Antipositivisme
Pierre Dortiguier
 
Accueil du site > Mes travaux > Chroniques de l’Irib > La rivalité franco-italienne, nouvelle donne européenne ?
 
 
Sites
 
Divers


Contacter Pierre Dortiguier

Plan du site
 

La rivalité franco-italienne, nouvelle donne européenne ?

mercredi 2 mai 2012, par Pierre Dortiguier

Le premier grand signe de concurrence des deux Etats a été visible pendant la crise libyenne... semée en graines de guerre civile et irritée jusqu’à l’invasion et la cassure du pays par la France et l’Angleterre, freinée néanmoins par l’Italie et l’Allemagne, au point que la fameuse indiscrétion, ou « fuite » faisant état, sous la plume du directeur adjoint du quotidien libéral de droite « Libero », Franco Bechis, d’une conspiration militaire ourdie par Paris et appuyée sur la signature d’accords du début novembre 2010 pour fomenter une révolte et un putsch de nouveaux et anciens démocrates échappés de la dictature, encadrés par des spécialistes de la subversion dépêchés à Benghazi, sous les dehors d’une foire agricole, bref tous ces détails de l’affaire sont venus de la sureté italienne.

Il s’agissait d’une défense des intérêts nationaux, et il est notable que la victoire des rebelles ait été accompagnée de l’élimination des traces de la présence trentenaire italienne, démocratique-libérale et fasciste (1911-1941), que Khadafi, qui planta en août 2009, sa tente dans le plus vaste parc de Rome, villa Doria Pamphili, avait ordonné d’archiver ! Geste symbolique, que d’éradiquer ainsi la présence italienne, dans le même temps qu’un enracinement anglo-américain et franco-qatari s’y affirme ! Comme était remarquable l’effort italien de construction d’autoroute et autres installations à l’initiative de M. Berlusconi, prenant prétexte de réparations de guerre ; c’était une manière de justifier le soutien de l’Etat aux investissements, et de son côté le chef libyen pouvait ainsi donner au peuple une caution patriotique à ce retour massif de l’ancien occupant, après certaine guerre froide toute rhétorique.

Très caractéristique à cet égard est la déclaration reproduite par l’Express, après la signature des accords Berlusconi-Khadafi qui portaient ombrage à la puissance méditerranéenne française, conçue par Sarkozy ou repensée par lui : "Les relations avec la Libye peuvent compenser partiellement la faiblesse économique de l’Italie et relancer sa vocation historique en Méditerranée où son rôle a été affaibli par l’initiative française de l’Union pour la Méditerranée", souligne Raffaello Matarazzo de l’Institut des affaires internationales.

Serait-ce à dire que l’Italie a perdu en Afrique quelques avantages, après s’être engagée à verser 5 milliards de dollars de dédommagements sous forme d’investissement pendant les 25 années à venir ? Ce serait aussi le sort partagé avec l’Allemagne dont la part prise aux aménagements du Sud et à son gigantesque et coûteux équipement hydraulique, est passée sous silence, mais a été très importante !

Il est certain que l’Histoire éclairera cette initiative franco-britannique de guerre libyenne comme une contradiction ou une réaction à la puissance germano-italienne, qui, au rebours, peut être inclinée à se consolider dans le tourbillon financier !

En ce moment la présence de l’ancien gouverneur de la Banque d’Italie, nommé à ce poste en 2006, par M. Berlusconi, Mario Draghi serait impossible à admettre en France, car si les Italiens souffrent d’une récession, il en sait la cause ou, mieux, en discerne la structure dans l’inadaptation de l’économie et des pratiques financières aux impératifs techniques ; ils font la différence entre les reproches adressés à la personne de M. Berlusconi, aux taches mafieuses qui maculent toujours le pays, y compris le petit monde du Vatican, et les facteurs de la crise.

Quel ministre français, néo-sarkozyste, socialiste, centriste, mariniste etc, bref élevé dans le sérail de certains préjugés et plus porté à séduire qu’à conduire, craignant donc plus qu’aimant son peuple, pourrait-il déclarer, comme le romain Draghi président de la banque centrale européenne (BCE), à la « Frankfurter Zeitung «  : « Nous devrions tous suivre l’exemple allemand ? Et le Figaro parisien cite cette proposition, dans son numéro du même jour, le vendredi 24 février, en ayant pris soin de recopier toutes les plaisanteries superficielles des journaux people sur l’Italien du Sud, fort prisé à la Goldmann Sachs !

Mieux même, à la différence des Français, les Italiens ne confondent pas le mal avec ceux qui le favorisent, et dont ils savent qu’ils n’en sont pas les créateurs au sens strict. Sortir d’une crise est changer de système, plus que d’hommes, de mentalité aussi et donc la porte est ouverte, selon le tempérament commun aux Italiens, à l’innovation et à l’initiative.

Tout ceci fait la différence avec la Grèce et la péninsule ibérique, et montre aussi que la catégorie du politique cède le pas à celle du technique. En d’autres termes, la politique italienne est plus neutre que la nôtre, et est en passe de convenir, malgré les sourires moqueurs échangés entre Mme Merkel et M. Sarkozy à l’endroit de Berlusconi, dans un temps proche à l’énergie dont l’Europe a besoin.

En premier l’Europe du Nord –dont l’Allemagne- retrouverait dans l’Italie ce qui fut l’axe médiéval de développement de ce continent, des Pays-Bas jusqu’à l’ancien Royaume de Naples et des deux Siciles. La crise comme, il arrive souvent, découvre les énergies et c’est le sens de chaque épreuve véritable. Celle qu’affronte l’Europe est un crible de la solidité de chaque nation.

Il n’est pas sûr que cette expérience soit appréciée à sa juste valeur dans une France où la passion politique domine celle du savoir-faire, celle de l’expérience et de la théorie scientifique en matière d’économie et de conduite sociale !

 
 
 
Publications récentes
Publications par mois
 
Copyright 2011 Pierre Dortiguier