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La politique du Salafisme est de n’en point avoir !

mercredi 4 juillet 2012, par Pierre Dortiguier

C’est la formule heureuse que semble avoir trouvé le bimensuel américain « The National Interest », du 28 juin, quand il précise que « historiquement les Salafistes ont plus porté leur attention sur le comportement personnel que sur la politique. »

La mention de la naissance déjà centenaire du Salafisme en 1912, avec son Assemblée de la Sharia ou loi, qui est une rêverie de l’imitation d’une ancestralité détachée du temps et donc se contredisant elle-même, jusqu’à ses utilisations opportunistes par tous les dirigeants égyptiens, y compris M. Moubarak, pour contrebalancer l’influence de la Fraternité musulmane, nous apprend que le mouvement est loin de détonner dans le paysage égyptien.

Il est rappelé que l’adhésion massive de la classe pauvre égyptienne à ce mouvement remonte aux immigrés de retour d’Arabie Saoudite, et il faudrait même insister sur les conséquence du long, coûteux et inutile engagement militaire égyptien au Yémen, dans une guerre civile où l’Arabie saoudite avait, comme aujourd’hui, ses clients et aussi des arrière-pensées de répandre son argent et ses rêves dans la puissance nassérienne d’alors.

Durant cette période, et il faut en être informé pour ne point s’illusionner sur les nouveautés que pourrait introduire ce mouvement, les milieux salafistes ont été contrôlés, en premier par Anouar El Sadate : il se serait agi de diminuer, selon The National Interest cité, la force du courant nassérien, ou en d’autres termes, un clan de rivaux se réclamant du chef prestigieux !

L’assassinat de Sadate, trop vite attribué au Salafisme, lequel semble avoir été joué par des forces qui le dépassent, a fait de ce courant social et apolitique comme une force de résistance religieuse ; il n’empêche que son désintérêt de la politique le disqualifie et neutralise l’importance quantitative qu’il peut avoir ; car jamais un parti de Mécontents n’a pu élever une barricade contre le désordre social et revigorer une nation.

Répandu comme une tache d’huile sur le monde arabe, il semble que le Salafisme joue le rôle de politicien malgré lui et soit devenu le faire-valoir d’une opposition laïque ou moderniste, il est même plus cité qu’il ne parle de lui. Son hostilité à l’entité sioniste, que l’on s’empresse de mentionner, n’a rien de caractéristique ; elle est le lot de toute la nation arabe, et sa contestation des accords de Camp David est en paroles, mais il n’a jamais été question de présenter une autre stratégie impliquant une concertation avec les autres frères arabes.

La discrétion est de rigueur, comme sur tous les autres plans. Et si l’on poussait le paradoxe, l’on dirait que ce mouvement veut plus être redouté que connu, et tient plus à ce qu’on entende parler de lui qu’à s’exprimer. En somme une existence médiatique, à sa tête, et, à sa base, une activité économique ou sociale dispersée dans la masse, soutenue par un financement occulte. Cela fait bien des mystères !

L’article du journal US peut ainsi conclure : « Il n’y a pas de direction salafiste internationale centralisée et les pratiques salafistes peuvent différer régionalement, par pays, à l’intérieur de pays particuliers et même (ou particulièrement) parmi les sectateurs de différents prêcheurs salafistes dans une ville. »

Il reste que toute la lumière reste à faire sur ce mouvement dont on a une définition plus nominale que réelle, ce qui est un vice en logique comme en politique. Et ce n’est pas un des moindres paradoxes de cette étude de The National Interest que de noter, comme un fait indiscutable : « les salafistes ont essayé d’islamiser (terme étrange en Egypte !) la société de la base au sommet ». Le régime de Moubarak l’a encouragé, espérant se servir des Salafistes apolitiques (hoping to use apolitical Salafis) « pour contrer l’influence de la Fraternité musulmane plus politique ».

Rien de tout cela ne peut donner cependant une idée nette de l’orientation du Salafisme et c’est ce qui peut expliquer cette fracture du corps électoral qui donne encore près de 50% des voix à un tenant de l’Ancien Régime, peut être moins moribond qu’il ne semble, face à une révolution plus incertaine qu’elle ne l’avoue, de son avenir. Entre les deux, qui joue le rôle d’arbitre des destinées du peuple égyptien ? Est-ce le pouvoir des mots ou celui d’idées trop cachées encore pour être honnêtes ou publiables, bref populaires, nationalement fructueuses ?

 
 
 
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