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Pierre Dortiguier
 
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La morale sexuelle du futur

jeudi 2 juin 2011

Le dernier essai de l’auteur de ces lignes aux « Archives » remonte aux années de la Grande Guerre [1] et était animé de l’espoir que la terrible « contre-sélection » (« Kontraselektion ») qui, après sa fin, était passée en tout cas sur le peuple allemand, réveillerait enfin chez celui-ci la conscience eugénique et motiverait une mise en route sérieuse de mesures efficaces. Le destin en a décidé autrement. La défaite était si terrible que le peuple allemand avait à tendre toutes ses forces pour de longues années, afin de parer au péril le plus pressant, à la mort par la faim [2].

« D’un peuple qui agonise de faim personne de raisonnable ne peut exiger de nouvelles créations eugéniques, en tout cas socialement coûteuses ». Par cette devise évidente je devais faire taire en moi-même tous les élans d’activité et même répondre aux rares propositions eugéniques qui, venant d’« utopistes incorrigibles », me parvenaient.

Mais que, dans la décennie écoulée depuis, mes propres pensées revinssent toujours au pratiquement le plus important de tous les problèmes de l’humanité, ce n’était ni en mon pouvoir, ni dans ma volonté de l’empêcher. Il ne me semblait pas qu’il y eût d’aucune manière urgence seulement à publier ces pensées. Ce n’est que le hasard de l’événement de l’accomplissement de mes 70 ans et les mentions publiques liées à cela, de mon activité, qui appelèrent mon attention sur un devoir eugénique que j’avais encore à remplir ici. Elles m’indiquèrent d’abord que mes premiers efforts dans ce domaine vivaient bien encore dans le souvenir pour quelques contemporains, mais qu’ensuite aussi mon silence sur ce problème avait été interprété de manière tout à fait contradictoire. Je fus d’un côté, à mon sentiment, jugé comme « l’impétueux » et l’« impulsif » (« Stürmer und Dränger ») inaltéré de jadis qui n’avait pu trouver dans les circonstances changées d’occasion de s’exprimer, d’un autre côté, on m’impute un entier retournement dans mes principes, bien en tout cas, une désertion de la conviction fondamentale de l’importance de l’exigence eugénique dominant toutes les autres.

Nommément, la dernière mécompréhension m’impose de prendre la plume pour rendre compte, face à l’opinion publique, des résultats auxquels je suis parvenu dans un travail intellectuel décennal silencieux, après le plus bouleversant de tous les événements.

Ce à quoi nous darwiniens sociaux (Sozialdarwinianer), aspirâmes et à quoi nous aspirons dans le domaine sexuel, est la création d’un ordre sexuel qui unisse les deux résultats :

- Reproduction numériquement suffisante du genre humain avec maintien de ce degré de paix et de concorde dans la vie sociale qui rende possible dans les structures sociales hautement différenciées de notre division du travail la continuation de la culture et de la civilisation, et

- Sinon l’amélioration, bien du moins la conservation de la constitution des peuples de culture dans leur hauteur présente.

Qu’aux fins de cette exposition l’ordre sexuel encore cherché, qui remplit unanimement ces deux exigences soit nommé l’harmonique. L’ordre social qui domine présentement dans la culture occidentale remplit mieux la première des demandes nommées, bien mieux que n’importe lequel d’autre du présent ou du passé, en revanche pas la seconde. L’effort de la plupart des hommes très estimables, qui appartiennent au cercle d’intéressés de ce journal, actifs dans la vie pratique, familiarisés mieux que moi avec ces réalités, était et est de faire servir notre présent ordre sexuel, la monogamie, par toutes sortes de déterminations additionnelles (durch allerhand Zusatzbestimmungen), au remplissement également de la seconde demande. En opposition à cela, je croyais, depuis le début de mon activité scientifique et littéraire dans le domaine eugénique, devoir indiquer l’insuffisance en partie provisoire, en partie donnée, cependant en dépit de son fondement apparemment pratique, à l’inexécutabilité de ses amendements à l’ordre sexuel monogamique.

Et je m’en tiens aujourd’hui aussi à ce point de vue renforcé même par l’expérience et la réflexion. Mes propres projets de réforme que je cherchais en revanche à faire valoir me paraissent sans contredit après comme avant prendre le mal à la racine et, exécutés entraîneraient le succès biologique escompté, mais ils reposent sur une estimation utopique des forces morales inhérentes à la disposition de la moyenne humaine. La tentative de sa réalisation devait peu après arriver à un échec lamentable. Je m’en rendis compte en partie par les objections élevées contre mes projets, en partie par ma propre réflexion. Ces échecs çà et là m’enjoignaient en réalité de concevoir les rapports dans leur abstraction et me conduisirent par les réflexions claires qui suivent, à la connaissance que le problème de la création d’un « ordre sexuel harmonieux » (harmonischen Sexualordnung) est en général pour toujours insoluble sur les fondements qui avaient toujours été jusque-là tacitement présupposés.

Afin que n’importe quelle espèce ou variété,- puisse-t-elle appartenir à un domaine quelconque du règne animal ou végétal -, conserve sa hauteur d’organisation (Organisationshöhe) au cours de générations illimitées, est nécessaire, conformément à l’expérience, une certaine rigueur de la sélection (Schärfe der Auslese) sans la présence de laquelle le type organique en question tombe sans remède (rettungslos) dans la dégénérescence. Pour la rigueur nécessaire de la sélection, poser une mesure mathématiquement exacte serait en tout cas une opération extrêmement souhaitable, mais qui actuellement, - à cause du manque de données précises par le traitement mathématique -, ne peut pas encore être accomplie. L’on peut cependant établir que partout où une sélection « biologique », c’est-à-dire considérable pour le demeurer constant (konstant bleiben) ou la modification du type de l’espèce a lieu, se distinguent en toute génération deux catégories d’individus, à savoir :

- les éliminés (die Abgeschiedenen) par la reproduction, grâce à quelque moyen, et
- ceux qui sont par suite autorisés à la reproduction ou les sélectionnés (die Ausgelesenen) que l’on peut l’un et l’autre imaginer exprimées en pourcentage.

Si l’on désigne conformément à cela le pourcentage des éliminés par S, celui des sélectionnés par L, on a la fraction S/L, cette grandeur que l’on caractérise de manière appropriée comme rigueur de la sélection (Schärfe der Auslese). (La « rigueur de la sélection » est donc par exemple là où les 10 % les plus mal organisés (die schlechsten organisierten) de l’ensemble de la population de n’importe quelle souche organique sont détournés de la reproduction, les autres autorisés égalent 10/90 =1/9. Si précisément la moitié plus mauvaise est tenue à l’écart, la meilleure autorisée, cela donne la précision 55/50 = 1. Si les 90 % moins doués sont tenus à l’écart et rien que les meilleurs autorisés, le degré de rigueur de la sélection est rendu par les grandeurs numériques 90/10 = 9.) Plus grande est la rigueur de la sélection, d’autant plus grande son efficacité biologique, (si l’on veut : sa valeur biologique). C’est évident. Mais ce serait aller trop loin que de supposer que d’après ces assertions seulement déjà les « valeurs biologiques » de différents degrés sélectifs rigoureux, se comportent précisément comme leurs symboles arithmétiques, c’est-à-dire donc que, par exemple, une sélection de la rigueur 9 devrait avoir précisément neuf fois autant la valeur biologique et neuf fois autant d’efficacité que la sélection de rigueur 1. Il n’y a pourtant que ceci d’exact : la sélection 9 a plus d’efficacité que 8, celle-ci plus que 7 etc., et donc 9 fois bien plus d’efficacité que 1.

La nécessaire rigueur de la sélection, pour éviter la dégénérescence d’un quelconque type organique peut en réalité être atteinte par une triple espèce d’élimination d’individus impropres au processus de génération,

- par la mort de ceux qui sont inaptes, avant l’atteinte de l’âge de procréer (élimination létale, letale Auscheidung),

- par une paupérisation (Verendelung) progressive et s’étendant sur plusieurs générations jusqu’à l’extinction finale de la souche concernée

- par éloignement des moins aptes du commerce sexuel fertile, sélection sexuelle (sexuale Auslese).

La rigueur de la sélection sexuelle possède, quand le nombre de la population de la souche concernée doit demeurer conservée, des maxima très différents dans le sexe masculin et dans le sexe féminin. Chez l’être humain, du côté féminin, la rigueur de la sélection sexuelle ne peut dépasser à peine que la grandeur de 2/3, quand la conservation du nombre de la population de doit pas être menacée, c’est-à-dire que pas plus de 40 % des femmes existantes ne peuvent plus se tenir à l’écart de la reproduction. Dans le sexe masculin en revanche, les rigueurs sélectives de la grandeur de 10 à 20 (Ausleseschärfen) pourraient très bien être physiologiquement menée. Afin de trouver un symbole arithmétique correspondant à la rigueur des possibilités de sélection sexuelle chez l’être humain, il faut que soit évoqué que, conformément à l’expérience, pères et mères ont la même influence sur la constitution de l’enfant, que donc pour l’estimation de la rigueur sélective sexuelle complète, il faut poser entre les données de la rigueur sélective masculine et féminine, la moyenne arithmétique à partir des symboles numériques en question.

Supposons que dans une souche humaine sexuellement fermée, la rigueur sexuelle féminine soit élevée jusqu’au maximum possible de 2/3, la masculine en revanche élevée jusqu’à la hauteur de 9, c’est-à-dire qu’à chaque fois 40 % des femmes très inférieures et 90 % d’hommes très inférieurs soient exclus de la reproduction, cela donnerait pour l’ensemble de la sélection sexuelle de cette souche le symbole :

Mais quoi qu’il en soit, on aurait à reconnaître une pareille hauteur comme requise pour la sélection sexuelle spécialement chez l’être humain, si l’on considère - qu’à la différence de tous les animaux - l’adoucissement très possible de l’élimination létale et celle de la paupérisation (Verendelungsausmerzung) conditionnée par la morale de l’humanité est demandée avec raison. L’« onus selectionis » (le poids de la sélection, comme on pourrait le nommer), c’est à dire le devoir biologique à porter par la sélection, repose presque exclusivement chez l’homme de culture (aussi longtemps qu’il repousse les pratiques spartiates comme l’exposition des enfants) sur la sélection sexuelle. Qu’ici précisément la rigueur 5/6 serait nécessaire pour empêcher la dégénérescence ne peut assurément pas se prouver exactement et ne doit absolument pas être affirmée. Mais qu’une précision d’environ entre 3 et 10 sera indispensable, l’affirmer non pas sur la base d’une décision non précise mais cependant bien-fondée, un biologiste à la pratique chevronnée a le droit de l’oser, voire même, il faut qu’il l’ose, si son savoir doit lui être pratiquement profitable ; tout comme par exemple un médecin, sur la base d’une décision tout à fait analogue, doit oser communiquer l’indication catégorique à un patient tout à fait déterminé x qui a réchappé depuis peu d’une pneumonie :« Tu dois à partir d’aujourd’hui par temps ensoleillé et calme aller une heure chaque jour au grand air, mais pas davantage, avant que je ne t’aie à nouveau examiné. »

Quoi qu’il en soit, un « ordre sexuel harmonieux » demande pour l’homme de culture de l’avenir une disposition morale, (eine sittliche Verfassung), d’après laquelle une majorité considérable de mâles dont la génération est interdite par un milieu socialement autoritaire doit se rapporter à une vie commune paisiblement accordée et à une coopération avec une minorité relativement étroite de mâles, qui sur la base d’aucun mérite personnel, d’aucun autre titre que celui d’une disposition native plus favorable de leur nature, participent à un bonheur et à un privilège indescriptibles par des mots et non mesurables par des nombres pour pouvoir nommer la majorité et la fleur du sexe féminin dans le peuple entier leurs propriétés pour l’amour et la génération des enfants. Les femmes des plus saines corporellement et spirituellement privilégiées, les plus belles, les plus désirables pour une minorité heureusement privilégiée ! La majorité, qui l’emporte de loin des hommes d’une valeur inférieure (mais pour l’Etat, des travailleurs indispensables !) peut s’arranger avec le reste des femmes, avec le reste d’environ 40 % des femmes manquées (missratner), malades et donc laides, dont peut-être 10 % seulement ont été éliminées en raison de défauts partiels et ont gardé peut-être même sexuellement une stimulation pernicieuse qui les prédestinent à l’état d’hétaïrisme. Pour le 9/10 des mâles, serait-ce le 4/5 ou même les 2/3, la maison des femmes (das Frauenhaus), semblable à un bordel actuel, pour la minorité favorisée par le destin de 10 ou aussi 20 ou même 30 % des hommes, est un paradis des possibilités de l’amour et de la génération ! Et ceux-là iraient fournir le fondement d’un ordre sexuel harmonieux ? La majorité de ce monde masculin honteusement châtré et dégénéré dans leur très saint droit du mâle, leurs exigences vitales des plus affectées ne devrait pas se dresser contre une telle « justification ».

Des accusations en raison de la corruptibilité de l’aréopage, des récriminations de toutes sortes, et pour terminer, l’action violente, la battue à mort et l’assassinat ne devraient-ils pas être à l’ordre du jour dans cette société harmonieusement ordonnée ? Il n’est pas nécessaire de brosser plus avant le tableau. Un ordre de vie sexuelle normale qui fait droit de pareille manière aux exigences de la civilisation et de la constitution est chose impossible, une « contradictio in adjecto » : la foi en un pareil ordre repose sur la plus profonde méconnaissance de la nature humaine et (je touche ainsi à mes propres « projets de réforme trop audacieux » d’autrefois) une utopie d’enfants, pour ne pas dire « enfantine (« kindische »). Et alors maintenant ? Quoi d’autre ?!

Nous-sommes nous résignés à nous soumettre à notre sort ? La dégénérescence de l’ensemble des peuples cultivés de la terre jusqu’à décliner à ce statut pour lequel Oscar Spengler a forgé l’expression exacte d’« état de fellah » (Fallahentum) et si l’humanité « fellahisée » désapprend à conserver aussi pour l’existence rien que les biens puissants traditionnels de la technique hérités de leurs prédécesseurs (une chose semblable s’est réellement rapportée chez les insulaires des mers du Sud dont l’art de la construction des navires de leurs ancêtres s’est perdu et qui retournèrent aux canots primitifs d’un âge très antérieur), si l’humanité fellahisée perd ensuite progressivement aussi la technique d’organisation sociale et sombre en retour dans la rudesse de mœurs et la barbarie, si elle est maintenue pendant quelques millénaires dans cet état et ensuite déchaîne des catastrophes élémentaires, un nouvel âge glaciaire de la sorte des forces létales cruelles de sélection, et aura formé une nouvelle espèce d’hommes violents, un souffle de cet esprit que nous nommons héroïsme mène ensuite à une variante de cette humanité, d’abord physiquement régénérée, grandit un deuxième âge héroïque dans l’espèce humaine, une deuxième période de la formation des Etats, de floraison ou de fleurs culturelles, lesquelles sont pareillement déterminées à dépérir sur l’insolubilité du problème de l’ordre sexuel harmonieux comme nos descendants directs.

Et ainsi de suite dans la lutte pleine de charme des variations mais plus jamais dans la marche à une phase en principe neuve du genre être humain ! N’y a-t-il réellement pas de moyens de sortir de ce cercle pernicieux ? L’histoire de l’humanité ne montre aucunement l’ébauche même très modeste dans cette direction. Mais l’homme n’est cependant qu’une espèce du grand règne des organismes animaux. N’y a t-il pas non plus dans tout le règne animal de disposition à la formation d’un ordre sexuel harmonieux ?

Oui, il y a de telles dispositions ! Il y a même quantité d’exemples d’ordre sexuel harmonieux qui ont conservé aptes socialement au travail, pendant d’innombrables suites, de générations et cependant bien saines constitutivement les espèces en question, il y a les ordres sexuels des animaux qui forment des Etats, des abeilles, des fourmis, des termites. On ne peut assurément pas parler pour ces animaux de productions culturelles mais bien de ce qui au fondement, comme une condition essentielle à nos productions culturelles humaines, qui va être considéré : de différenciation sociale (der sozialer Differenzierung) à un haut degré (hochgradierer) qui est au service de la conservation des espèces.

Cette différenciation est même, chez les animaux qui forment des Etats, marquée de manière bien plus expressive, pour ainsi dire, plus saisissable que chez nous, et cela dans les conditions (« Ständen ») qui se distinguent l’une de l’autre bizarrement de façon corporelle (chez les abeilles par exemple les femelles qui portent les œufs), en tout peuple toujours seulement une adulte ensuite les ouvrières infécondes, et enfin les mâles qui n’apportent pas d’autres contributions à la conservation du peuple que la sélection, et l’accouplement, de la femelle pondeuse. Mais à quel prix ces espèces animales ont-elles dû acheter l’harmonie de leurs ordres sexuels ? Au prix d’un écart complet du commerce sexuel originairement donné, pour ainsi dire « naturel », au prix de la création de régulation spéciales dans ce domaine qui mesuré à l’émotion (mit emotionalem Masse) portent en elle un maximum de monstruosité qui soulève l’horreur. Supposons, par exemple, une prévoyance et un sentiment semblable aux hommes à un ancêtre des abeilles d’aujourd’hui, sexuellement encore normalement réglé, comme les autres insectes, les cafards et les papillons, et laissons-le apercevoir l’ordre social et sexuel de ses descendants dans la constitution étatique des abeilles, nous comprenons bien qu’une réaction (Affekt)de défense frémissante devrait le saisir, à restituer à peu près avec le langage humain dans le cri : « Plutôt périr dans la mer de la lutte pour l’existence qu’accoster sur une telle plage ! »

Que veut nous dire cette considération ? Avons-nous, êtres humains, seulement aussi la possibilité physiologique d’imiter les abeilles et de demander à une seule femelle qui porte des enfants la postérité d’une souche de milliers ? Une telle pensée serait, à vrai dire comique. Mais depuis qu’on a réussi par un transfert artificiel des matériaux de la procréation de l’organe sexuel mâle à l’organe sexuel femelle, de mettre au monde des enfants viables, une possibilité identique de sélection en vérité encore bien plus exorbitante qu’elle n’a lieu chez les abeilles, nous est effectivement donnée dans les mains. Dans l’Etat des abeilles (lors du vol nuptial de la reine, sur les cent mâles annuellement produits, un seul est sélectionné. Cela donne donc d’après notre symbolique arithmétique, pour la rigueur de la sélection sexuelle, la grandeur d’environ 0+400/2 = 200.

En tout cas bien plus grande que pour n’importe quelle autre espèce animale, en dehors des abeilles et des termites qui sont pareillement constructrices d’Etat. Chez l’homme, la semence d’un seul homme normalement prédisposé pourrait par le perfectionnement de la technique du transfert de semence (une simple question de temps, et d’efforts et d’essais qui s’y appliquent) féconderait l’ensemble des femmes de la population de la terre capables de concevoir, de sorte que dans la génération prochaine tous les êtres humains vivants arrivent au degré rapproché de frère et sœur de lits différents (Stiefgeschwistern). Pour la rigueur de la sélection s’ensuivrait alors un symbole arithmétique de plus de 350 000 000. Il n’est naturellement pas dit par-là que la chose de ce genre se produira jamais ni qu’elle serait recommandable. Une réflexion adjacente ne peut pas aussi rester sans mention. Dans le commerce sexuel naturel, les spermatozoaires se livrent à une course, aussitôt qu’ils sont jetés par l’éjaculation dans l’utérus, suivant l’œuf féminin capable de concevoir, lequel ensuite, tout comme la reine des abeilles lors de son vol nuptial, est normalement fécondée par un seul des rivaux mâles. Ainsi s’accomplit donc un processus de sélection entre les spermatozoïdes mâles, lequel, lors du transfert artificiel de la semence, serait, selon le cas, gêné ou bien réduit. Ne serait-ce pas cela qui ôterait à toute la procédure du transfert artificiel de la semence sa valeur sélective ? Seule l’expérience pourrait ici donner la réponse. Indubitablement la structure (die Einrichtung) d’après laquelle le spermatozoaire de la semence (Samentierchen) qui lutte plus énergiquement, supplante ses rivaux qui se trouvent les premiers après lui, possède sa valeur sélective. Le contester serait penser de parti pris pour la fécondation artificielle et donc se fourvoyer. Par ailleurs, il est hautement invraisemblable que lors de cette course des spermatozoaires, rien que leur énergie et leur mobilité soient décisives, de sorte qu’en conclusion le spermatozoaire victorieux pourrait être tenu comme le meilleur de toute l’éjaculation. Tout comme la valeur des rivaux décidera bien de l’éloignement spatial de l’œuf féminin, où lors de l’éjaculation des rivaux mâles peuvent précisément se trouver. Et ce moment hasardeux (Zufallsmoment) et dans tous les cas plus grand que le moment sélectif de la plus grande ou de la moindre énergie dans l’avancement.

Mais combien hautement est à estimer (veranschlagen) cette « sélection dans l’utérus » face à la sélection sur le champ de bataille de l’ambition sociale, c’est-à-dire par exemple combien la valeur sélective d’un spermatozoïde de Napoléon qui a succombé honteusement dans l’utérus, se comporte comparativement à celui vainqueur dans l’utérus d’un quelconque Jean Dupont, cela nous est présentement aussi encore obscur et ne pourrait être autrement établi que par l’expérience. En somme, il est pensable que dans le symbole arithmétique de 350 000 pour la précision de la sélection sexuelle possible lors de la génération artificielle, des limites encore continues soient à entreprendre. Mais même si ce symbole devait diminuer jusqu’à la millionième partie de sa hauteur originairement atteinte, cela donnerait encore toujours le nombre 350 pour la rigueur de la sélection dans la fécondation « artificielle », face à la rigueur de au plus haut 1, dans la fécondation « naturelle », (car sur plus de 50 le pourcentage des mâles, dans les rapports naturels à tenir éloignés de la reproduction ne pourra pas monter sans explosion de la paix sociale) cette oppositions justifie cependant abondamment la conclusion : le peuple, l’Etat, la souche humaine qui exécutera la première la tâche de la réalisation pratique de la procréation artificielle, ce peuple, cet Etat, cette souche ne sera pas seulement la conductrice, non, elle sera la seule souche humaine survivante et comme uniquement survivante, continuera dans le futur l’histoire humanité.

Qu’il me soit permis à cet endroit un mot personnel. Alors que dans l’hiver 1896-1897 je croyais avoir connu la corruptibilité constitutive de la monogamie et concevais la décision d’entrer comme compagnon d’armes dans les rangs des darwiniens sociaux et des eugénistes, je reçus la nouvelle alors traitée de tapage médical (medizinisches Spektakulum) des premières tentatives réussies de procréation d’enfants par le transfert artificiel du sperme. La signification eugénique de cette nouveauté (Novum) ne pouvait pas me rester cachée. Et comme il est coutume d’être dans les heures décisives de notre destin, un pressentiment me saisit aussi de toutes les difficultés d’un combat contre la monogamie culturellement et humainement si hautement avérée (so hochbewährte) en faveur de formes polygames de mariage à quoi il faut tendre (anzustrebender), qui même si je les désignais comme « polygynes », à distinguer de la polygamie barbare (von barbarischer Vielweiberei) et contiendrait bien un retour partiel à la morale et au temps de la guerre de Troie et du rapt des Sabines. Est-ce qu’un mouvement rétrograde de la sorte est dans le domaine des possibilités ? Est-ce que cela ne signifiait pas (même si cela se passait sous l’égide des découvertes progressistes de Darwin) tout simplement « vouloir nager à contre-courant du temps » ?

Cependant l’autre voie dont la possibilité s’était brièvement offerte, était encore bien plus fantastique, plus radicale, plus provocante seulement dans sa représentation. Car elle semblait devoir renfermer dans son exigence une complète rationalisation de la vie procréatrice et sa séparation absolue de la vie de jouissance sexuelle ! Une monstruosité pour l’entendement et le sentiment de l’homme normal sain de toutes les nations et toutes les conditions ! Mais tout compte fait, une exigence dans le sens du progrès (peut-être seulement trop radicale) encore une exigence qui stimulait la fantaisie dans une très haute mesure et pour laquelle on courrait peut-être rapidement après une célébrité littéraire. J’avoue qu’alors à l’âge de trente-sept ans cette dernière perspective ne m’était pas indifférente. Mais ce qui me retenait cependant d’emprunter cette voie fut d’abord un profond sentiment intérieur de honte envers moi-même et l’opinion publique, une épouvante devant la criaillerie de la trivialité (Gemeinheit) que devait déchaîner ce genre d’« extravagances » (Phantastereien) d’un philosophe moral (Moralphilosophen) et finalement une anxiété devant la témérité de vouloir proposer très sérieusement (allenernst) une réforme dont l’exécution pratique, si elle était absolument dans le domaine de la possibilité, ne pouvait être raisonnablement attendue avant une suite innombrable de siècles.

Sur les bancs du collège, j’avais vécu le passage des vieilles « mesures de longueur de poids et de capacité » au pratique système métrique et me souvenais comme si je les voyais, des frictions, des résistances de sevrage et des confusions qui jaillissaient d’une innovation dans un domaine si superficiel, sûrement raisonnable qui ne touchait pas le moins du monde à la vie intérieure (Gefühlsleben). Ces résistances et ces transpositions avaient été si significatives que la pensée, pour des raisons purement méritoires qu’on ne peut certainement qu’approuver, d’un passage du présent système décimal à un système duodécimal dans la manière d’écrire et de désigner les nombres apparaissait et apparaît simplement comme indiscutable. Et à présent la pensée d’une réversion (Umstülpung) rationalisante d’un processus psychophysique de ce genre, ancrée dans les profondeurs les plus profondes de la vie affective (in den tiefsten Tiefen des Affektslebens), entrelacée avec les sentiments très sains, très sublimes de la dignité de l’homme, du culte de la beauté et de la crainte de Dieu qui, encore bien plus enracinée dans les sombres instincts que dans les efforts rationnellement pénétrés de lumière, qui est en outre organiquement voisin du bourbier (dem Pfuhl), du plus dégoûtant domaine du corps de l’homme, duquel tout ce qui est bestial, cochon, dans l’être humain fournit les ingrédients à ces actes, ces paroles, ces mots d’esprit et ces plaisanteries !

Rien que la pensée d’une réversion de tout ceci ? Non, bien, bien plus ! La proposition (Vorschlag), la tentative à prendre sérieusement d’une révolutionnarisation (Revolutionisierung) de cet appareil complet, non ! La tentative pourrait conduire à la maison d’aliénés pour son créateur, bien plutôt qu’au succès curatif pour la masse criailleuse. Mais pour l’opinion publique plus sérieuse, au mieux au discrédit des sociaux darwiniens et de l’eugénisme ! Je me fis alors moi-même la promesse de reléguer l’idée d’une fécondation artificielle dans le dernier recoin de mon arsenal spirituel, comme ultima ratio en désespoir de cause. Mais avant d’examiner à fond et d’épier entièrement toutes les possibilités accessibles (erreichbaren Möglichkeiten) de la sorte vigoureusement saine, naturellement normale de la reproduction humaine, en remontant à leur valeur eugénique et à leur praticabilité sociale. Je me le suis ainsi promis pour toutes les déclarations envers l’opinion publique (ce qui dans le secret du recoin de mon arsenal silencieusement se passait, je n’en débats pas ici). Je me le suis donc promis depuis une génération et m’y suis tenu jusqu’à aujourd’hui.

Rien que la pensée d’une réversion de tout ceci ? Non, bien, bien plus ! La proposition (Vorschlag), la tentative à prendre sérieusement d’une révolutionnarisation (Revolutionisierung) de cet appareil complet, non ! La tentative pourrait conduire à la maison d’aliénés pour son créateur, bien plutôt qu’au succès curatif pour la masse criailleuse. Mais pour l’opinion publique plus sérieuse, au mieux au discrédit des sociaux darwiniens et de l’eugénisme ! Je me fis alors moi-même la promesse de reléguer l’idée d’une fécondation artificielle dans le dernier recoin de mon arsenal spirituel, comme ultima ratio en désespoir de cause. Mais avant d’examiner à fond et d’épier entièrement toutes les possibilités accessibles (erreichbaren Möglichkeiten) de la sorte vigoureusement saine, naturellement normale de la reproduction humaine, en remontant à leur valeur eugénique et à leur praticabilité sociale. Je me le suis ainsi promis pour toutes les déclarations envers l’opinion publique (ce qui dans le secret du recoin de mon arsenal silencieusement se passait, je n’en débats pas ici). Je me le suis donc promis depuis une génération et m’y suis tenu jusqu’à aujourd’hui.

Et aujourd’hui en septuagénaire, je sens en moi le devoir d’affirmer hautement énergiquement : nous devons le plus sérieusement nous engager (beschreiten) dans la voie de la fécondation artificielle comme processus normal, à réaliser pour toute l’humanité. Nous y sommes forcés. Car il n’y a pas d’autre voie si nous ne voulons pas sombrer dans une fellahisation générale (in allgemeinen Fellachisierung) et ensuite dans le meilleur des cas nous ne voulons pas réveiller une « barbarie rajeunie » (zu vehrjüngter Barbarei aufwachen). Mais le but auquel tend cette voie est dans une détermination inévitable, tout comme dans un lointain temporellement invisible (unabsehbare), dans un avenir qui est devant nous, d’après sa dignité certain, mais dans ses dimensions tout bonnement mythique.

Mais qu’en résulte-t-il pour la morale sexuelle de l’avenir invisible ? En premier, conservation (Konservierung) des présentes régulations qui préservent la vie sexuelle des déraillements directement mortels aux races, de l’hétaïrisme (et encore souvent sous le masque eugénique) ! Donc, pour la culture occidentale, conservation de la monogamie comme ordre normal - et, sans doute, de la monogamie à vie - sinon dans une mise en œuvre catholiquement draconienne, du moins adoucie, à la façon protestante. Car la monogamie en résiliation comme elle est déjà de facto en Australie conduit, si les époux, au premier mariage, déjà louchent à l’agrément d’un éventuel deuxième, à la prévention d’enfants (zur Kinderverhütung) et donc au suicide racial. Il en résulte ensuite pour l’avenir visible la faveur de toutes ses dispositions additionnelles touchant la monogamie, qui ont été proposées de manière rationnelle et praticable par les eugénistes modérés, dans le style de la plupart des collaborateurs de ce journal. Erroné et dommageable dans ses propositions est seulement de prétendre qu’elles pourraient tenir en arrière (hintanhalten). Elles peuvent tout à fait sûrement l’adoucir. Et l’adoucissement, le ralentissement du processus de dégénérescence reste une exigence des plus importantes précisément aussi pour celui qui est convaincu de l’ancienne ascension dans l’avenir. Si, lors de la mise en place finale de la génération artificielle, la constitution devra être bien plus profonde que présentement, il n’est bien absolument pas indifférent de savoir à partir de quel degré elle commence sa montée. Le mariage unique (monogamie) durable (die Dauer-Einehe) est à tenir fermement comme une norme à exécuter pratiquement mais dans une toute autre structure (Einstellung) interne que chez les dogmatiques du mariage d’hier et d’aujourd’hui. La monogamie ne devra plus être vue et sentie comme le comportement sexuel uniquement moral ou uniquement naturel pour l’être humain, mais comme une forme transitoire, même promise à une domination encore longue, à quelque chose de plus élevé (zu höherem) à l’amour social de l’avenir (zur sozialen Liebe der Zukunft), au lieu de l’amour individualisé de façon privée (Privat- individualisirten) du passé et du présent.

Établir cette forme d’amour du futur par un sentiment intellectuel plein de fantaisie et d’émotion comme par exemple le futur marin, guerrier, constructeur mécanicien se familiarise avec sa vocation, sera une tâche principale des générations à venir. Des études biologiques, sociales psychologiques sur la vie sexuelle et ce qui est lié avec elle, prendront un très grand intérêt intellectuel, le roman d’amour de l’avenir (Zukunft-Liebesroman) s’élèvera à la forme poétique la plus recherchée et la mieux cultivée. Mais sans des tentatives qui ne sont qu’isolées, ensuite qui poursuivent leur emprise (weitergreifende Versuche), en fait et en réalité, le processus d’acclimatation ne sera pas mené à bonne fin, les expériences nécessaires ne l’obtiendront pas. Il est dans la nature de la tentative d’échouer aussi plusieurs fois. Pour de tels échecs, une large tolérance morale de l’entourage sera nécessaire, aussi longtemps que la pureté de l’intention (Absicht) demeure. La tolérance et l’eugénisme sont dans un conflit naturel. Dans un tel conflit, sera à décider, selon la mesure de la raison et cela à bien observer que l’inévitable déclin de la constitution ne pourra procéder que lentement, très lentement. Car la durée qui nous sépare du début de la montée est pour le moment encore invisible. L’introduction générale de la fécondation artificielle n’est pas une tâche pour des dizaines d’années, pour des générations, pour des siècles. L’introduction générale de la fécondation artificielle est un problème de millénaire.

Dans un espace de temps encore plus éloigné que la solution même de ce problème nous renvoie la répercussion des relations exposées dans ce traité dans le domaine de la morale générale. La signification de la sélection découverte par Darwin entre les rivaux de même espèce nous fit nous rendre compte (innerver) d’une obligation morale nouvelle qui n’était pas parvenue à la conscience des générations précédentes : l’obligation de la conservation de la propre souche entre les rivaux de même espèce, partout où toujours la propre souche pouvait être jugée avec objectivité comme la relativement la plus élevée. Et cette obligation entraîne en réalité une conversion qui se poursuit (einweitgehendes Abschwenken) de l’exigence principale chrétienne de l’abnégation générale de soi-même, en faveur d’une morale qui élève directement en principe seulement l’abnégation de soi vis-à-vis du plus élevé (nur dem Höheren gegenüber), mais dans le conflit d’intérêts avec ce qui est plus bas l’affirmation de soi (Selbstbehauptung). Mais étant donné qu’un jugement objectif sur la hauteur spécifique d’organisation, comparée avec celle des rivaux est difficile à demander, et qu’en outre la plus grande hauteur d’organisation avec une plus grande capacité vitale et combative est fort souvent dans des relations difficiles à débrouiller, ainsi l’interprétation du Darwinisme conduisit fréquemment à une conception qui élevait le résultat du combat pour l’affirmation de soi (Selbstbehauptung) en quelque sorte au jugement moral de Dieu (moralischen Gottesurteil) et par conséquent au principe éthique suprême (obersten ethischen Prinzip).

L’auteur de ses lignes n’est pas également resté libre de telles influences et les a exprimées par la parole, l’écrit et l’action. Il a été instruit par l’existence d’un mieux exposé dans le présent mémoire. Si l’on essaie de vivre au jour le jour dans la manière de penser et de sentir de ces mâles les plus favorisés par le nouvel ordre sexuel et social visés, lesquels ont été extraits par le vote d’un aréopage, par les voies de leurs camarades d’âge et de profession, par acclamation publique, bref par la volonté de l’ensemble de générateurs de la génération à venir, et si l’on doit se la représenter comme à peu près 1 % de la masculinité contemporaine du moment, on envisage que cette numériquement petite minorité sera dans l’impossibilité de forger une « morale en soi », mais qu’au contraire son sentiment moral devra être issu de la morale générale du peuple entier tenue pour élevée et saine ; ainsi parvient-on à la vue plus sûre que les géniteurs ne peuvent pas acquérir et sentir leur position privilégiée comme le résultat d’un combat pour l’affirmation de soi-même (Selbstbehauptungskampfes), mais au contraire comme une charge sainte (heiliges Amt) conférée à eux par la communauté dont le remplissement n’accorde pas seulement une autosatisfaction (Selbstbefriedigung gewährt), mais aussi réclame un dessaisissement de soi (Selbstentäusserung). Pour la classe de ces – très favorisés - géniteurs, une morale de l’auto-affirmation devra tout aussi peu indiquer le but final que pour n’importe quel autre « état » de cette société du futur. Le dessaisissement de soi, l’abandon au bien de l’ensemble également dans ce futur lointain, le plus lointain de tous, sur le caractère duquel nous ne pouvons aujourd’hui que former de conjonctures raisonnables demeureraient la loi morale suprême. La figure éthique idéale du Crucifié non seulement survivra dans le millénaire jusqu’à l’introduction générale de la fécondation artificielle, mais lui survivra.

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L’article d’Ehrenfels a paru dans le vingt-deuxième tome des Archiv für Rassen-und Gesellschaftsbiologie, qui était l’organe du Darwinisme social, à J.E. Lehmanns Verlag/ Munich 1930 et est le testament du philosophe en matière d’éthique sexuelle, sous le titre « Die Sexualmoral der Zukunft ». Il va sans dire que les éditions de ses œuvres ne contiennent pas cette pièce essentielle par suite de préjugés. Il est à noter que la polygynie qui n’est pas contraire dans l’absolu à la loi divine, sous certaines conditions, est dans saint Thomas d’Aquin.

« Dieu peut dispenser du précepte de la loi naturelle qui prohibe la polygynie par un changement de matière, a) parce que Dieu comme maître suprême peut ôter à la femme le droit d’égalité avec l’homme qui convient à la femme selon l’exigence du contrat matrimonial ; b) parce que, comme la polygynie n’est que contre les fins secondaires du mariage, le précepte la prohibant n’est pas absolu, mais seulement conditionné, c’est à dire que la polygynie n’est défendue par la loi naturelle qu’à condition que Dieu ne veuille pas en dispenser pour une raison plus élevée »

Scholia 1025 : Deus a praecepto legis naturalis , quod prohibit polygyniam,dispensare potest per mutationem materiae,a) quia Deus, ut supremus dominus, potest auferre uxori jus aequalitatis cum viro, quod uxori secundum exigentiam contractus matrimonialis convenit ; quia cum polygynia sit contra fines secundarios tantum matrimonii paeceptum eam prohivens non est absolutum, sed conditionatum tantum, i.e. polygynia prohibetur lege naturali sub conditione, nisi Deus praeter altiorem rationem dispensare velit. (Elementa philosophiae aristetelicothomisticaeae auctore Ios. Gredt, volumen II Metaphysica- Ethica, caput III, de jure sociali, p.411.)

Saint Thomas d’Aquin précise que la génération est de la nécessité de l’espèce tout entière (totius speciei) et non pas de l’individu, ce qui renforce la thèse ehrenfelséenne énoncée et à y regarder de plus près les vues schopenhauériennes sur le primat de la volonté de la nature : la part de ceux qui échappent à la génération et adoptent la continence perpétuelle étant d’accéder à un sorte d’état surhumain et d’avoir certaine similitude avec la nature angélique comme il ressort de ces deux passages de la Somme contre les gentils, cités par le Père bénédictin allemand et professeur romain Gredt. « Quia generatio non est necessitate individui, sed de necessitate totius speciei, non est necessarium quod omnes homines actibus generationis vacent, sed quidam ab his actibus abstinentes aliis officiis mancipentur, puta militia vel contemplationis. (Contra Gentiles, 3,136.) » « Fuerunt autem et alii qui, licet continentiam perpetuam non improbarent, tamen ei statum matrimonii aequalebant : quae est haeresis Ioviniani, Sed hujus erroris falsitas satis ex praedictis apparet, cum per continentiam homo reddatur habilior ad mentis elevationem in spiritualia et divina quodammodo supra statum hominis ponatur in quadam similitudine angelorum, l.c. 137 »

Notes

[1] Le dernier essai éthique de l’auteur portait sur « les armements biologiques de la paix, », dans cette revue de Darwinisme social dite d’Archive de biologie sociale citée, 11ème année, 1914/1915 pp. 580-613, créée en 1904, « eine descendenztheoretische Zeitschrift », éditée par le Dr. Med. A. Ploetz, chez Teubner à Leipzig et Berlin.

[2] Maria Christian baron von Ehrenfels fait allusion au blocus d’affamement et à ses 763000 victimes, femmes, enfants, vieillards, malades pour la plupart, précisant « après sa fin », entendons la fin des hostilités, car ce blocus dirigé contre la population civile, exercé un temps par la même flotte contre Athènes avec des conséquences semblables, commencé début 1915 et auquel la marine allemande répondit par la guerre-sous-marine, fut - nonobstant quelques aménagements en janvier 1919 notamment, prolongé six mois après l’armistice du onze novembre (à onze heure précise, soit 11/11/11- ce chiffre onze que saint Augustin rappelle devoir signifier la transgression du décalogue ! (cf. Cité de Dieu, livre 20, chapitre XV), pour contraindre les négociateurs allemands à signer le 28 juin 1919, (le jour anniversaire même de l’attentat de Sarajevo !), dans le premier Traité international de l’Histoire qui ne prît pas Dieu à témoin.

 
 
 
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