Zacharie
Reconnais-tu qu’il t’est confiéDe veiller sur la force du feu ?
Marie
Oui, Père, je le reconnais.
Zacharie
Rapporte alors fidèlementCe que seule ici tu as fait !
Marie
Jusqu’au ciel est allée ma prière.
Zacharie
T’a-t-il été répondu ? Parle !Un signe terrifiant t’a-t-il troublé l’esprit ?
Marie
Ce que j’ai vu, le très auguste miracle,Aucun mot ne peut le nommer.
Zacharie
Hésites-tu à répondre ?
Marie
J’ai dit ce que j’ai pu.
Les Prêtres
Ah ! Quelle audace ! Fléchis son obstination !
Zacharie
Par un silence opiniâtre tu accroisLe reproche et le soupçon !
Marie
Parle, Père, ce que dans les heures de recueillementL’Esprit te manifeste,Peux-tu chasser d’un mot videLa force de ce miracle ?
Zacharie (après un court silence)
Que donc soit ordonné le jugementLe suprême qui le droit comme la fautePar la puissance de Dieu établit !
Marie
Je veux jurer dans l’humilité.
Zacharie (aux prêtres)
Je vous appelle en témoins du serment !
Les Prêtres
Nous montons bonne garde !
Zacharie (à Marie)
Jure donc que purement ta vie,De l’amour d’un homme jamais troublée,Au saint sacrifice tu l’as consacrée !
Les Prêtres
Jure-le à la lumière de la colère divineQui éternellement punit le crime !
Marie
Je le jure.
Zacharie
Certifie que dans une aspiration pureEt pleine d’humilité du cœurTu as désiré la charge suprême !
Les Prêtres
Certifie-le à la lumière de la clémence divineQui éternellement récompense le bien !
Marie
J’en témoigne.
Zacharie
Jure à présent par un très ferme sermentQue si le temple t’a reçuePure en conduite et volonté,Toi, tu as strictement préservé le bien du cœur ?Et la suavité de toute stimulation terrestreAs banni dans la prière !
Les Prêtres
Jure-le par le feu de la force éternelleQui parcourt le monde d’un souffle créateurEt provoque l’amour céleste ! (Silence)Jure-le ! (Silence) Jure ! (Silence) Jure !
Marie (regardant au ciel )
Mon Dieu, je ne peux jurer.
Les Prêtres (dans l’indignation)
Ah, quel aplomb ! Epargne l’artifice,Hypocrite, honteusement démasquée !
Le Peuple (de l’extérieur)
Ouvrez la porte du temple ! Ouvrez !Laissez entrer votre peuple !
Zacharie
Qui appelle ?
Annas (sortant des rangs)
Oh Seigneur ! Le cor du gardienA porté au loin la nouvelle du malheurA présent le peuple tempête dans la crainte et l’horreur.
Le Peuple (comme précédemment)
Pieux, informez-nous !Faites savoir ce qui s’est produit !
Zacharie
Recouvrez promptement l’espace sacréEt dégagez l’ouverture des portes !
Annas. (secrètement à Zacharie pendant que le rideau est fermé au second plan et que les portes sont ouvertes.)
Ecoute ! Ordonne ! Je suis prêt !
Zacharie (refusant).
Celui qui punit sauvera aussi !
Les Prêtres (regardant vers les portes)
Maintenant, Ciel, assiste-nous !
Le Peuple. (entrant tempétueuse ment des deux côtés)
D’en haut est venu l’appel de la plainteQui nous a sortis avec effroi de nos maisons et des champs.Dites, le feu menace-t-il ? l’ennemi approche-t-il ?La terre tremble-t-elle ? l’édifice vacille-t-il ?Pères, faites-nous connaître l’urgence !
Zacharie
Vous voyez ici les Pères assemblés !Aucune horreur connue ne trouble l’espritA l’heure très grave, le cœur se fortifieDans le courage et la confiance en Dieu.
Le Peuple
Cependant annonce partout le malheur le regard,La pâleur craintive de la joue !
Zacharie
Par l’enchaînement du malheur, Dieu nous éprouve,Pour savoir si fidèlement l’esprit dans la sainte foiMaîtrise l’angoisse du cœur !
Le Peuple
Ainsi Dieu nous a frappés d’un coup pénible ?Parlez et laissez-nous savoir !
Zacharie
La pure du Temple a été souilléePar l’impudence téméraire du sacrilège !
Le Peuple
Malheur à la détresse ! Et le saint brasier,Annonce, a-t-il été troublé ?
Zacharie
Aussi longtemps que dans le cœur sont l’amour et la foiVit aussi le brasier céleste.
Le Peuple
Malheur, il se remplit comme nous l’avons pressenti !Ouvrez le voile, laissez-nous voir !Montrez le signe de la grâce !
Zacharie
Ce n’est pas encore le jour du SeigneurQui vous a assuré un tel droit !
Le Peuple
Une détresse menaçante nous en assure le droit !Ainsi en font mention les Pères !
Zacharie
Adoucir la détresse était mon but.Cependant, puisque vous le désirez hardiment,Connaissez donc comment Dieu nous a éprouvés :Le feu est éteint !
Le Peuple
Hélas, hélas ! Terrible jugement !Ciel, à présent montre-nous la faute !(avec des airs menaçants)Cherchez, gardiens du lieu sacré,Laissez-nous voir l’expiation !Malheur à vous, vous hésitez, désœuvrés et attiédis,Malheur encore sur votre tête !
Annas. (aussitôt disparu après l’entrée du peuple à l’intérieur du temple, apparaît maintenant)
Ô grâce et salut ! Egarés, taisez-vousEt appréciez la force d’amour du SeigneurQui paie la faute par le bien !Renouvelé est la brasier du ciel ;Regardez et voyez le miracle.
(Il tire le rideau de façon à laisser voir par une ouverture l’autel et au-dessus un feu rouge sombre, (unruhig und niedrig brennendes Feuer) turbulent et brûlant bas est visible.)
Le Peuple (après un assez long silence).
Le brasier flambe bien ; cependant pas comme autrefoisDans une claire joie céleste !Se pressant contre la terre, vacille sauvagementLa flamme dans une rouge confusion.
Op. cit. 2e journée de la Tétralogie in « Allegorische Dramen für musikalische Composition gedichtet » Drames allégoriques poétisés pour la composition musicale. Editeur Carl Konegen, Vienne, 1895.