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La stratégie de l’islamophobie !

jeudi 15 mars 2012, par Pierre Dortiguier

L’assassinat de l’imam d’une mosquée chiite de Bruxelles et l’incendie du bâtiment devraient faire partie de la chronique criminelle, mais déborde politiquement en symptôme d’une révolte sourde annoncée par des courants extrêmes ayant de plus en plus accès aux médias, contre une présence religieuse assimilée, selon eux, à une occupation étrangère.

L’effet de publicité médiatique donnant à tout événement une portée démesurée, par sa multiplication dans les esprits, permet de causer une impression formidable d’hostilité et d’aversion contre un Islam qui cristalliserait toutes les rancœurs : l’immigration de Musulmans serait liée, dans l’opinion d’une forte minorité européenne, au chômage, à l’insécurité, plus généralement à l’incertitude d’une existence politique nationale. Tout comme le même chômage serait attribué à la délocalisation des entreprises, ce que vient de contester publiquement M. l’ancien Premier ministre protestant (1988-1991) et, un an, Premier secrétaire du parti Socialiste, le Professeur Michel Rocard, par exemple qui lui attribue une part de responsabilité inférieure à 9%.

« Les délocalisations pèsent pour moins de 9 % de notre chômage. On met les priorités du débat où on veut et où on peut, mais il faudrait rester intelligent et respectueux des faits. Il y a autre chose, c’est cette joie de vivre que nous avons à parler de l’immigration et du malaise que créent les étrangers chez nous. Il est évident que quand ils sont là ils prennent un peu du travail. Il est non moins évident qu’ils prennent le plus souvent des boulots dont les Français ne veulent plus. Et il est encore plus évident que si on a envie de faire quelque chose, on peut limiter l’ampleur quantitative du problème de 0,5 % ou de 1 %. Quelles que soient l’intensité verbale, la vigueur des haines et la joie de vivre qu’auront les militants FN ou ceux de Sarkozy à voir les Français se refuser les uns les autres de vivre ensemble, ça ne changera rien et pourrira tout. » vient de déclarer M. Rocard, en annonçant une crise financière plus importante qu’en 1930, et dont, dit-il, nul ne se préoccupe, faute de poser les « questions essentielles » sur notre façon de travailler et de nous instruire !

Mais le temps n’est plus à la rigueur statistique des chiffres ; il est entièrement asservi aux intérêts de ceux qui conduisent les affaires et orientent l’opinion publique à leur gré.

Qu’est-ce qui façonne l’opinion ? En quoi une nation de plus en plus indifférente en matière de pratique religieuse et souvent ignorante de ses propres rites, peut-elle se fixer sur une religion ? Est-ce une façade de la xénophobie ou du « racisme » ?

Il faut une expérience quotidienne de la vie européenne ou occidentale, au sens large, pour constater que sans interruption est déversé un torrent d’atrocités sur la vie d’une nation musulmane, que ce soit l’Iran dont l’agitation sioniste internationale fait un monstre atomisant ou près de le faire, le peuple qui rappelle qu’il a été déjà victime d’une catastrophe indicible : toute cette accusation n’est pas et ne sera jamais démontrée, mais le propos est répété, la suspicion bien ancrée ! Et maintenant la révolte ou printemps arabe est présentée comme un désaveu de sociétés musulmanes dictatoriales rendues responsables de la tension au Proche-Orient.

Ceci est évidemment une contre-vérité, mais reste dans la même ligne des années 1947-56, quand la presse social-démocrate européenne reprenait ce thème de Nasser-Hitler et des féodalités arabes étranglant le mouvement socialiste sioniste et ses kibboutzim !

Rien n’était dit de la dépossession des terres en Palestine, sur quoi le juriste syrien M. Saadi Bississo, de naissance locale palestinienne avait, avant la seconde guerre mondiale, soutenu une excellente thèse de droit parisienne intitulée : Politique anglo-sioniste en Palestine- Etude juridique, du sionisme et du mandat anglais, sous la direction du professeur Geoffroy De la Pradelle.

La lutte palestinienne, et l’Intifada ont, il est vrai, détruit cette propagande, mais elle resurgit à travers la campagne contre la Syrie : l’accusation d’infanticide portée contre les occupants de la Palestine, qui est tue par crainte du régime de Tel-Aviv dont les soutiens sont partout dans nos médiats et dans les Assemblées, est martelée contre « le régime syrien » ; les horreurs prétendues d’une civilisation qui bombarde son propre peuple devient un instrument de disqualification de l’Islam même, et paradoxalement, ce sont les prédicateurs salafistes ou wahhabites qui, dans les banlieues, apportent de l’eau au moulin de cette propagande islamophobe.

Le Nouvel Observateur publie ainsi la photo d’un adolescent prétendument torturé l’an dernier par les forces syriennes, et ce conseil des droits de l’Homme aux Nations Unis semble vouloir rassembler toutes les énergies humanistes pour leur faire sauter le pas d’une guerre déclarée à la Syrie et à ses soutiens diplomatiques. C’est ce que demande en pleurant M. Netanyahou, bien sûr sans mentionner l’Islam, mais ses soupirs font comprendre au peuple maintenu ici dans l’obscurantisme où devrait aller la sympathie et aussi la haine du monde.

C’est donc à une islamophobie distillée savamment dans les esprits ignorants de la réalité politique, religieuse et morale des pays musulmans ou christiano-musulmans, comme sont Liban et Syrie et Irak, que nous assistons en préparation d’une « Croisade » générale ! Ceci va si loin que la campagne électorale française a connu un tour décisif quand Marine Le Pen –qui a fait son pèlerinage politique en Terre Sioniste - a sorti cette histoire de viande hallal qui est devenue un réservoir d’émotions électorales ! Cela vole bien bas, et occulte toutes les questions sérieuses que la France devrait se poser : Que suis-je ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? Questions fondamentales, soutenait le plus grand philosophe d’Allemagne Kant, et qui ici perdent toute profondeur parce que nous vivons dans une course à la haine qui masque une absence de discipline, vers une dispute religieuse qui rappelle la lutte anticléricale chrétienne des débuts de la République, vers enfin un protectionnisme illusoire, sorte de « Buy only American », qui n’est que le dépit d’avoir quitté le port de tous nos colonialismes.

La France versera-t-elle dans cette islamophobie que soutient tout le mouvement néo-maçonnique féministe et moralement équivoque, qu’il est malséant de préciser, et ne donnera-t-elle de promotion aux enfants des cités « difficiles » qu’en les engageant dans des légions étrangères sur des fronts de subversion déclenchés sur les injonctions de Londres, Washington et Tel-Aviv, le monopole de la presse permettant d’intoxiquer tous les esprits ?

La seule réponse est dans la maîtrise de soi des régimes arabes d’abord et des pays musulmans, dont l’Iran ; et le reflux des interventions étrangères et le desserrement des blocus permettront de discerner entre un Islam réel qui fait progresser ses peuples et celui que nos médias et notre fausse liberté essaie de forger, comme un fantôme, qui n’effraie que notre propre nuit !

 
 
 
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