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L’injustice reconnue envers l’Iran, pierre de touche des démocraties !

jeudi 5 juillet 2012, par Pierre Dortiguier

Que la démocratie soit perfectionnable est un lieu commun, mais elle est plutôt question de caractère que de science, et le mot de De Gaulle d’après-guerre, tiré d’un contexte grec, familiers aux lycéens de sa génération, répond à cette réalité : on demandait, un jour, à Solon d’Athènes quelle était la meilleure constitution, et de répondre, tout dépend, pour quel temps, quel peuple et quel pays ! La philosophie privilégie, en effet, le caractère et les dispositions sur les théories, bonnes à se répandre plus qu’à nourrir toujours le sol sur lequel elles sont versées. C’est aussi une image évangélique, que sur un terrain pierreux, rien ne pousse ; pas même de bonnes institutions. C’est pour sortir de ces disputes partisanes sur les bons ou les mauvais régimes que l’on a recours à des critères objectifs ; aujourd’hui, celui de l’injustice faite à l’Iran, depuis sa fondation, comme à la Palestine, depuis sa destruction, permet de séparer une démocratie illusoire ou en trompe l’œil d’une démocratie qui est véritablement telle !

Prenons le monde arabe que l’on assure, avec raison, troublé et traversé de mouvements d’insatisfactions, et confrontons l’attitude de ses dirigeants ou partis politiques, sinon sa fameuse Ligue, à la situation de blocus financier, de sanctions et d’encerclement militaire anti-iranien ! On peut dater de 2006 l’agression économique contre l’Iran, se renforçant, jusqu’à ce mois de juillet. Avons-nous trouvé, dans la région, un front commun des démocraties contre cette injustice ? Peut-on, alors, parler d’un progrès des idées démocratiques, dans la mesure où tout progrès suppose un élargissement des connaissances, de l’expérience et du savoir-faire ? Bref, une sorte d’être au monde !

Un ténor politique, qui se voulait présidentiable, en Egypte, l’ingénieur égyptien M. el-Baradaï a-t-il fait campagne, pour instruire son peuple de ce que son propre poste lui avait appris de ces persécutions insensées et injustes contre un autre pays musulman ? Mais dira-t-on, il s’agit de défendre des intérêts particuliers, et non point ceux d’un peuple étranger. Soit, mais que l’on ne parle point, alors, au nom de la justice et des droits de l’Homme abstraits, pour faire briller sa position, et établissons que la défense des intérêts ne sera juste que parce qu’ils sont miens ? Quelle objection, alors, porter aux voisins Sionistes, qui refusent de reconnaître le droit au retour des réfugiés, car cela nuirait à leur intérêt propre ! C’est vouloir abstraire, ce qui est le cas de beaucoup, tout intérêt raisonnable d’une vision du monde comme il va, et, en bref, se conduire aveuglément. A agir ainsi, nous allons au choc des intérêts et renions ce qui rend la politique nécessaire : l’harmonisation des situations, pour leur renforcement réciproque.

Il y a, cependant, un enseignement à tirer, pour tout apprenti de la politique, en y comprenant cette jeunesse souvent plus dorée qu’industrieuse, de la place cairote de la Liberté, c’est que les injustices de tous ordres ont leur projection, en grand, comme sur une immense toile, dans le monde, et qu’il est plus facile de comprendre ce qui est ainsi affiché en gros caractères, que réduit aux dimensions nationales ou locales !

Serait-ce que nous ayons la vue basse, pour juger d’une situation où nos intérêts se mêlent de trop près à ceux de nos compatriotes ? A cet égard, la lecture des gros caractères de l’injustice faite à l’Iran permettrait de mieux déchiffrer ceux de cette injustice dont nous entendons nous défaire égoïstement ; et ceci vaut pour tous ceux qui clament leur désir d’ordre renouvelé et affermi ! « Si l’on donnait à lire de loin à des gens qui ont la vue basse des lettres écrites en petits caractères, et que l’un d’eux s’avisât que les mêmes lettres se trouvent écrites, ailleurs, en caractères plus gros, sur un tableau plus grand, ce leur serait, je présume, une belle chance de commencer par lire les grosses lettres et d’examiner, ensuite, les petites, pour voir si elles sont les mêmes » [1]

Si chaque démocrate en puissance lisait, ainsi, ce qui est sur le tableau iranien inscrit en lettres visibles, il y verrait que le ténacité de la République islamique à maintenir ses droits éclaire, aussi, la tyrannie occidentale acharnée à les lui ôter ; que ce courage physique et moral lui a fait augmenter ou intensifier un sentiment réel de puissance et a fait se détacher, en sa faveur, comme pour s’agréger à sa résistance et augmenter sa densité, pour ainsi dire, des fragments imposants de l’Eurasie et des autres Continents.

Mieux, même, cette démocratie dont on parle tant, se verrait subordonnée à un tempérament et à une attitude plus que politique, et non pas rivée à des disputes entre vieux tyrans d’hier et tyranneaux de demain ! La démocratie serait plus alors que le temps troublé d’une passation de pouvoir, mais une idée du monde, d’un nécessaire Ordre international, celui qui est écrit, justement, en gros caractères !

Les Européens y verraient que leurs maux ne sont pas à chercher dans les partis usés par l’attaque qu’ils font d’autrui, sans pouvoir préciser leur programme et élever le courage de leur peuple ! Les pays démunis, devant le colonialisme, chercheraient une unité nationale, avant le succès de promesses utopistes, et les pays émergents, une unité de concert semblable à celle qui est opposée à l’Iran, aujourd’hui !

Se désintéresser, par conséquent, du sort fait à l’Iran disqualifie tout pays désireux de figurer sur la scène de l’Histoire, et explique, à rebours, que de grands Etats, comme la Chine et la Russie, viennent au secours de pays agressés, comme la Syrie et l’Iran ou Bahreïn, parce qu’ils voient en cela le moyen de liquider leurs difficultés intérieures que leurs adversaires exploitent avec art et cynisme.

La question est celle-ci : faut-il maintenir ou abandonner une vision générale du monde, pour satisfaire ses intérêts ? Seuls subsisteront ceux qui répondent, déjà, par la conservation de celle-ci, et ne laissent, en conséquence, ni la Syrie, qui connut, en 21 ans d’indépendance, avant l’arrivée au pouvoir d’Hafez al-Assad, 24 changements de gouvernement, par coups d’Etat, ni l’Iran, qui ne regagna la sienne perdue, en 1941, qu’en 1979, seuls, face aux hypnoses de tant de reptiles politiques, qui étouffent les démocrates illusionnés !

Notes

[1] Livre II de la République de Platon, 368d-e

 
 
 
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