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La corruption du meilleur est la pire

lundi 13 février 2012, par Pierre Dortiguier

L’adage latin est connu : corruptio optimi pessima. C‘est, en renversant la formule, ce qu’a déclaré en janvier le président Assad, dans un rapport cité partiellement par le réseau Voltaire, savoir que du summum de la décadence arabe que nous connaissons aujourd’hui sortira la renaissance arabe. Le même discours à la nation insiste sur le concept géopolitique d’arabité qui semble d’un autre âge et néanmoins offre la trame de toute solution durable, comme le principe du continu en physique des forces. Les termes assadiens témoignent d’une profondeur de vue contraire à la caricature du tyran buveur de sang et idolâtre de sa lignée que les chaînes de télévision qatarisées diffusent partout, afin de rendre admissible un second massacre « à la façon libyenne ». L’appel à l’unité arabe aurait dû, comme cela était réclamé dans l’affaire libyenne, calmer le désordre intérieur, puisque toute tragédie se nourrit, comme le montre la scène antique grecque, d’une capacité infinie de haine et d’enragement propre aux luttes intestines, et confinant à la folie.

Le Président Assad déclare « C’est moi qui avais proposé l’initiative et les observateurs arabes lors de mes deux rencontres, il y a quelques mois, avec une délégation de la Ligue arabe (…) Beaucoup d’Arabes reconnaissent que l’Arabité pour la Syrie n’est pas un slogan mais une pratique. Si certains croyaient pouvoir faire sortir la Syrie de la Ligue arabe, ils ne peuvent pas la faire sortir de l’arabité. L’arabité n’est pas une décision politique mais un patrimoine et une histoire. Si vous croyez acheter la géographie et importer une partie de l’histoire, vous vous trompez car l’argent ne crée pas les nations et n’invente pas des civilisations ».

Peut-être de tels propos ne sont-ils pas sortis de la tête d’un chef arabe depuis longtemps ; car il y a une donnée de fait, un état de nature sur lequel n’ont prises aucunes formes politiques qui relèvent de l’intelligence et conséquemment de l’éclaircissement du peuple. Ce que signifie, en effet, l’arabité est que seul un Arabe peut comprendre un problème spécifique qui se pose à toute la communauté, et que, par exemple, ce modèle d’homme normal ou civilisé, américanisé, hier soviétisé, que l’on impose à l’univers, coiffé de la démocratie de l’argent, c’est-à-dire de la soumission à un destin ou loterie de la faillite et de l’enrichissement, ne vaut que dans une conjoncture déterminée, mais n’est pas substantielle, naturelle. Le monde arabe a ses faiblesses, sa complexité ethnique, mais avant tout un langage commun, non pas supra, mais infraconfessionnel. L’Islam comme toute religion monothéiste encourage ce travail sur soi, et ne le méprise pas, comme le voudrait le modèle abstrait de religion, parfaitement sectaire vendu dans les foires politiques et laisse l’individu démuni devant l’adversité. C’est ce qu’enseignait l’Imam Khomeiny qui n’opposait pas le patriotisme à la conservation du dépôt de la foi, et mettait en garde contre les faux gardiens des lieux saints de l’Islam massacrant les pèlerins iraniens ! Cette animosité des hypocrites vise les peuples musulmans et chrétiens qui veulent conserver leur indépendance et l’esprit d’une communauté, d’une grande famille, au-delà des clans et des tribus, comme le voulait le Grand Prophète.

La décomposition de ce monde a été effectuée par une sorte de laser – si l’on nous permet la comparaison - comparable à la taille des diamants les plus durs : la dislocation atomique de toute structure est possible si l’on met en conflit les éléments avec eux-mêmes, si, à parler simple, on substitue l’imagination à la raison. La Syrie y était habituée par l’influence d’une idéologie communiste, puis maintenant appelons les choses par leur nom, wahhabite, et à chaque fois, pour le bonheur de ceux qui attendent sa décomposition pour s’avancer comme des vautours.

Ce qui a fait la prédominance de la famille politique de Assad est non pas l’adhérence à un clan, car le pays, comme tous les pays arabes a une multitude de clans, depuis l’ère lointaine du début de la mission prophétique, mais la possibilité donnée à chacun d’abandonner sa vision partisane pour céder à une union générale. D’autres peuples procèdent autrement, telle est la diversité de la Création. Mais pour la nation arabe, l’arabité est un socle, sinon le confessionnel – tout en gardant des allures universelles comme il sied à la vérité - exprime le refus de la partie d’admettre l’intérêt du tout.

Et c’est ce qui fait, non pas, pour parodier une farce du théâtre français caricaturant le langage pédant et lourd des médecins « que votre fille est muette », mais que les groupes islamiques ou démocratiques affichés tels sont aveugles, car ils ignorent le terrain arabe et ne peuvent le prémunir contre les orages extérieurs qui s’abattent sur lui.

Déjà dans l’affaire libyenne, nombreux étaient des observateurs arabes, en Libye aussi, comme me le rapportait indirectement, M. Meyssan, qui comparaient la myopie politique des comités arabes libérateurs, soutenus par les Anglo-américains aux révoltés arabes de 1915 abusés par les Anglais du Caire, et qui se battirent pour les intérêts de la Grande-Bretagne ! Cet épisode est rappelé énergiquement dans le même discours d’Assad à la nation arabe, par allusion aux accords secrets Sykes-Picot, dont le dessein réussi fut le démembrement d’un peuple qui vivait uni sous l’Empire ottoman, plus ou moins dans la justice, mais uni, et la formation conséquente du foyer sioniste en Palestine !

Un appui remarquable à la conduite et aux explications du Président syrien a été dans le même lien du Réseau Voltaire, donné par M. le général Aoun, Celui-ci approuve son idée d’une mise en place progressive d’une suite de réformes, car seul un peuple instruit sait se diriger, et le devoir de ceux qui aiment l’arabité est d’entreprendre de la guider et non de la flatter par des promesses inconsidérées. C’est ce socle, ce sol de la nation arabe que les interventionnistes, terroristes, humanistes etc. veulent briser au nom de la liberté. Le regain de violence montre qu’ils échouent à ruser, et donc découvrent leur visage d’intriguant.

« À l’heure actuelle » dit Aoun de ces comploteurs internationaux et des idiots utiles qu’ils arment et excitent, « ils tentent d’allumer le feu en Syrie et ont commencé à déstabiliser ce pays en s’attirant les bonnes grâces de certains opposants et en récupérant les slogans de réforme. Il ne faisait pas de doute que des heurts allaient se produire du fait des efforts déployés par les grandes puissances pour renverser le régime syrien. Je salue l’action passée et présente du président Assad. Le processus de réforme doit se faire par paliers et de manière progressive, car il n’est pas possible d’arriver à une vraie démocratie sans que les peuples ne soient d’abord éduqués et formés. »

L’arabité devient alors, on le comprend chez ces deux dirigeants arabes, un devoir premier, un devoir d’état, comme l’écrivent les théologiens, sans quoi la confession de foi est hypocrite et utile aux seuls diviseurs de l’intérieur et surtout de l’extérieur !

 
 
 
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