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La volonté de puissance des révolutions colorées

jeudi 29 décembre 2011, par Pierre Dortiguier

La dernière intervention du premier ministre et candidat favori du peuple aux présidentielles de la Fédération de Russie est raisonnable : ce n’est pas intervenir dans les affaires intérieures que de constater qu’aucun « opposant russe » avantageusement présenté sur nos écrans médiatiques n’affiche aucun autre programme que celui que le chancelier autrichien Metternich relevait chez les libéraux de son temps : « ôte toi de là que je m’y mette » ou autre coup de coude politique. Nous entendons quotidiennement parler d’illégitimité du pouvoir, que les Kremlin du monde sont occupés par des escrocs, un peu comme si le suisse Guillaume Tell sur la scène d’opéra parlait du bailli autrichien Gesler, dont on sait maintenant qu’il n’existait pas, ou Robin des Bois défiant tous les shérifs en place.

Pour éclairer la situation, procédons par une première question : suffit-il d’accuser ou doit-on apporter une preuve, et la légitimité ne repose-t-elle pas sur des actes et non sur des intentions ? Il ne sera pas défendu à un Français de cœur ou d’adoption, que sont nos lecteurs, de relire ce que Descartes dit dans ses Méditations de la volonté bonne, ou ferme : « d’une grande clarté dans l’entendement suit une grande détermination dans la volonté ». Ce qui se nomme une volonté qui veut, qui parvient parfaitement à sa fin en suivant la chaîne des raisons, et non pas une volonté qui braille ou pleurniche comme un de ces enfants que l’on voit tirer leurs parents désemparés vers les rayons du supermarché, dans nos sociétés permissives. Il est bien difficile de discerner autre chose que des appétits de pouvoir dans la volonté exprimée par les révolutions de couleur qui courent le monde, comme un livre de la Bible attribué au saint prophète Job présente le diable en voyageur éternel à la quête des âmes faibles. Le tour de passe-passe remarquable de cette contestation hivernale russe est, je reprends les termes exacts de M. W. Poutine, germaniste et politicien plus patriote que ne le furent les Eltsine et les Gorbi cosmopolites, - eux dont la limite de circonférence est partout et le centre reste invisible, comme ironisait de leurs ancêtres le peintre espagnol Dali dans les années 20 -, est de contester des élections à venir au nom de la démocratie. En cela nous rejoignons une forme de terrorisme qui s’applique universellement : j’ai vu en décembre un film, à l’invitation d’un étudiant iranien, dans une salle parisienne de l’Odéon intitulé « Lady » sur l’opposante birmane au gouvernement, femme riche, habituée de l’ambassade britannique, ne développant jamais aucune sorte de programme économique en privé ou devant une foule immense, et affichant dans sa demeure somptueuse, à l’initiative du metteur en scène Besson, une sentence anglaise de Moshe Dayan pour initier ses gardiens auxquels elle veut apprendre des mots anglais, à la démocratie. Telle aura été la révolution birmane de safran. Quelle sera la nouvelle poupée russe de l’opposition soutenue par Gorbi et tout le quartier Saint-Germain de Paris ? On aura beau la démonter, elle ressortira toujours plus réduite, mais intacte, sinon hermétique.

Dans notre modernité la volonté serait bien, à parler métaphysique, un jeu de puissances, qui s’estime éclairé en soi et n’éprouve donc pas le besoin d’instruire autrui de ses intentions. Il lui suffit d’exister et de se répandre et chacun de lui obéir en appelant cette union dans la confusion, sa liberté de choix. Mais le dernier terme est de trop. L’on nous demande seulement de désapprouver ou de condamner, de louer ou de blâmer, mais en précisant qu’un homme libre, comme nous le serions politiquement devenus, n’a pas besoin de douter de sa liberté, de réfléchir, de se contenter de s’appliquer à « dire quelque chose sur ou de quelque chose ». Par quoi est définie la pensée depuis toujours, à commencer par Aristote. Cela est de trop : or nos volontaires colorés ne disent rien sur rien. Ils s’affirment et traitent ceux qui leur demandent des raisons, d’épouvantails à moineaux, d’escrocs, de tyrans, de monstres, tout ce que l’on entendait, il y a plus de deux siècles à Paris, avant de perdre la tête !

 
 
 
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