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La Conférence de Paris : retour à l’Algérie française ?

vendredi 2 septembre 2011, par Pierre Dortiguier

Ce 1er septembre est la fin d’une époque commencée, pour les Libyens, par un coup d’Etat, à la manière totalitaire, sans victime, en 1969, et qui ne prenait pas le Parlement occidental pour norme ; en fait, manquait à ce mouvement ce que M. Fillon veut entendre par « la puissance de la liberté » ; celle qui donne le droit à l’homme révolté -pour reprendre l’essai d’un auteur très Algérie française et défenseur en 1956 de l’entité sioniste, juste avant de recevoir le prix Nobel mérité, Albert Camus- de massacrer des fonctionnaires libyens, parmi les plus modestes, et surtout tous les mortels qui affichent des signes visibles de négritude, pour user du mot de Senghor et de Césaire, à savoir tous les nombreux Africains subsahariens en quête de travail, et leurs familles, dont les corps jonchent le sol d’une « Libye libre » !

Pour ceux qui demanderaient des précisions, ce souffle de Liberté qui fit tomber en France tant de têtes populaires ou couronnées innocentes de ce qu’on leur reprochait, a déjà selon le Premier ministre, emporté en Côte d’Ivoire, après un coup de pouce licornien, MM. Laurent Koudou Gbagbo et Ben Ali jusqu’au plus près de la Libye libérée dans les ruines, les destructions et l’épuration des faibles, comme aussi la venue de nouveaux riches et la confirmation des élites insipides ; en somme un Tripoli libéré comme Paris, mais libération sarkoziste et non pas authentiquement gaulliste.

L’Algérie est maintenant visée ; ses frontières absorbent armes et mercenaires non plus légendaires, comme ceux qui étaient agités devant l’opinion publique menaçant Benghazi d’un bain de sang ou de gaz moutarde, avant d’être renforcés par des transporteurs de Viagra, dont s’émouvait Madame Clinton, mais réels, démocrates, islamiques à l’Américaine, dont les buts se recoupent avec ceux de la Maison Blanche devenue le khalifat du nouvel Empire mondial, selon le rêve géopolitique de Brezinski quand il projetait, avec la formation d’Al Qaeda en Afghanistan, d’entourer la Russie d’une ceinture verte (green girdle).

Que les tyrans s’inquiètent donc, et tirent des leçons de l’exemple libyen des comitards transitionnels de distribuer 35% du pétrole au « pays de la liberté ». La Syrie serait, selon l’espérance de M. Fillon, bientôt arrachée à sa passion totalitaire ; chacun y gouvernerait à tour de rôle, comme ici, au profit des meilleurs payeurs internationaux, et les Chrétiens seraient alors amenés à fraterniser, toujours comme ici, avec les politiciens du Golfe, et cesseraient de réagir patriotiquement comme le général Aoun au Liban ; tout comme les mosaïstes ou juifs syriens assoupis dans l’illusion d’une entente nationale, que l’Histoire semblait montrer durable et conforme à la tolérance islamique et ottomane, se verraient offrir la capacité de visiter l’entité sioniste. Une démocratie élargie en somme. Et tout ce courant supporterait l’Armada ou la nouvelle flotte en partance pour l’Iran que le troisième Napoléon français libérateur des peuples, menace des foudres de l’OTAN s’il ne se débarrasse pas d’une arme atomique qu’il ne possède pas !

L’Algérie modifiée, démocratisée, libyanisée donnera-t-elle, après avoir été convaincue par des « islamistes maisons », au besoin importés et entraînés par les U.SA., unis à des « laïques » d’avant-garde, une part préférentielle de ses revenus aux parrains d’un nouveau baptême géopolitique ? Il n’est pas impossible qu’une loi d’imitation, comme enseignée en psychologie sociale, joue un rôle, et que l’on présente à des générations algériennes la cause de ses difficultés dans le fait « totalitaire » de l’indépendance et dans l’autorité de ses chefs devenue tyrannique par volonté de séparation de l’Occident ; que l’on revienne enfin à cette idée coloniale que l’Algérie est une notion artificielle, qu’elle n’est vivable que dans une parfaite intégration à l’hexagone français, bref que surgisse enfin une sorte d’anti De Gaulle disant à tous les nostalgiques de l’Algérie de papa le fameux mot prononcé par le vrai De Gaulle au balcon d’Alger : « Je vous ai compris ». Et tous ceux qui s’opposeraient à ces vues non pas nouvelles, mais rafraîchies seraient taxés de totalitaires, d’ennemis du monde libre, tout comme l’étaient ceux qui refusaient l’Algérie française, maintenant en voie de reconstitution en marge de la Conférence de Paris co-présidée par Sarkozy et Cameron renouvelant l’alliance franco-anglaise de 1956 contre l’Egypte et couvrant l’entité sioniste ?

Comment cependant concevoir cette nouvelle charge pour la France et l’Occident libérateur ? Un mot d’un ancien ministre des finances, d’entre deux guerres, Klotz, peut servir de formule : l’Allemagne paiera, et comme dans le cas de la première expédition d’Alger, l’on se paiera d’abord sur le trésor public local, autre leçon libyenne !

 
 
 
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