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L’islamophobie en Europe : un argument paresseux !

vendredi 24 août 2012, par Pierre Dortiguier

Portrait de Sliman Ben Ibrahim par Étienne Dinet, 1904

Si l’on sépare l’Europe balkanique du continent, en incluant la jolie Zagreb vallonnée qui a une très forte et ancienne communauté presque centenaire qui donna de nombreux nationalistes martyrs à la Croatie, au « pays du damier », avec sa magnifique mosquée d’avant-guerre, l’Islam est généralement originaire d’outre mer, n’appartient pas aux migrations de l’Est qui composèrent, de l’Allemagne à l’Espagne, les actuelles nations, et n’entre dans la sympathie du monde intellectuel qu’à des niveaux élevés ou métaphysiques. La démonstration en a été faite avec éclat du francfortois Goethe (1749-1830) au parisien Corbin (1903-1978), tous deux dans la sphère de réflexion germaniste, consécutive à l’idéalisme. Mais pour les couches du peuple les plus pauvres notamment, ou superficiellement dressées plutôt qu’éduquées, après le désordre des comités de 1968, l’Islam dont on n’a en Europe ordinaire « américanisée » aucune connaissance sérieuse, pas plus que du Christianisme sous ses formes aussi diverses de l’orthodoxie à l’évangélisme, n’est qu’un ingrédient de la xénophobie ; les termes de « quartiers difficiles », de « jeunes » etc. sont une nappe jetée sur une table dont on n’a pas voulu ordonner les éléments en désordre.

On entend dire qu’il n’y a pas de travail, ou difficilement, pour les Musulmans, pour les quelques Chrétiens héroïques aussi qui subsistent ou tout autant, rétorquerions-nous, pour la masse des indifférents qui se croient « libres » et « font leur vie », avec « mariage pour tous » à la clef, non plus ! Quand on sait que 70% des jeunes Guadeloupéens ne savent pas correctement lire et s’exprimer comme l’eût fait Jean-Jacques Rousseau à 15 ans, et que ce chiffre avoisine les 30% ailleurs, ce n’est pas de l’antillophobie, de la gallo-maghrébophobie, du « racisme » c’est un désastre de l’enseignement ! Il n’y a là aucune trace d’islamophobie non plus. Le chômage et le manque de formation, bref l’inaptitude au travail sérieux frappent la population, sans tenir compte d’un rituel quelconque, encore moins d’une foi dénoncée comme « archaïque » par les « loges » conquérantes !

Prenons l’exemple de l’Europe, de son centre, celui qui chauffe le plus dans le froid de la crise : si vous êtes en Autriche, en Bavière, en Saxe, etc, vous entendrez des experts s’inquiéter, comme Théo Sarrazin de « l’islamisation » de la société allemande, de la dégermanisation c’est-à-dire de la croissance statistique de l’immigration turque qui connaît du reste un abaissement par ce nouveau miracle « allemand » consistant à développer des régions de Turquie où reviennent les turcs « travailleurs hôtes » d’Allemagne ; impensable dans le contexte franco-marocain ou algérien etc. et pourtant ! Qui ne voit des doubles nationalités maghrébines se perpétuer en France sous les prétextes divers ?

L’Islam change le paysage, soit, comme le fait toute foi commune, et il n’est pas sûr que ce soit par une conversion massive que la région du Tyrol diminuerait ses églises toujours pleines, car la foi y est patriotique ! Là bas, c’est l’Islam qui prendrait les couleurs tyroliennes ! Chez nous, au contraire, en Bretagne, par exemple, la déchristianisation avance à grands pas, les églises se vident, mais l’islamophobie n’en est ni augmentée ni diminuée ; elle est absente de ce processus. En revanche la présence musulmane y est assimilée à la présence arabe, et c’est sur ce terrain de coexistence que se situe la difficulté, par manque d’unité dans l’effort, de gouverner un pays qui perd pied dans la concurrence internationale.

Cela va-t-il, direz-vous, aiguiser les contradictions religieuses de la société française ou européenne ? Nullement, car la religion comme telle, sauf administrativement, est vitalement absente : comment imaginer que le spectacle de dizaines de voitures qui flambent chaque nuit, comme à Toulouse, puisse être mis sur le compte d’une religion ? Elle l’est sur le compte d’hommes que justement la religion ou la famille ni la conscience morale n’encadrent pas, et il faut avoir par ailleurs l’ignorance américaine pour juger les Sikhs musulmans, victimes de fanatiques qui les fusillent, parce qu’ils portent un turban !

Le terme d’islamophobie a pour tâche médiatique, comme tout concept qui a une génération « équivoque » (selon le mot du philosophe Kant) de présupposer ce qu’il est chargé de prouver. Craindre l’Islam, car ceci est son seul sens, impliquerait que celui-ci menace d’autres religions ou soit intolérant à la manière des agents du Qatar à Tunis importunant les « femmes savantes » , or ceci n’existe pas.

Il peut y avoir des actes d’intolérance, mais rares compte tenu des millions de Musulmans vivant sur le sol européen, ou qui viennent s’y faire soigner dans les hôpitaux, venus de très loin ; mais la difficulté que rencontrent les Musulmans est celle de l’incompétence, semblable à celle des autres non-musulmans de la « Cité » à pouvoir travailler dans ce monde technicisé.

C’est donc à exiger une meilleure formation, à acquérir une méthode, à imposer une discipline familiale et aussi à donner un exemple d’autorité et de maîtrise de soi que l’Islam entendu comme direction des consciences doit s’appliquer dans une terre nouvelle. Et non pas, comme certains qui s’en sont fait une spécialité de harcèlement, crier à la phobie, comme il le font à l’antisémitisme, à chaque manquement à la formule :« tu dois donc tu peux ». Mais alors l’on ne parlerait plus d’Islamophobie, mais d’une germanophobie, à la manière des éternels démagogues athéniens !

C’est ce que les Grecs de jadis auraient nommé avant les Romains d’antan aussi, l’argument paresseux, celui qui manque de nerf démonstratif et ne fait qu’exposer sans démontrer, bref escroque la raison... et tourmente vainement les âmes !

 
 
 
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