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La stratégie russe devant l’Europe nouvelle

mercredi 9 mai 2012, par Pierre Dortiguier

Une Europe politique nouvelle se précise après le départ de M. Sarkozy et, depuis le 16 novembre 2011... de l’autre importante personnalité milanaise conservatrice, d’une durée de pouvoir rare en son pays, aussi longue que celle de feu Mussolini, « le chevalier du travail » -ainsi nommé depuis 1977, « Il Cavaliere del Lavoro », M. Berlusconi, lequel a dynamisé à ce point l’expansion économique italienne à l’étranger, notamment en Russie, qu’il comptait parmi les favoris de M. Poutine, entre les dirigeants européens.

On a parlé aussi, moins bruyamment, mais non sans exactitude, du contraste actuel de deux sortes de population européenne, du Nord et du Midi, aux réactions différentes devant les difficultés de la crise mondiale, la première réaliste et patiente, recherchant la stabilité politique et la cohésion, la seconde prompte à l’insurrection et au découragement accompagnant l’échec de solutions radicales et souvent utopiques.

Tel est ce tableau de l’Europe occidentale, comme il pouvait aussi, dans ses grands traits, s’offrir au Dostoïevski du « Journal d’un écrivain » (1873 à 1877) ! Et c’est cette Russie nationale, autoritaire et déterminée à se renforcer, qui est revenue au pouvoir, et y a été confirmée par des élections désagréables pour l’intelligentsia et les faiseurs d’opinion d’ici, mais réfléchissant la volonté populaire.

La « Russie unie » réussit ; là où la France forte se paralyse dans son propre camp ; tout comme le peuple de gauche offre plusieurs têtes qui pourraient augmenter sa colère et entraver la mobilité du corps !

La liberté de la politique russe, qui exige une politique de défense militaire entre en conflit avec l’OTAN, et la force de cette dernière organisation augmente au fur et à mesure que la tension au Proche-Orient, à savoir les manœuvres turques antisyriennes, l’oblige à parfaire son unité, ses méthodes et aussi à développer toute une tactique de soutien à une lutte subversive.

D’armée classique, cette OTAN devient une armée politique, tout comme, à l’Est, l’aura été l’armée rouge, c’est-à-dire une force appuyée sur une idéologie et des actions de désagrégation interne, sur le modèle libyco-syrien, et auquel l’Afghanistan aura servi, quand il partira théoriquement en 2014, de terrain d’exercice.

Une analyse, datée de ce 8 mai 2012, de M. George Friedman, de la « Stratfor Consultin », intitulée « L’évolution de la stratégie de Poutine Europe »(« Putin’s evolving Strategy in Europe ») fait ressortir l’évolution réaliste de Poutine abandonnant l’intenable domination soviétique, reformant une Russie débarrassée de ses oligarques maffieux, - il aurait pu préciser, assainissant une situation financière -, défendant ses frontières caucasiennes, intervenant dans la partie de la Géorgie pour défendre ses peuples alliés, et surtout engageant avec M. Schroeder un partenariat utile aux deux parties.

L’influence personnelle de Jacques Chirac – qui connaissait le russe et sympathisait avec sa civilisation - donnait aussi une assise à la Russie, et ceci était sans la suite de la droite gaulliste sur l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, que rejetait l’opposition socialiste, au nom de la démocratie qu’elle habillait aux couleurs américaines.

L’auteur Américain rappelle que la collaboration franco-russe alla si loin que, malgré l’opposition de Jacques Chirac, les trois Etats baltes, l’Estonie, Lituanie et Lettonie –pays qui fournit de nombreux auxiliaires à la révolution russe par haine justement de la Russie traditionnelle - furent admis à l’OTAN et M. Chirac pria M. Poutine à assister à ce sommet, comme son invité.

Revenons sur un aspect des alliances russo-européennes qui ne se reverra plus ainsi, et qui montre le progrès de l’emprise de l’OTAN et des U.S.A. sur notre devenir européen.

Friedman observe « Poutine avait de très proches amis dans les leaders français et allemands, mais il était comme un frère avec le premier ministre d’Italie d’alors Silvio Berlusconi. Cette relation était davantage personnelle, parce que l’Italie n’était pas aussi stratégique (ou menaçante) » prétend Friedmann « que les autres puissances ».

« Poutine et Berlusconi ont passé ensemble leurs vacances, célèbrent ensemble les anniversaires, et se sont offerts de somptueux cadeaux. En 2011 quand M. Berlusconi a été poursuivi pour des scandales M.Poutine a pris sa défense et déclaré que ces accusations étaient le fait d’envieux. L’amitié de Poutine et de Berlusconi a conduit à des relations entre les compagnies d’exploitation énergétique italiennes et russes. Poutine a pu user de ses relations avec Berlusconi pour faire accéder Gazprom au groupe gigantesque ENI lié à l’Etat italien, dont les installations couvrent l’Afrique du Nord et surtout la Libye. »

Il est certain que la connaissance de ces liens permet d’apprécier autrement l’éventuelle hostilité que les USA et leurs clients européens, ceux qui ont conduit l’opération contre la Lybie, pouvaient avoir contre ceux qui favorisaient, parmi les leaders arabes, ce type d’alliance et d’exploitation économique échappant à moyen terme au leadership US.

L’Histoire n’est, en effet, réellement connaissable qu’à la lecture complète des pièces d’un dossier que les médias cachent aux masses.

Il est compréhensible que ces relations personnelles de M. Poutine avec Mme Merkel, M. Sarkozy et M Prodi qui succédait alors, pour un temps, à M. Berlusconi, permirent à la Russie l’opération défensive contre la Géorgie belliqueuse, et excitée par le régime de Tel Aviv entraînant ses troupes.

Mais le tableau de l’Europe est maintenant différent :« les électeurs ont rejeté deux des trois gouvernements européens russophiles durant ces crises. Berlusconi et sa machine politique ont cédé la place à des technocrates. M. Monti manque d’un mandat politique qui l’autoriserait à des alignements géopolitiques, tels qu’une relation étroite avec la Russie. Chirac n’est plus un acteur politique. Sarkozy a été rejeté au même moment que M. Poutine entrait en fonction. François Hollande est entouré de politiques qui n’ont jamais été en fonction pendant les années Poutine. Reste madame le chancelier Merkel dont le principal souci est l’unité européenne », précise Friedmann, « plus que l’attention aux projets russes pour l’Europe. »

Cette nouvelle attitude envers la Russie a été, le rappelle à bon droit Friedmann, jugée par le Président italien Giorgio Napolitano comme entrant dans une phase de « dépersonnalisation » : « La première évidence de ceci a été que l’Italie soutient les projets de défense antibalistique en Europe. L’Italie –comme la France- a longtemps soutenu la position de la Russie sur la défense de missile en Europe. Cela n’a pas empêché Washington de passer outre et faire avancer ses projets, cela n’a pas créé de dissension dans l’OTAN. Le retournement de l’Italie vers l’unité avec l’OTAN et les Etats-Unis se produit juste avant ce qui devait être un sommet OTAN-Russie à Chicago- mais la Russie a été désinvitée. »

Au lecteur, comme il sied toujours, d’ en tirer une conclusion.

Trois nous semblent s’imposer :

1. une « dépersonnalisation » des rapports politiques signifie le champ libre à la machine de guerre otanienne, par exemple.

2. La crise européenne affaiblit le potentiel politique d’indépendance européenne et en éloigne la Russie

3. Partout où la Russie patriote et l’Europe s’opposent, le bénéfice en est pour les U.S.A, et cela s’est vérifié en Lybie, et se voit en Syrie et en Asie.

Ajoutons que cette politique russe de la France sera le critère de valeur politique de l’ex-candidat Hollande, et de sa perspicacité. C’est par elle que la France pourrait adopter, à propos de l’Iran, une attitude figne d’elle, profitable à l’indépendance européenne, Nord et Sud confondus, de Berlin à Athènes !

 
 
 
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