Antipositivisme
Pierre Dortiguier
 
Accueil du site > Mes travaux > Articles politiques > La querelle de Voltaire, ou l’impiété rectifiée.
 
 
Sites
 
Divers


Contacter Pierre Dortiguier

Plan du site
 

La querelle de Voltaire, ou l’impiété rectifiée.

dimanche 17 février 2013, par Pierre Dortiguier

Le boulevard Voltaire ferait croire que l’auteur est bien connu en France, et l’on s’étonnera aussi de ne pas voir mieux couronnés d’autres fleurons, sauf à ne choisir que des critères politiques : le geste de placer Voltaire au Panthéon, autant que celui de l’en sortir à la Restauration en jetant sa dépouille, répond à des passions et non point à une connaissance de l’œuvre si estimée par d’autres penseurs qui s’en réclamèrent, comme Kant, Schopenhauer et particulièrement Nietzsche !

En fait les partis politiques et les sectes ont méconnu ses œuvres qui ne sont point révolutionnaires au sens français ; et voulaient en littérature fortifier le goût de l’ordre classique, perfectionner les Anciens sur leur modèle même ; en philosophie qu’il cultiva de la théologie à la physique, jusqu’à la « philosophie de l’histoire » dont il forgea l’expression, harmoniser la morale ou la conduite pratique et politique avec une idée de la raison et de l’expérience ; en politique française corriger le mal endémique de l’esprit partisan en justice, sans saper les fondements de l’autorité. Il est de fait que cet esprit subsiste quelle que soit l’exactitude du jugement voltairien. Ceci est marqué dans sa correspondance autant que dans ses publications.

Le préjugé répandu et certainement indéracinable en France du moins, - où tout finit, s’il ne commence même, par des slogans ou des chansons, puisque la société, au contraire d’autres voisines européennes, l’emporte sur la communauté, la mode sur la conviction, la réfutation sur la démonstration - est que Voltaire a pris la tête d’un mouvement impie, des « sophistes de l’impiété », selon le mot de Barruel, jésuite et ex maçon plus initié que ne l’a été Voltaire dont la réception fut un spectacle, tout comme pour Frédéric II qui s’en moque dans une lettre à d’Alembert comme d’une « farce » qu’il regrette ; si en effet le terme désigne la pratique religieuse ou la croyance dans les dogmes des églises, Voltaire est impie, mais son œuvre de jeunesse réussie, La Henriade (1723), a ce vers connu que le fanatisme détruit la religion : « Armé pour la défendre, il vient pour la détruire ! », ce que fait l’islamisme dénaturé ! Et par ailleurs il accordait aux athées la liberté d’exister, sauf de ne pas fonder une religion !

Est-ce maintenant à cette impiété ou incroyance au christianisme qu’est due la Révolution ? Nous ne le pensons guère, car ce fut le Haut Clergé qui lança l’attaque contre l’autorité royale, et que le plus remarquable n’est pas qu’il y ait eu des meneurs ou des barbares commettant des massacres comme ceux de septembre, rue de Vaugirard contre les prêtres assassiné à l’abbaye, mais qu’il n’y ait pas eu de réaction populaire ! Le crime révolutionnaire qui fut la désorganisation du pays et le terrorisme, partageait avec ces rois abhorrés, la même frénésie d’expansion européenne, mais aussi suivait la même ligne que les insurrections parlementaires, nobiliaires, paysannes, antifiscales et autres, que dans les trois siècles précédents ; et la révolution ne fut qu’une étape de ces troubles poursuivis ! Voltaire avait connu par ses parents les troubles de la Fronde, d’où son poème cité en l’honneur d’Henri IV. Il a loué « le siècle de Louis XIV », conjoint à un « Précis du Siècle de Louis XV » (1769) dans ce sens, tout comme il a soutenu les deux monarques de son existence ! Trouve-t-on un texte qui en fasse un révolutionnaire ? La même question vaut pour Rousseau.

Redisons enfin que le duc d’Orléans – quelques mois avant sa mort, ayant été rejeté par la maçonnerie - fut l’ambition motrice du théâtre sanglant révolutionnaire ! C’est la jalousie qui fut, selon le mot de Goethe, et l’est encore, l’amour proclamé de l’égalité ! Cela n’a rien de voltairien !

C’est en facteur de guerre civile et d’intrigues que Voltaire voyait l’exercice de la puissance ecclésiastique, ce qui n’en fait pas un ennemi de la religion comme telle. On ne peut le sortir de son temps, ni en faire un prophète du débordement des mœurs et de l’autorité.

Il faut ainsi savoir que la spéculation financière touchait toute organisation dans un pays appauvri régulièrement par des guerres ruineuses continuées par la Révolution et l’Empire ! Ainsi les Jésuites perdirent, pour ainsi dire, du crédit après la faillite de leurs établissements financiers gérés par le Père Antoine Lavalette aux Antilles, à la Martinique (ce Valette avait fait son Noviciat à Toulouse).

Quant à une critique fiscale, comme à un Depardieu du siècle, ce serait possible s’il avait préché ou assuré de sa pauvreté ou autre chose analogue ; on sait qu’il spéculait, non pas seulement par sa correspondance, mais par le Dictionnaire philosophique qui nous apprend, ironiquement, les circonstances pieuses du reste, qui lui firent donner vingt-mille francs, dans sa jeunesse, à un banqueroutier londonien, le banquier Medina, qui l’attendrissait sur ses malheurs ! En fait, il a cherché une certaine indépendance et il l’a eue, surtout avec le concours de la Marquise du Chatelet, traductrice de Newton.

Voltaire, modèle de style, est-il typique de la nation ? Celle-ci se reconnaît-elle en lui ? Aux cimes de l’esprit oui, et l’éloge qu’en fait Goethe est notable, car on peut lui reprocher des fautes, mais jamais une constance et une capacité de l’exprimer qui dépasse le talent qu’on lui accorde, par dépit d’y reconnaître des traits de génie, toujours suspects à un pays plus démocrate qu’aristocrate, et trop niveleur !

 
 
 
Publications récentes
Publications par mois
 
Copyright 2011 Pierre Dortiguier