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La ruche de Hollande pique la Syrie !

mardi 29 mai 2012, par Pierre Dortiguier

Pour expliquer la mort par 1500 piqures d’abeilles d’un apiculteur fort âgé, un spécialiste déclare, ce jour, sur ce comportement exceptionnel : « Entre les neurotoxiques, le frelon asiatique, les pollutions, les produits qui détruisent leur système de perception... elles sont perturbées ».

Cette présentation de la nervosité d’une espèce réellement menacée de disparition pourrait-elle, par analogie, s’appliquer à la brusque décision hollandiste d’expulser son Excellence madame l’Ambassadeur de Syrie, Lamia Chakkour. « Action concertée avec nos partenaires », assure-t-on ! Et qui est la suite d’une décision prise en février par la Tunisie, pays d’avant-garde !

Déjà en soi le pays n’a pas de quoi retenir le bras vengeur d’un élu laïque, puisque le christianisme syrien, aux origines – par le biais de l’orthodoxie russe - de la philosophie chrétienne a refusé de se soumettre aux injonctions qui lui sont faites, - récemment par Juppé et Sarkozy - d’abandonner l’unité nationale. C’est vraiment le pays qui rend le christianisme odieux à ceux qui ne le tolèrent (dans la perspective laïciste) que comme un accompagnateur de la puissance mandataire.

L’occasion a été le massacre de Houla, et cet événement a entraîné l’action concertée de plusieurs pays européens de rompre leurs relations diplomatiques ; mais chacun sait que ce n’est qu’un prétexte, car dans sa campagne électorale le candidat - dont l’internet, sur Dailymotion, montre une réception dans un temple parisien du Grand Orient en 2011- avait annoncé qu’avec un mandat des Nations Unies, il enverrait des troupes en Syrie.

C’est la tradition du « parti socialiste » que d’expédier des soldats pour fortifier une civilisation difficile à affermir dans l’hexagone. Ce soir, le Président sera interrogé publiquement sur la raison de son geste : il pourra évoquer la nécessite humaniste de soutenir une opposition appuyée sur l’étranger, plus que sur un peuple visiblement réactionnaire et obscurantiste, puisque les religieux soutiennent le gouvernement, et comptent des martyrs dans leurs rangs !

Mais ce genre de considération n’arrête pas le bras de l’exécutif français, ni de son gouvernement. M. Fabius, qui ne vient pas des « classes populaires », chaque parisien le sait, a parlé d’un régime d’assassins, à propos de l’Etat que préside Bachar al-Assad, - précisant qu’il doit partir - et les élections du pays ne sauraient arrêter ces gens pour qui la voix populaire, quand elle n’est pas encadrée par leur propre parti, est un danger pour la démocratie.

C’est en ce nom que les derniers révolutionnaires annulaient les scrutins législatifs, sous le Directoire, quand la majorité ne leur était pas acquise. De ce point de vue, il n’y a pas de changement. Les questions qui se posent sont autour de cette initiative, survenant après la rencontre avec Obama. Il n’est point douteux que ce massacre est une action organisée par ceux qui veut mettre à feu et à sang un pays, et il est tragi-comique de voir un Président socialiste, qui connaît bien l’émir du Qatar qu’il a visité récemment, soutenir des brigades islamistes équipées de matériel moderne, disposant de la logistique turco-otanienne et formée quasi uniquement de mercenaires étrangers au pays, - tout cela, la main sur le cœur, la voix brouillée par l’émotion.

Est-ce ce cours là que va suivre la politique française ? S’insérer dans un programme donné, comme « road map » par les experts de la Maison Blanche ? Cela nous promet une suite d’initiatives contre les allieé de la Syrie, de l’Iran à la Chine, et nous permet de définir ce début de quinquennat comme la suite de l’autre mais par d’autres moyens !

Sous le défunt Saroksysme, nous étions engagés sur tous les fronts de l’OTAN, à la suite des Etats-Unis, jusqu’en Géorgie. Mais ce Saroksysme était plus large que le château présidentiel ou la sphère de l’UMP : M. Ayrault, M. Bayrou soutenaient la politique française en Afghanistan, d’autant plus naturellement qu’elle avait été initiée par le gouvernement de M. Jospin !

Mais il y a une originalité hollandiste ; c’est que la France ne suit plus, mais prend l’initiative, après, direz-vous, qu’elle ait reçu ses encouragements de Washington. Mais qui vous entendra, à travers les clameurs dénonçant les massacres syriens ?

La France est donc un acteur, mais comme un personnage de théâtre : elle déclame et ouvre la porte aux incendiaires et aux assassinats politiques en Syrie, en arguant qu’elle obéit aux émotions, et non point, comme les réactionnaires peuplant la Russie et la Chine, à la raison d’Etat.

Au fond, nous avons la musique politique de ce que sera la conduite de la France socialiste. Les historiens auront beau dire que ce n’est que l’éternelle histoire d’une démagogie intérieure qui doit compter, à l’étranger, sur ces mêmes riches spéculateurs qu’elle feint de dénoncer chez elle, devant des électeurs naïfs ! Ils ne sont pas entendus, car les socialistes ont ceci de remarquable, qu’il semblent naître de la dernière rosée, comme l’aurore après la longue nuit.

Pouvons-nous attendre une politique impartiale ou équitable en d’autres domaines, comme sur le dossier iranien du développement atomique, sur la question palestinienne, sur la question du boucler antimissile, ou le traité ABM ?

La réponse est pessimiste, si elle veut être honnête. La tradition du parti socialiste – qui a bien pris soin de se démarquer de son extrême gauche, du Front de Gauche, a toujours été « atlantiste », attachée au char du triomphateur U.S..

Attitude de stratégie politique ? Soit, mais que l’on ne le recouvre pas d’humanisme, qu’on ne l’habille pas de sentiments. Et qu’enfin, cette scène ne se répète pas, déjà mentionnée, on nous en excusera, d’un ministre de gauche radicale, Edouard Herriot, assurant qu’il parlait comme ce soir le fait Hollande, « je vous le dis, la main sur le cœur » ! Oui, mais où est l’autre main ?

« Le massacre de Houla et les événements de ces derniers jours en Syrie et au Liban illustrent, une fois de plus, le danger des agissements du régime de Bachar al Assad pour le peuple syrien » communique l’Elysée.

Et lundi dernier dans ce même cadre d’une coopération franco-anglaise, typique de la politique extérieure de la gauche, depuis l’expédition de Suez en 1956, (entre Guy Mollet et Eden), un axe Hollande-Cameron se propose de soutenir univoquement le groupe de marionnettes londoniennes, « les Amis de la Syrie ».

Et c’est cette alliance, dont la décision de rupture des relations diplomatiques est la concrétisation, qui fait déjà obstacle à la tournée du Président Poutine qui vient prendre, ce vendredi 1er juin, la température de l’Europe occidentale, et exposer son plan de résolution du conflit syrien.

La France a cru prendre un nouveau cap, par cette nouvelle présidence, mais des Français s’apercevront que le navire est toujours à quai, et il n’est pas sûr pour l’équipage que le capitaine en soit toujours le propriétaire !

 
 
 
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