Antipositivisme
Pierre Dortiguier
 
Accueil du site > Mes travaux > Articles politiques > La nouvelle "Internationale" : les ONG
 
 
Sites
 
Divers


Contacter Pierre Dortiguier

Plan du site
 

La nouvelle "Internationale" : les ONG

mardi 28 février 2012, par Pierre Dortiguier

Un signe de dégénérescence est, tant individuellement que collectivement, l’amnésie du passé. Nietzsche traduisait cette idée en écrivant que l’homme médiocre ignore ses ancêtres. Cela semblerait être le cas du mouvement états-unien et européen diffusant une nouvelle Internationale qui fasse « table rase » du passé, et comme les anciennes Internationales socialistes ne juge le progrès démocratique qu’au critère de l’acceptation par ce pays d’être conduit par des normes imposées de l’extérieur, plutôt que par une évolution dont l’expérience politique interne serait seul juge.

Il ne faut pas aller croire que de telles considérations ne soient que de sciences politiques ou de philosophie du même ordre ; cela se peut, mais reste, avant tout, appuyé sur des décisions prises au cours de réunions internationales soutenues par de Grandes Puissances, donnant ainsi, en cas de troubles, la légitimité à une coalition internationale de se former, qu’elle soit économique, armée, médiatique ou, comme le cas syrien le démontre assez, les trois réunies.

Suivons la presse d’opinion occidentale qui sur ce point a des accents de presse médicale décrivant les maux des nations coupables de ne pas accepter la médication nécessaire à la constitution de régimes démocratiques conformes aux normes reconnues de la santé politique.

Qu’il soit d’abord entendu que la promotion de la démocratie – qui semble idéaliste et l’expression d’une ardeur juvénile - est une volonté mondiale. Un article du Journal of democracy organe de la NED liée au Département d’Etat états-unien y insiste en préambule à tout programme d’assistance, en citant un article de l’universitaire californien, de Standford, qui dirige depuis des années le « projet sur la démocratie en Iran » et a été nommé par M. le Président Obama ambassadeur en Russie où il conseille l’opposition à M. Poutine, M. Michael Mac Faul : « Democracy Promotion as a World Value  », paru dans le Washington Quaterly 28 [1]. Le fond de l’article de ce doctrinaire et commissaire politique de cette Nouvelle Internationale succédant à l’écroulement du Communisme soviétique, est de poser ce principe : il existe, ce qui était un concept assez flou jusque là, un « right to democracy », un droit à la démocratie, soit aussi vague que le droit au travail ou au bonheur, sinon à la vie, mais cette expression qui est un concept hybride fait de sentiment et de raison confondus, et n’a jamais eu de sens que rhétorique, devient une arme redoutable. Car, l’explique ce membre de la NED, nous avons affaire à une norme qui délégitime tout Etat ou organisation qui ne correspondra pas, dirait un juriste, à certains critères ? Non, se trouve ainsi mis au ban des nations tout Etat qui ne correspondra pas à l’estimation que nous pouvons avoir de la capacité d’un Etat à promouvoir le développement, la paix et assurer les droits de l’homme. Il s’agit là d’une valeur en effet, mais entièrement subjective, accordée à la volonté d’un certain nombre de puissances qui jugent de tout selon les impératifs de leur conservation. La promotion, le mot l’indique, comprend un mouvement ; c’est ce mouvement reposant sur une pression internationale qui porte l’étiquette d’un vœu démocratique, alors qu’il n’existe que pour sanctionner une opposition, un rapport de forces.

Le Journal of Democracy rappelait en novembre 2006, sous la plume de son président dont on ne publie pas assez le nom, Carl Gershman, dans un article intitulé « Nouvelles menaces sur liberté, l’assaut donné à l’assistance démocratique  », cette marche diplomatique qui a mobilisé les Etats pour substituer à l’ancien pacte de Varsovie, qui était caduque, un autre du même nom qui ait la même capacité d’interventions que les forces et alliés de l’Armée Rouge en Europe centrale et orientale. La réunion qui lui sert de point de départ, de Varsovie, de juin 2000, avec plus de cent Etats souverains, décide de restreindre la souveraineté des Etats qui entreraient en conflit avec ces tentatives de promotion démocratique inspirées de groupes alimentés par cette même NED.

Nous retenons que la « Communauté » des nations doit jouer – reprenons les termes de ces stratèges - « un rôle plus visible et important dans le débat international  ». Quelle est cette sorte d’Internationale ? Il suffit de lire : « La Communauté a besoin de réaffirmer et d’élaborer une autre Déclaration de Varsovie à la lumière de nouvelles circonstances et chercher l’approbation d’une Déclaration des gouvernements et parlements dans le monde, aussi bien que des corps régionaux et des institutions globales, y compris les Nations Unies  ».

Nous tirerons trois conclusions de cette stratégie offensive, qui ressemble à celle de toute Internationale subversive :

1. L’ambition mondiale, car le monde est un objectif de pouvoir.

2. La formation d’une communauté comprenant les Nations-Unies, mais légitimement et légalement indépendante de cette organisation.

3. Le rôle politique confié aux tâches démocratiques des ONG qui devraient s’intituler Organisations non gouvernementales, soit, mais en précisant non états-unienne.

Les Etats-Unis seraient-ils les héritiers de la troisième Internationale  ? Ils en ont adopté les conseils d’experts en subversion et pénétration ou minage des Etats ! Le monde est petit !

Notes

[1] Hiver 2004, pp. 147-163

 
 
 
Publications récentes
Publications par mois
 
Copyright 2011 Pierre Dortiguier