et au-dessus un feu rouge sombre, (unruhig und niedrig brennendes Feuer) turbulent et brûlant bas est visible.)

Le Peuple (après un assez long silence).

Le brasier flambe bien ; cependant pas comme autrefois
Dans une claire joie céleste !
Se pressant contre la terre, vacille sauvagement
La flamme dans une rouge confusion.

Op. cit. 2e journée de la Tétralogie in « Allegorische Dramen für musikalische Composition gedichtet » Drames allégoriques poétisés pour la composition musicale. Editeur Carl Konegen, Vienne, 1895.

 
 
 
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