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La querelle de l’athéisme ressuscitée à Paris par le catalan Soler.

mercredi 4 juillet 2012, par Pierre Dortiguier

A Lili de Téhéran, toute aryanisée, et à la prénommée « Victorieuse », également nordiste d’Iran, confiantes en Dieu et au Destin qu’il choisit !

« Pour les biens, nul autre que lui n’en est l’auteur, mais pour les maux, il faut en chercher la cause ailleurs qu’en Dieu » [1]

Le Tout-Paris intellectuel et publiciste – soit quelques personnes influentes - s’émeut du livre qu’il ne lira pas, et que le ton persifleur et semi-habile – eût écrit notre classique Pascal - de l’auteur, le solitaire catalan Jean Soler (né en 1933), qui exerça son talent d’érudit ou de « conseiller scientifique » (sic), à deux reprises [2], la dernière fois comme conseiller culturel (sic), dans l’ancien mandat de Palestine devenu l’Etat que l’on sait, et auparavant, en Iran prérévolutionnaire (1973-1977), formule interrogativement : « Qui est Dieu ? » Tout comme l’on dirait quelle entité ou « étant » prend ce nom de divin et s’est imposée comme l’ « étant » suprême ?

La philosophie, avec Immanuel Kant (1724-1804), a déjà distingué, dans un passage de son « Opus Posthumum », entre la proposition « Dieu est », et la religion qui est une conscience sérieuse ou scrupuleuse de ses devoirs. La tradition française confond ces deux plans et croit pouvoir suivre évolutivement, dans un cadre chronologique et historique critiqué, mais reçu comme tel, l’histoire d’un Dieu émergé d’autres dieux et s’imposant à eux, comme si tel peuple avait pu élire le maître de ses destinées. L’érudition de Soler est écrasante, relativement à la crédulité de ceux qui reçoivent tout et n’examinent pas le contenu de ce qui leur est proposé.

Demander « qui est Dieu ? » est d’abord poser une question préalable : « qu’est ce que l’être ? », puisqu’il est dit de Dieu qu’il est celui qui est par rapport au néant de ce qui est en dehors de lui. Distinguer entre notre ignorance de l’être et la multiplicité de parler des « étant » est un premier pas, tout comme il est posé une unité supérieure recouvrant la multiplicité. C’est ce qui rend la recherche, si abondante qu’elle soit de M. Soler philologue, sans direction pratique, car il met de côté le principal fonds de notre théologie ou discours sur le divin et Dieu, qui est la réflexion philosophique et mystique. Celle-ci n’est pas exclue de l’athéisme ou de l’expérience d’un monde sans Dieu qui est le corollaire de la vision d’un Dieu sans monde créé, où a pénétré de façon éloquente la mystique allemande du Rhin au 13ème-14ème siècle (de notre chronologie, par ailleurs mise en cause, ce que ne fait point M. Soler). Mais pour ce qui est de la philosophie grecque, telle qu’elle nous est présentée traditionnellement, c’est-à-dire à se fier aux textes, le polythéisme n’est que la marche inférieure d’un monothéisme, qui est celui du maître des Dieux, ou le Destin, à savoir une volonté qui se connaît mais échappe à la finitude humaine.

Le nom de Dieu comme d’une unité gouvernante est partout chez Platon et Aristote. « Dieu est innocent » est une des pensées sublimes du 10ème livre de la République de Platon (617e). Dieu n’est l’auteur que du bien, et il faut représenter « le Dieu étant », à savoir tel qu’il est, précise-t-il au second livre de l’ouvrage cité (379a), en parlant, précise Platon, comme fondateur d’Etats, non comme des poètes ou des auteurs de fables malsaines. Aristote voit dans Dieu l’objet de nos pensées les plus sublimes, hauteur plus élevée que les astres et les dieux, dans ce 7ème ciel que se devait de parcourir le sceau des Prophètes, puisque Dieu, en quelque manière, est le but d’un voyage auquel tout masque démoniaque nous invite perpétuellement à renoncer, au nom du bonheur utopique. Et ce pour nous dissimuler la béatitude qui est le feu où se brûle justement toute démonialité ! En quoi, précisons-le d’un mot, avec Leibniz , dans le Discours cité plus bas, « Platon va plus au fond » !

Vouloir en revanche se perdre dans une spéculation pour savoir si Moïse savait écrire, ou non, est aussi vain que de spéculer sur l’instruction du sceau de la Prophétie, comme est déclaré Mahomet dont le nom s’attribue autant à ce qu’il y a de puissance suprême qu’à un homme, tout comme la gloire du nom d’Ali.  La recherche historique repose sur des données (« ex datis ») , dont on apprécie le degré de réalité, alors que la recherche de la Vérité, qui est la solidité des concepts employés, comme celui de Dieu, qui est un concept, repose sur des principes (« ex principiis »), selon une distinction scolaire ou scolastique remontant à l’anglais Bacon. Il y a une idée très commune à Spinoza et à toute la galerie des chercheurs que la Bible est une forgerie de faits, et les plus virulents adversaires de Soler, lui objectent, non sans certaine raison, que les faits d’extermination des peuples qui y sont rapportés, sont des fictions ; et chacun, lui-même le sait qui a travaillé dans l’entité sioniste, qu’aucun archéologue ne donne raison, sauf à se soumettre à une raison d’Etat, aux événements de la prise de Jéricho et aux autres tentatives génocidaires des Amalécites, dont des fanatiques ont créé le nom d’Amalek, qui n’ont jamais existé et ne sont donc pas les ancêtres des actuels Arabes véritables occupants ancestraux des lieux.

On arrive ainsi à des propos qui n’instruisent guère, et construisent une Grèce qui, elle non plus n’a pas existé : car même si l’on tient pour fait acquis ce qui est dans les historiens classiques, comme Thucydide, l’on y voit des massacres de population horribles, durant la Guerre du Péloponnèse ; et la peine de mort, dont on fait grand état comme signe de barbarie, n’est pas absente des mœurs grecques, et ne saurait être proscrite, en effet, alors qu’elle est la seule façon de réhabiliter un criminel (selon Hegel qui réfute à cet égard le juriste italien Beccaria, et selon Schopenhauer qui confirme Hegel sur ce point) ou même de rehausser l’innocence de celui qui est accusé à tort, selon l’exemple socratique !

L’on a confondu athéisme et négation de la Toute-Puissance. Schopenhauer (1788-1860), qui identifiait et combattait le déisme et le théisme, aurait été considéré chez les Musulmans comme une sorte d’Ibrahim pourfendant les idoles et chez les moines bouddhistes qui ont nourri l’Occident, l’Egypte chrétienne en premier et le Proche-Orient syrien de leurs pratiques, à commencer par leur monarchisme, serait passé pour l’un des leurs. Il conclut l’un de ses chapitres de sa thèse de jeunesse de 1813, sur « la Quadruple Racine du Principe de Raison suffisante », par un refus de l’opposition même théisme-athéisme, car cela impliquerait que le théisme s’entende clairement de lui-même ; or nous ne pouvons avoir, comme le soutenait Descartes, une idée claire de Dieu, à cause justement d’une puissance trop élevée du Créateur, mais nous transmettons cette puissance dans l’inconditionnalité du devoir, selon ce que l’école philosophique et métaphysique du « pays des trois A » enseigne. Aussi Schopenhauer concluait qu’il valait mieux dire : judaïsme ou non judaïsme, et là on s’exprimerait avec plus de loyauté ! Terme germanissime, car cette langue identifie le fidèle (treue) au vrai (truth) des Angles ou Anges (puisque le terme (Engels) est identique !)

Ces considérations seraient comprises et les esprits s’échaufferaient moins entre la rue de Seine et le Boulevard Saint-Germain, si l’on apprenait que la philosophie allemande avec Kant a établi que le judaïsme « n’est absolument pas une religion » (« gar keine Religion ist ») [3], mais un ensemble de lois statutaires de conservation et de reconnaissance d’un peuple, à travers une dispersion, plus ancienne qu’il n’est dit, rédigé par Moïse, d’où le vrai nom de Mosaïsme. Que ceci soit insuffisant, car toute religion, comme base des devoirs, implique la croyance en l’immortalité de l’âme, donc en l’éternité qui est un point fixe au dessus du Devenir, Leibniz (1646-1716) l’a dit en bon français, au début de son « Discours de Métaphysique » (1686), pour tous les Sorel qui cherchent sans conclure ; et toute conclusion est cependant le propre de la raison, entendue comme faculté qui juge et tranche, dit oui ou non, bref ressemble un peu au Chancelier actuel.

Quant au déjà très ancien Chancelier, dont le nom est tu partout, Sorel le voit hébraïser, peut-être par influence du catholicisme. C’est assez comique, car en effet, il préférait l’ordre catholique, même avec ses fantasmes, au désordre protestant, mais chacun sait qu’il regrettait que son peuple ne se fût pas converti à l’Islam (dans un entretien officiel de 1942 tenu sur le front russe, au Grand Quartier général), car ne pas représenter Dieu était pour lui le plus haut degré de la connaissance de sa Puissance. Et dans le même passage célèbre de ses discours de guerre, il cite Nietzsche qui, dans son Antéchrist, célèbre l’Andalousie et la civilisation musulmane chevaleresque irano-syrienne détruite par des barbares. Que dirait-il aujourd’hui, si par un de ces miracles auquel les esprits forts, pour leur malheur, car Dieu le veut ainsi, dit le noble Coran, ne croient guère, il revenait sur terre ? Quant au fait qu’il ait été soutenu par le clergé, il faut lire ce qu’écrit dans un de ses carnets privés conservés à l’archevêché de Munich, le célèbre patriote et érudit Cardinal (depuis 1916) Adolf Bertram (1859-1945), archevêque de Breslau, président très âgé de l’assemblée de tous les évêques d’Allemagne impériale, qui opposait sa personne ayant assimilé des conduites aristocratiques dignes de l’ancienne société impériale, à celle de Léon Blum (1872-1950) jugée plus superficielle et balourde, celle de Mr Normal, comme l’écrit le « Times » de notre nouvel élu qui gouvernera mieux la France, espérons le, que sa compagne encore nommée trévisane ! [4] Mais c’est une autre histoire, dirait Voltaire, et à la produire M. Soler renforcerait et irait rejoindre même le camp de ses prétendus adversaires !

« La notion de Dieu la plus reçue et la plus significative que nous ayons, est assez bien exprimée en ces termes que Dieu est un être absolument parfait, mais on n’en considère pas assez les suites ; et pour y entrer plus avant, il est à propos de remarquer qu’il y a dans la nature plusieurs perfections toutes différentes, que Dieu les possède toutes ensemble, et que chacune lui appartient au plus souverain degré. Il faut connaître aussi ce que c’est que perfection, dont voici une marque assez sûre, savoir que les formes ou natures qui ne sont pas susceptibles du dernier degré, ne sont pas des perfections, comme par exemple la nature du nombre ou de la figure. Car le nombre le plus grand de tous (ou bien le nombre de tous les nombres), aussi bien que la plus grande de toutes les figures, impliquent contradiction, mais la plus grande science et la toute-puissance n’enferment point d’impossibilité. Par conséquent la puissance et la science sont des perfections, et, en tant qu’elles appartiennent à Dieu, elles n’ont point de bornes. D’où il s’ensuit que Dieu possédant la sagesse suprême et infinie agit de la manière la plus parfaite, non seulement au sens métaphysique, mais encore moralement parlant, et qu’on peut exprimer ainsi à notre égard que plus on sera éclairé et informé des ouvrages de Dieu, plus on sera disposé à les trouver excellents et entièrement satisfaisant à tout ce qu’on aurait pu souhaiter » article premier du Discours de Leibniz.

« De la perfection divine et que Dieu fait tout de la manière la plus souhaitable » le cardinal Bertram désigne ce parisien, critique d’art, devenu chef du Front populaire de 1936 et dont le nom a été donné à une colonie sioniste. M. Soler qui fut deux fois conseiller là-bas ne l’ignore évidemment pas.

Notes

[1] Platon, République, livre second, 379 c

[2] De 1968 à 1973 et de 1989 à 1993

[3] cf « La Religion dans les limites de la pure et simple Raison » 1793

[4] Trévisan ou de Trèves en langue latine (en allemand Trier), qui a donné le patronyme Dreyfus que l’on croit désigner faussement un trépied, comme un homme âgé avec une canne.

 
 
 
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