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L’opération du Sinaï, un talibanisme renouvelé ?

lundi 20 août 2012, par Pierre Dortiguier

Un point de ressemblance de l’événement militaire de la péninsule sinaïque avec la physionomie de l’Afghanistan est la bataille, voire l’assassinat de membres des tribus bédouines par ces nouveaux « militants », équipés, et entraînés ! D’un côté, l’armée égyptienne peut se flatter d’avoir profité des renseignements tribaux pour infliger des pertes aux assaillants, mais de l’autre, les intentions des « militants » ayant mené ces opérations meurtrières contre l’Egypte ne sont pas encore éclaircies.

C’est pourtant le point le plus important, car toute action a une visée stratégique et quel succès estiment pouvoir remporter ces nouveaux assaillants ? Mieux même, peut-on trouver dans leur action une analogie avec les méthodes employées en Irak et en Afghanistan ? Comment, d’un mot, caractériser ces opérations militaires, une fois leur absurdité et surtout leur improvisation écartée, car une telle entreprise nécessite moyens et soutiens, puisque les opérations se font en territoire étranger, avec deux adversaires conjoints, une armée officielle et régulière et un environnement indigène hostile, tout au plus indifférent !

Le modèle taliban peut donner quelques lumières par le lien entre un groupe de radicaux ou présentés tels et les chefs de tribus qu’ils intimident comme l’assassinat du cheikh Khalat al-Manahy et de son fils, le 13 août, au retour d’une conférence égyptienne dans le Sinaï, est est l’exemple. S’agit-il d’établir un rapport de force entre deux systèmes hétérogènes, l’armée ou le gouvernement officiel, en droit souverain de la région, mais en réalité délaissant celle-ci, refoulant les nomades dans une zone écartée de toute activité économique au sens large, tourisme inclus) ?

Bref, c’est dans l’interstice de cette société qu’une forme de pénétration « militante » peut se faire jour, son enracinement politique étant affaire de compromis ou d’intimidation, voire de concussion, de rivalité entretenue, et l’équipement militaire étant la chose la plus facile depuis surtout le dernier printemps arabe, marqué par le vent rapide de la circulation des hommes et des armes !

Le bulletin texan de l’Intelligence US Stratfor consacre une étude sur ce point dans sa dernière livraison du 16 août. Viser les chefs tribaux, une nouvelle tactique militante au Sinaï. [1]

Il ressort que cette dénommée talibanisation sert de prétexte d’intervention et de collaboration, voulue ou non, mais contrainte, entre l’armée sioniste et les forces de l’ordre égyptiennes, car l’ennemi n’est point le Palestinien, mais ce militantisme nouveau que par une sorte d’accord tacite neutre les deux côtés vont s’employer sporadiquement à éradiquer sans y parvenir.

Qu’il y ait une intervention du Mossad, comme on dit, ou de ces services si peu secrets que l’on peut suivre leurs traces au sang qu’ils font verser, la chose est vraisemblable. Mais le vrai est qu’une nouvelle stratégie politique de tension, sous drapeau islamiste, est en cours. A qui profite cette situation ? Y répondre ne peut être qu’au prix d’un effort d’attention de toutes les formes de guérillas politiques du Mali au Soudan et bien sûr en Orient, le paysage syrien étant indétachable de ces actions coordonnées. Il est un fait que l’absence d’unité politique arabe confondue malheureusement par les Etats arabes avec la domination d’un type de système ou autre forme d’organisation, rend possible cette situation.

La mystique veut qu’il existe plusieurs cieux qui recouvrent nos actions, de la plus ordinaire à la plus pure, ou sublime ; il en serait 7, selon le noble Coran et l’Apocalypse de l’apôtre Jean auquel est attribué l’ouvrage. Il semble que nous vivions maintenant sous le ciel le plus bas, un plafond lourd "qui pèse comme un couvercle", dirait Baudelaire, sous lequel nous subissons les orages ; il en serait un second dit-on, qui donna en Europe, à l’inspiration de l’Orient, le nom d’un héros fictif médiéval, Flégétanis que l’on trouve dans le poète allemand Wolfram de Eschenbach ; mais ce nom n’est que la déformation ou transcription maladroite de l’arabe, dit-on, Falak Tani, le deuxième ciel, celui où serait du reste Jésus (béni soit-il) ; il est à présumer que c’est le ciel de la conscience morale, et que notre intelligence militante et aveugle d’ici bas, appartient à des étudiants qui sont en matière stratégique assez bornés, et qui se donnent le nom de talibans !

Vivent-ils d’opposition, de lutte contre des tribus et des Etats, leur succès est si grand qu’ils ont pu et paralyser l’Etat afghan en question, et maintenir une résistance inefficace pendant des années contre les étrangers qui se maintiennent malgré les pertes attribuées à des patriotes locaux, nullement talibans, et leur ont attribué des maléfices imaginaires.

Ceci se remarque à la frontière pakistanaise, en Irak, partout où des attentats terrifiants prolongent le désordre, justifient la présence otanienne, terrorise l’Etat pakistanais ; Qu’étudient ces étudiants qui seraient maintenant en train de poser leur salle d’étude et d’attentats dans la Péninsule du Sinaï ? Serait-ce le moyen de maintenir l’Egypte dans une sorte d’indifférence envers ce qui animait son ancienne armée, à savoir le retrait de l’invasion sioniste ?

« Il est avec le Ciel des accommodements » écrivait-on au Grand Siècle français classique, en s’inspirant de deux vers de la comédie du Tartufe, et de ce point de vue, si l’OTAN a pu voisiner si longtemps avec le talibanisme, le Sionisme plus expérimenté politiquement, saura, n’en doutons guère, en tirer profit !

Notes

[1] Targeting Tribal Leaders : A New Militant Tactic in Sinai | Stratfor

 
 
 
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