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La congrégation des religieuses arabes du Rosaire.

Les {Wataniyya} !

lundi 3 octobre 2011, par Pierre Dortiguier

A mon arrivée à Amman, à l’avant-veille de mes vingt-neuf ans, que je franchirai au Rest House de Madaba dans une famille attachée à une institution franciscaine et qui faisait visiter le sol de mosaïque de l’église de Madaba représentant Jérusalem et les quarante ans de la traversée légendaire du désert, sur le mont Nébo où Moïse serait mort avant de pouvoir entrer dans la mythique terre promise ; personnage qui avait été présenté plus concrètement, sinon vraisemblablement par mon guide cavalier auquel je parlais du village bédouin de Moussa, sur la route de Pétra, empruntée en voiture, comme un roi local tué par les Juifs, en mai 1970, sur invitation de la compagnie aérienne jordanienne, j’acquiesçais à la demande de mes hôtes du Royaume hachémite de formuler un vœu ; celui de connaître une réalité chère à mon cœur et qui ne pouvait être que de visiter une classe de philosophie, puisque j’entamais alors, dans les Flandres françaises, nommé sur ma demande, à Cambrai en 1969, mon premier enseignement !

Je fus ainsi amené par les autorités en ce mois consacré à Marie, au collège jordanien des religieuses arabes du Rosaire et entrais dans la classe de philosophie, cependant que mes compatriotes journalistes en quête de possibilités touristiques, dont un échotier politique de la Voix du Nord détaché auprès de l’Elysée, auxquels j’avais dû m’agréger pour former un groupe aisément guidable, demeuraient dans le couloir, en jugeant cette même visite trop peu « intéressante », pour user d’un mot qui dans le sentiment de Martin Heidegger, respire la superficialité et la mobilité de l’inattention : « Je juge seulement, à vue de pays, que notre nation a été toujours légère, quelquefois très cruelle ; qu’elle n’a jamais su se gouverner par elle-même, et qu’elle n’est pas trop digne d’être libre », ainsi qu’en a déjà écrit, depuis sa propriété de Ferney, Voltaire, le 20 mai 1771 [1] au maréchal duc de Richelieu, son fidèle ami académicien et à peine plus jeune !

Les étudiantes de cet établissement catholique qui venait d’être rénové étaient indistinctement chrétiennes, orthodoxes, catholiques et protestantes autant que musulmanes, et très majoritairement de parents originaires du mandat britannique dit de Palestine. Habillées aux couleurs bleues pâles et leurs uniformes garnis de bandes blanches, elles m’entendaient, après les avoir saluées et exalté la hauteur de la philosophie, demander à ma collègue religieuse, ce qu’elles apprenaient en ce jour de la fin d’année scolaire : la méthode analogique, crois-je m’en souvenir, de saint Thomas d’Aquin, ce qui convient avec Aristote en effet, à tout esprit sérieux qui affronte les finitudes du monde sublunaire. Je revois l’habit religieux bleu foncé de cette fine sœur plus jeune que moi, assez grande, aux cheveux couverts d’un voile noir encadrant un visage au teint clair et des cheveux soupçonnés de même couleur. Bref, j’étais déjà en Iran ou du moins en Syrie, direz-vous et avec raison !

Je me propose de retracer la vie de la Supérieure fondatrice de cet ordre, Mariam Soultaneh devenue en religion sœur Marie-Alphonsine Danil Ghattâs, de Jérusalem ou hiérosolymitaine née le 4 octobre 1843, défunte le jour de l’Annonciation, à l’heure prédite par elle, le 25 mars 1927, étant entrée à 14 ans dans l’ordre des sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition et béatifiée par le pape Benoît XVI à Nazareth le 22 septembre 2009, après ses visions de la sainte Vierge, les jours de l’Epiphanie 1874 et de 1875, ordonnant qu’un ordre autochtone, indigène, composé donc de filles arabes natives de ce lieu du Croissant fertile, -völkisch aurait dit le même penseur Martin Heidegger après le poète Friedrich Hölderlin-, s’établisse en diverses régions dont la Transjordanie, et à l’exclusion de toute autre origine raciale implantée par des intérêts voraces et conséquemment diaboliques ou subversifs, et s’occupe d’honorer les mystères du Rosaire [2], de l’éducation des femmes arabes et de la charité, deux notions que notre modernité vide méthodiquement de son sens pour lui opposer la fiction de « l’homme normal » - modèle soviéto-américain ou du New Age globaliste, à la façon de la société Bilderberg et autres champignons sous la pluie globaliste - , indifférent aux races qu’il méprise comme il le fait des créations naturelles, otanien et comitard ou ligueur droitdel’hommesque, clubiste, féministe selon le sexe à bien définir et dont « la solidarité » est égale à la somme variable de ses intérêts.

En somme le vœu virginal ou marial était l’écho du slogan impérial grand-japonais, protecteur des intérêts locaux et nationaux, particulièrement musulmans et chrétiens, contre l’impérialisme maçonnique et consort de la F.E.D. états-unienne ou de la Banque d’Angleterre : « l’Asie aux Asiatiques », l’Arabie aux Arabes ! Bon sens, à la cartésienne aussi, ajouteront les amis de la France ; je parle du Descartes qui avait accompli le pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, à la maison de la Vierge que l’on disait avoir été transportée d’Asie mineure d’Ephèse en Italie par des Anges, selon une vérité plus subtile qu’on ne le croit.

« La vierge Marie lui dit « en rêve » : - Tu sais ce que je veux de toi : que tu fondes une congrégation sous mon nom, dont les sujets seront tous wataniyya (« indigène, autochtone ») du pays. Sœur Marie-Alphonsine n’ayant pas réalisé quoi que ce fût, un autre « rêve » insista :- As-tu bien compris ce que je veux de toi ? Elle répondit : - Vous nous choisissez, nous pauvres Arabes, mais quels moyens avons-nous ? Pourquoi ne le feriez-vous pas en Europe, où on a tous les moyens ? – C’est dans ce pays-ci que j’ai éprouvé mes joies, mes douleurs et que j’ai été glorifiée. C’est en vous et par vous que je veux manifester ma puissance. » Cette attention de la Vierge pour son propre pays fut bien saisie par la religieuse, qui lui dit une autre fois :« Ma Mère, comment comprendre la grandeur de votre bonté pour les plus pauvres de votre patrie ? »

La théologienne catholique thomiste, et soutien juridique dans ses lettres au quotidien Le Monde, dans les années soixante, de la cause antisioniste arabe, qui fut professeur d’arabe à la Sorbonne nouvelle, feu Amélie-Marie Goichon, connue pour sa thèse et ses nombreux articles sur la distinction de l’essence et l’existence chez Avicenne, notamment Vocabulaires comparés d’Aristote et d’Ibn Sinâ réimprimé en Allemagne, poursuit ainsi le récit :

« Trois jours après l’apparition » vue en rêve par la sœur Marie-Alphonsine « du groupe entourant la Vierge une des enfants de Marie vint trouver la religieuse et lui dit : « Pendant la sainte messe, ce matin, il m’est venu l’inspiration de vous engager à fonder une congrégation de sœurs indigènes qui porterait le nom de Congrégation du Saint Rosaire  ». D’autres jeunes filles lui adressèrent la même demande. Sœur Marie-Alphonsine leur dit de prier pour que la sainte Vierge lui fasse connaître la volonté de Dieu et lui donne les moyens de la réaliser. Mais elle discutait avec la Vierge Marie. « Vous voulez que je fasse cette fondation. Pourquoi ne le demandez-vous pas à ma sœur Hanné, qui est plus douée que moi ? Elle est fiancée, c’est vrai. Mais mettez dans son cœur la grâce de refuser tout ce qui la retiendrait dans ce monde. Moi, je suis ici à Saint-Joseph, Dieu fait prospérer ce que je fais. Cela me coûte de quitter ce couvent. - J’accepte ta sœur, répondit la sainte Vierge, mais c’est toi qui doit faire le travail ». « Ne crains rien, comme je t’ai assistée pour la création des trois confréries, je t’aiderai aussi pour la fondation de cette congrégation, qui réussira et subsistera jusqu’à la fin du monde ». Le désir de vie religieuse ressenti par sa jeune sœur lui fut annoncé peu de temps après.

A Mgr Bracco, successeur de Mgr. Valerga, elle fit connaître certaines choses qui lui avaient été confiées, mais ne parla pas de la fondation. Il l’envoya simplement à Dom Balloni qui fut pour elle à Bethleem un directeur attentif et bon. Malheureusement il dut s’absenter, et mère Marie-Alphonsine tomba entre les mains d’un Père curé franciscain extrêmement dur, qui lui interdit de communier, d’orner les autels de la Vierge et de réciter le chapelet. Peu à peu le Père Curé s’adoucit. Au bout « d’un an et un jour » il leva les dernières défenses.

Marie-Alphonsine demanda à la Vierge un prêtre arabe pour diriger la future congrégation. Une vision lui montra un jour un prêtre auréolé d’une inscription portant le nom de « Dom Joseph Tannous ». « Adressez-vous à Dom Tannous », dit la Vierge, « et dites-lui que je l’aiderai ».Il résidait à Jérusalem. Ceci rendait les conversations difficiles ; il fallait alors aller à pied de Bethléem à Jérusalem.

Simultanément quelques Enfants de Marie de Jérusalem disaient à leur directeur qu’elles voudraient être religieuses. Mais elles ne savaient que l’arabe et on ne voyait pas comment elles pourraient entrer au noviciat à Saint-Joseph, ni à Notre-Dame de Sion. On n’y parlait que le français ; l’ignorance de cette langue leur fut présentées tranquillement comme un empêchement. « Comment faire ? » demandaient-elles à Dom Tannous. « Priez », leur dit-il, sans y prêter grande attention.

A la suite d’une sorte de retraite faite ensemble pendant un mois, elles s’étaient promis de mettre en commun leurs économies et le prix de vente de leurs bijoux pour aider les Enfants de Marie pauvres obligés de se mettre en service ou d’entrer dans les ateliers des missions protestantes. Leur intention était de fonder un atelier qui donnerait du travail à leurs compagnes. Le patriarche trouva insuffisants les 2000 francs qu’elles avaient réunis et leur demanda un délai. Continuant à prier, il leur vint l’idée de fonder une nouvelle congrégation religieuse toute au service de leurs compatriotes. Dans ce groupe était Hanné, la petite sœur de sœur Marie-Alphonsine, née en 1858.

Pendant ce temps-là, celle-ci apprenait de la Vierge Marie quel serait le costume des nouvelles religieuses ; la Vierge elle-même le portait comme il est encore aujourd’hui : robe bleue foncé et voile noir, guimpe [3] (ou toile dont les religieuses se couvrent la gorge) et collet blanc, sur lequel un rosaire est posé comme un collier. Elle lui montra même la future cérémonie de prise d’habit, qui fut, de fait, établie selon cette vision. Plus encore la Vierge précisa le règlement futur en faisant revivre à sœur Marie-Alphonsine une journée au futur couvent du Rosaire, lui montrant les religieuses dans leurs différentes charges, à commencer par l’enseignement.

Comme un peu plus tard le Père de Foucauld allait l’établir pour ses contemplatives, leur office était le Rosaire : le matin les mystères joyeux, dans l’après-midi les mystères douloureux, le soir les mystères glorieux, ceci en commun, ainsi que l’Angelus et des chants. Assez tard dans la soirée, une psalmodie du petit Office de la Sainte Vierge. Puis la Vierge Marie serrant fortement la main de sœur Alphonsine ajouta une récitation individuelle : « Je veux que la récitation du chapelet soit continuelle dans la maison, jour et nuit sans interruption ». La sœur appliquait au chapelet la parole de Jésus, recommandant de « prier sans cesse » (voir l’Evangile selon Luc, XVIII, 1 [4] ). Voici donc une autre prière répétée qui obéit au même précepte que la « prière de Jésus » des orthodoxes, note A.M. Goichon.)

Une autre vision suggéra encore le rôle d’enseignantes des religieuses : des enfants d’âge scolaire, sur quinze files, s’avançaient vers sœur Marie-Alphonsine, précédés de la sainte Vierge. Puis la mission fut étendue aux soins d’hygiène et de médecine, ce qui fut réalisé dans les dispensaires tenus maintenant par ces religieuses et dans les hôpitaux. Enfin, la Vierge précisa dans quelle région celles-ci devaient principalement agir. Au cours d’une vision, elle lui prit la main, lui fit traverser le Jourdain au gué où on ne passait en réalité qu’à cheval. Puis elle lui montra la Transjordanie, alors presque complètement nomade et primitive, comme tout le pays qu’elle devait instruire et soigner. Sans doute, il y avait des chrétiens, mais ils étaient alors très loin d’une véritable compréhension de leur religion. La sainte Vierge reprochait à sœur Marie-Alphonsine de ne pas réaliser son désir.

Sa seconde sœur, de deux ans plus âgée que Hanné, Régina, tomba gravement malade. Elle y voyait un châtiment de sa résistance, mais dom Joseph Tannous y vit l’occasion d’une preuve objective à demander. Que la Vierge accorde la guérison de Régina comme preuve de la vérité des apparitions et de leurs demandes. Régina guérit dans des circonstances assez particulières interprétées comme un miracle par les assistants [5].

Profitant de la venue à Jérusalem pour voir sa sœur, Marie-Alphonsine était allée jusqu’à Dom Joseph Tannous. Il crut en elle, d’autant plus que ces récits coïncidaient avec les vœux des jeunes filles de Jérusalem, et qu’il se demandait comment nommer leur nouvelle congrégation watanniyya. Il commença de rassembler celles qui lui avaient parlé en ce sens, et en référa au patriarche. Prudent, celui-ci répondit : « N’espérez-pas de moi un millime, mais faites ce que vous voudrez ».

Dom Tannous établit une règle de la congrégation, se conformant à ce que lui avait transmis sœur Alphonsine. Celle-ci était toujours à Saint-Joseph et ne voyait aucun moyen d’en sortir. Elle était absente lorsque, après une messe au Calvaire le 10 juillet, le groupe des sept premières religieuses du Rosaire, dont ses deux sœurs Régina et Hanné, fut installé le 25 juillet 1880 dans une maison provisoire. Sa supérieure locale, craignant qu’elle désire y entrer, avait pris l’initiative de l’envoyer à Beyrouth.

D’une part la supérieure locale outrepassait ses droits en changeant une affectation qui ne dépendait pas d’elle, d’autre part elle manquait à la parole donnée par ses supérieures, qui avaient promis par écrit que sœur Marie-Alphonsine ne quitterait pas la Terre sainte. Cela lui fournit l’occasion de sortir de la congrégation de Saint-Joseph. Par Mgr. Bracco, elle demanda au pape, alors Léon XIII, la dispense de son vœu temporaire d’obéissance, ce qui lui fut accordé en septembre 1880.

Mais les religieuses de Saint-joseph, inquiètes de la nouvelle congrégation, eurent recours à leur cardinal protecteur, qui empêcha toute autre orientation de sœur Marie-Alphonsine jusqu’à la venue du Visiteur. Il se fit attendre trois ans, mais donna raison aux religieuses du Rosaire. Le Père Benoît Stolz écrira d’elle dans son ouvrage Le Rosaire vécu, Mère-Marie-Alphonsine du Rosaire, version française revue, parue à Jérusalem en 1938, pp.42-43 : « Cette même année 1883 Léon XIII commença la série de ses Encycliques sur le Rosaire. La circonstance providentielle, qui en détermina l’opportunité, fut, semble-t-il, la connaissance des apparitions de la Reine du Rosaire à son humble servante de Bethléem, dont Mgr. Bracco avait parlé à Sa Sainteté. »

Trois années d’avanies, pour la sœur qui n’osait plus sortir de la maison de ses parents à Jérusalem, tant les potins désobligeants parcouraient les rues, sur cette ancienne religieuse qui n’était pas restée dans son couvent. Elle ne parla à personne des apparitions de la sainte Vierge, pas même à son frère prêtre, Antoine, qui était devenu chancelier du patriarcat. Dom Tannous l’aurait voulue première supérieure de la congrégation, car elle avait une formation religieuse. Puisque ce n’était pas possible, il choisit une religieuse arabe des Dames de Nazareth, qui lui fut cédée provisoirement non sans difficulté, et resta six ans, à partir de 1884, sous le nom de mère Rosalie. Les sept religieuses n’ont pu recevoir l’habit des mains de Mgr. Bracco, que le 15 décembre 1881, lorsqu’une dame lyonnaise leur eut fait don de l’étoffe nécessaire, tant leur pauvreté était grande. Elles avaient vécu de la vente des images de la Terre sainte faite avec des fleurs séchées, travaillant jour et nuit ; plus tard on ajouta la broderie. Parfois la cloche de l’Angelus matinal des Pères les trouvait encore au travail, à la lueur de leurs petites lampes.

Sœur « Marie Alphonsine du Rosaire » entra enfin parmi les Sœurs du Rosaire le 7 octobre 1883, reçut l’habit le 8 décembre et fit profession le 7 mars 1885. Mais elle avait été précédée par la réputation détestable que lui avaient faite les mauvaises langues, et à laquelle croyait mère Rosalie. Elle devint la cible de tous les reproches, des vexations, des calomnies. Un jour Dom Tannous répondit à mère Louise Aboussouan : « Vous ne connaissez pas sœur Marie. Plus tard vous la connaîtrez. » Mais lui aussi gardait le secret.

Un abus de pouvoir de mère Rosalie faillit avoir plus de conséquences. Les religieuses portaient alors de grands jupons blancs en dessous de leurs robes, et faisaient leur lessive, comme aussi pour vivre, celle du patriarcat, dont le linge devait être passé au bleu. Défense de passer les jupons blancs « dans l’azur ». Il se trouva que celui de mère Rosalie y trempait. Sœur Marie-Alphonsine ignorait à qui il appartenait et dit : « La supérieure n’a-t’elle pas défendu de passer les jupons à l’azur ? » La terrible mère Rosalie ne trouva rien de mieux que de l’exclure du repas de la Communauté en disant : « Vous n’êtes pas digne de la nourriture qu’on vous donne, allez au dortoir vous coucher. Je défends aux sœurs de vous parler. » [6] Sans un mot sœur Marie-Alphonsine monta au dortoir.

La punition était d’autant plus cruelle que la sœur avait une sorte de faim maladive qui l’obligeait à prendre après le repas du soir un morceau de pain au moment d’aller dormir, ce que les autres regardaient de travers. Le soir, rien. Le lendemain, rien. Le surlendemain, rien. Sœur Hanné, qui couchait dans la même chambre, passait souvent devant son lit, mais respectant l’ordre, elle ne lui parlait pas. Au bout de trois jours sans le moindre aliment, sœur Marie Alphonsine dit à Hanné : « Dites à Dom Tannous que je désire le voir ». Il fut appelé, vint jusqu’au dortoir et, sans doute, entendit le récit. Il donna l’ordre de la faire lever et manger et décida de l’envoyer au plus tôt dans une des misions que l’on commençait de fonder en cette même année 1885 : Naplouse, Bir Zeyt, Nazareth, Jaffa de Galilée. Il y avait maintenant dix religieuses. Dom Tannous les envoya deux par deux dans les quatre missions, laissant à Jérusalem la mère Rosalie et la sœur Hanné.

La congrégation avait triomphé des difficultés, des moqueries qui avaient prédit sa ruine au bout d’un mois .Elle avait vécu de son travail ; sœur Marie-Alphonsine insistait auprès de Dom Tannous pour qu’il réserve les disponibilités à la construction d’un couvent. Elle était solidement implantée et n’avait plus qu’à grandir.

Sœur Hanné Danil Ghattâs fut nommée supérieure en 1891. On pensait que c’était elle la fondatrice, elle-même ignorait tout de l’histoire véritable et cachée de la fondation. Elle demeura supérieure générale pendant vingt-cinq ans, jusqu’en 1917. Elle aussi reçut des instructions de la Vierge Marie, qui la bénit. Elle mourut le 22 octobre 1931, à soixante-treize ans.

Notes

[1] Correspondance générale, vingt-troisième volume, p. 30, lettre 3781, ligne 4 in Œuvres complètes, Bruxelles, Wodon, 1829, tome CXXII.

[2] « On attribue communément l’introduction du rosaire à saint Dominique ; mais nous trouvons dès les temps les plus anciens de l’ère chrétienne la coutume de répéter un certain nombre de fois l’Oraison dominicale comme un moyen simple, facile et efficace de se conformer au précepte de l’Apôtre, recommandant de prier sans interruption. Les solitaires se servaient de petites pierres ou de graines pour compter le nombre de leurs oraisons…

Dans l’origine ce n’était que le Pater qu’on récitait ainsi… On ajouta la Salutation angélique, et c’est ainsi que l’on introduisit peu à peu l’usage du rosaire, qui est tout simplement l’association d’un certain nombre de Pater et d’Ave. Le nom de Rosaire provient probablement de ce que la sainte Vierge en l’honneur de qui dit cette prière, est appelée par l’Eglise, Rose mystique. D’autres prétendent que ce nom vient de sainte Rosalie (vierge sicilienne, de famille, par le nom – le comte Sinibald - d’origine allemande alliée aux rois de Sicile alors normande, qui se retira par amour du Christ dans la grotte du mont Quisquina, puis au mont Pelegrino près de Palerme, et qu’on représente avec une couronne formée de roses, et dont la mémoire est conservée à Palerme, son corps ayant été retrouvé en 1624, célébrée avec une pompe extraordinaire, portée sur un immense char de triomphe attelé de cinquante mulets magnifiquement caparaçonnés ; ce char est plus haut que les maisons les plus élevées de la ville). Suivant d’autres, il vient du bois de rose dont on faisait les grains dont il était composé. « Dictionnaire encyclopédique de la foi catholique rédigé par les plus savants professeurs et docteurs en théologie de l’Allemagne catholique moderne, publié par Wetzer et Welte, traduction française par le chanoine I. Goschler, tome XX, Gaume frères, Paris 1870, pp. 426-7, 429

[3] Ancien haut-allemand, wimpal, habit d’été, qui donne l’anglais wimple, voile de femme.

[4] « La veuve et le mauvais juge : il leur dit aussi cette parabole, pour leur montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se lasser –semper orare et non deficere-. Il y avait, dit-il, dans une certaine ville un juge qui ne craignait point Dieu, et qui ne se souciait point des hommes. Et il y avait aussi dans cette même ville une veuve qui venait souvent le trouver, en lui disant : « Faites-moi justice contre celui qui m’opprime ». Il fut longtemps sans vouloir le faire : mais enfin, il dit en lui-même : « quoique je ne craigne point Dieu et que je ne me soucie point des hommes, néanmoins, parce que cette femme m’importune, je lui ferai justice, de peur qu’à la fin elle ne vienne me faire quelque affront ». « Vous voyez », ajouta le Seigneur, « ce que dit ce juge inique. Et Dieu ne fera pas justice à ses élus qui crient à lui jour et nuit, et qu’il souffrira plus longtemps qu’on les opprime. Je vous dis, qu’il ne tardera pas à se venger. Mais pensez-vous que le Fils de l’homme, lorsqu’il viendra, trouve de la foi sur terre ? »

[5] Voir le livre du Père Stolz, pp. 28-30

[6] Feu Amélie-marie Goichon précise op.cit. p. 135, note 17, que l’objet du drame, le jupon blanc, est passé sous silence dans l’ouvrage édifiant du Père Stolz pp.45-46. C’est mère Augustine qui précisa de vive voix ce point et quelques autres.

 
 
 
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