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La leçon libyenne, vers une démocratie non verticale.

vendredi 26 août 2011, par Pierre Dortiguier

IRIB- Quel que soit l’avenir historique du guide de la révolution libyenne de 1969, qui relève de l’Esprit et non des suffrages, son influence politique est anéantie et avec elles, non pas le poids de la Libye, comme l’annoncent avec un réalisme amer, surtout, en Afrique subsaharienne, ceux qui sympathisaient avec son œuvre, mais un type d’Etat politique qui vient de se briser, en un semestre, au sein de la nation Arabe.

En fait, c’est le Nassérisme et l’influence exercée par les régimes autoritaires européens d’entre-deux guerres, sur les élites ou les vocations conductrices de peuple qui se retirent de la scène du monde, de ce qu’on appelait tiers-monde après notre économiste et statisticien Alfred Sauvy, sur le modèle du tiers-état prérévolutionnaire français ; expression qu’il allait bientôt désavouer.

La Palestine a eu, par exemple, ses grands chefs, que l’on ne cite plus, ceux d’avant-guerre, et même Choukeiry est ignoré de la nouvelle vague ; Arafat n’a pas laissé d’empreinte et a lui aussi, été contesté, jusque dans sa morale. De nombreux chefs de résistance du Hamas, certes, ont été abattus, mais une guidance n’a plus apparemment sa place, de la Tunisie jusqu’à la Syrie qui résiste à cette montée d’une population majoritairement très jeune, contestant spontanément le pouvoir en comparant son état réel avec une perception imaginaire de l’Occident, et surtout indécise quant à approuver la nécessité d’un Etat fort. Cette seule notion est ressentie comme exclusive de la liberté, qui ne demande plus à être protégée contre un adversaire externe que serait l’hégémonie mondiale, ou interne que formerait une anarchie appuyée sur des intérêts souterrains.

La raison en est que les deux pouvoirs – le libéral et le socialiste- qui ont partagé le monde, subsistent encore à leur façon : Nasser avait contre lui les Frères musulmans dont il disait le lien avec les Etats-Unis et les communistes ou assimilés qui voyaient leur ennemi dans toute société ou religion, et servaient de relai à l’Union Soviétique. Ces deux mouvements avaient et conservent un point commun ; formés à subsister sous une relative surveillance, et affrontant la répression, tout en veillant à ne pas franchir la ligne rouge du pouvoir, ils n’ont aucune capacité de gouverner, sauf à enrôler des mécontents auxquels ils prodiguent, il faut le reconnaître, un réconfort social. A cela s’ajoute cette rivalité des personnes qui est coutumière à la société arabe, dès l’âge antéislamique, ne voyant pas l’efficacité du pouvoir, mais rien que sa possession assortie des avantages immédiats, souvent exagérés.

Si l’on avait demandé l’an dernier, à un économiste la liste des pays arabes en progression de P.I.B. ou en diminution d’endettement, il eût fourni une liste de réponses bientôt contestée par la réclamation d’une liberté démocratique, aussi peu concrète qu’un personnage de poème épique ; trop grand pour être réel, mais suffisamment pour semer des velléités que les stratèges occupés de sécurité mondiale –traduisez l’OTAN- convertit en influences et corruptions ciblées.

Cette démocratie horizontale est une sorte de nihilisme, de perte de confiance dans un homme fort, et donc en ce qui dépasse l’humanité, et signifie l’absence de foi. Il y a une part de confiance et d’abandon en la capacité de gouvernement, sans laquelle la société vit sous un régime semblable à celui des unions matrimoniales du jour, brisées inévitablement par des divorces ; et les enfants, perdant leur attachement à la nation mère, se retrouvent membres d’une société recomposée qui ne tient qu’autant que le bonheur matériel ou la loi du plaisir y trouve place.

C’est cette nouvelle tendance qui a gagné le devant de la scène, dans le mouvement qui se dessine aujourd’hui, et qui ravit tant madame Clinton, et la nouvelle église des cardinaux Cameron, Sarkozy et autres évêques otaniens sur la nouvelle scène du monde ; ou plutôt sans cette base anthropologique nouvelle que nous évoquons, il est à supposer que les calculs « globalistes » n’auraient point leur place. Mais lorsqu’il s’agira de se défendre contre la rapacité des nouveaux aristocrates de la finance, à la Gorges Sorros, et que l’adolescence se modèlera sur la conduite des indignés de la puerta del Sol, sans aucun horizon vertical, les enfants perdus ne retrouveront plus ce foyer originel duquel sortait des utopies, ou des Luther, mais que brisera la mentalité concurrentielle, celle pour laquelle, non plus l’Etat, mais « tout homme est un loup pour l’homme ». Formule latine, dit-on empruntée au théâtre romain, mais anglaise ! Et toujours davantage !

 
 
 
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